Arrestation avant les émeutes

Arrestation avant les émeutes*

Hacène Benazouz (35ans), directeur de dépt. a l’ONAMO

in Comité national contre la torture , Cahier noir d’octobre , Entreprise nationale des arts graphiques, Alger, 1989, publié par Algeria-Watch, 5 octobre 2008

J’ai été arrêté le 4.10.1988 à 17h 30 à la sortie de mon travail (rue Didouche Mourad) par deux individus. Ils m’avaient affirmé que je devais les suivre pour une vérification d’identité et que je n’allais pas être retenu longtemps. Ils ont refusé de me laisser avertir ma famille. J’ai été embarqué dans une 504 familiale blanche. Pendant le trajet, on m’avait obligé à baisser la tête. A l’arrivée, on m’a mis une cagoule. Je me suis retrouvé dans une sorte de garage où je suis resté debout pendant 1/2 heure, face au mur. Ensuite, j’ai été conduit dans un bureau, là on me fit vider mes poches et enlever les habits. C’est à ce moment que j’ai compris que j’étais en état d’arrestation. On me remit une combinaison bleue, je la mis. Je fus conduit pieds nus à la cellule N’°4. Peu de temps après, ils sont revenus me chercher pour me photographier et me demander des renseignements d’état civil.

Après cela, les interrogatoires commencèrent, dans un bureau du premier étage. On m’accusa d’être un responsable du PAGS. On me fit croire qu’ils avaient ramené ma femme dans leurs locaux et qu’ils étaient en train de la « faire parler ». On me déclara qu’ils avaient perquisitionné chez moi. Ils me montrèrent des documents qu’ils affirmaient avoir trouvés chez moi, me faisant croire que ma femme avait signé une déclaration dans ce sens. J’ai refusé de reconnaître ces fausses accusations. C’est alors qu’ils sont passés a la torture physique. Ils ont utilisé l’électricité en plaçant les électrodes sur une oreille et sur mon sein droit. Je n’étais pas le seul à subir la torture, pendant trois jours, des cris inhumains parvenaient à mes oreilles.

Finalement, on me fit signer des papiers attestant mon appartenance à l’organisation sus-citée. On me montra par la suite un papier que j’aurais « signé » et qui attestait de ma volonté de collaborer avec eux. J’ai été libéré le 9.10.1988 a 23h. A ma libération, ils me remirent quatre sachets en plastique contenant des livres pris de chez moi.

Pendant ma détention, ma femme avait reçu la visite de trois personnes qui lui dirent qu’elle était en état d’arrestation. Ils lui montrèrent un papier et se livrèrent a une perquisition qui dura 2h 30. Ils ont fouillé toutes les chambres, y compris la salle de bain et le wc. Ils ont lu notre courrier intime (lettres échangées avec ma femme pendant mon service national). Ils ont emporté avec eux des livres de Marx, Lenine, Maïakovski, la Charte d’Alger de 1964. etc. livres qui n’avaient rien d’illégal puisque vendus a la librairie du FLN.

Malgré mon état physique et surtout moral, je repris immédiatement mon travail. Quelques jours plus tard, le 29.10.1988, deux individus se réclamant de la sécurité militaire se sont présentés à mon lieu de travail pour me demander de collaborer avec eux. Je leur ai opposé un refus catégorique et ils m’ont répondu qu’ils en informeraient leurs supérieurs. Je tiens à préciser que je refusai absolument de travailler avec eux, quelles que soient les menaces et les intimidations.

* Titre d’Algeria-Watch