Les acquis perdus d’une révolte : Les leçons d’Octobre

Les acquis perdus d’une révolte : Les leçons d’Octobre

El Watan, 5 octobre 2011

On a beau tenter de sortir des arguments comme la décennie noire (le terrorisme) pour justifier la régression politique et le détournement impudent des acquis d’Octobre 1988, personne n’y croit.

Désabusés, les Algériens constatent amèrement que ce qui a été arraché dans le sang –la liberté et le pluralisme politique – leur a été presque repris ou plus précisément a été totalement vidé de sa substance. La régression a été telle qu’en 2011, 23 ans après, les Algériens se sont remis à la lutte pour reprendre les acquis perdus. 23 ans après, le souvenir d’Octobre 1988 intervient dans un contexte marqué par la chute de certaines dictatures dans le monde arabe et, du coup, cette date qu’on a bien essayé de galvauder réapparaît comme un moment important dans l’histoire des luttes démocratiques dans le pays.

Certains esprits malveillants, d’autres par coquetterie élitiste, divisent encore sur la nature et les origines de ce moment, souvent pour réduire la portée de ce mouvement. «Révolution, lutte de clans ou chahut de gamins», la réalité est bien là : Octobre avait ouvert une parenthèse ; les tenants du pouvoir ont vite fait de la refermer. 23 ans après, on se retrouve encore à revendiquer le droit de faire de la politique à travers un hypothétique agrément que le pouvoir avait cessé de servir. 23 ans après, l’Algérie est le seul pays – aux côtés de la Corée du Nord et de la Syrie – qui bloque l’ouverture de l’audiovisuel à la libre expression et l’autorisation de créer des chaînes de télévision et des radios privées.

Si le régime algérien donne l’apparence d’être perméable aux idées de démocratie et de progrès, au fond et dans la pratique, il n’est autre qu’une dictature à l’ombre de laquelle a prospéré l’arbitraire, les passe-droits, la pensée unique, l’exclusion et la corruption.
Octobre était porteur d’espoir, d’idéal démocratique avant que le rêve ne se transforme en cauchemar. Le fleuve a été bel et bien détourné. 23 ans, un quart de siècle presque, souvent le temps que prennent les nations pour se construire ou se reconstruire. L’Algérie a pris le chemin inverse.

Coincée entre la tentation totalitaire, l’incompétence et la corruption généralisée, le pays semble bien pris dans un engrenage infernal de régression, conséquence des errements d’une classe dirigeante plus soucieuse de se maintenir au pouvoir, pour elle synonyme de privilège, que de stopper la dérive. Combien de fois on a révisé la Constitution depuis Octobre 1988, qui avait donné naissance au pluralisme politique et à liberté d’expression ? Combien d’élections que l’Algérie a organisées et qui n’aient pas été contestées et entachées de fraude ? Aucune ! Ceux qui ont eu à gérer le pays ne lui ont offert aucune visibilité. 23 ans après Octobre 1988, on est encore dans le flou. Il faut donc revisiter Octobre, en tirer les leçons pour mieux voir !


Réformes démocratiques : Triomphe de la contre-révolution

El Watan, 5 octobre 2011

Les réformes arrachées par les révoltés d’Octobre 1988, concédées par Chadli Bendjedid et menées par Mouloud Hamrouche, reposent en paix aujourd’hui.

No passaran, avaient répliqué à l’époque déjà les conservateurs attachés à la rente. Moins d’une décennie après, le régime de Bouteflika achevait d’enterrer les acquis démocratiques et économiques en dépit de l’embellie financière, la défaite du GIA et l’aspiration des Algériens à la modernité. Les chantiers engagés par le gouvernement Hamrouche, au début des années 1990, reposaient sur deux axes : libérer l’économie nationale de l’échec du modèle centralisé et engager le pays dans un processus démocratique en accordant les libertés collectives et individuelles. La réforme constitutionnelle de 1989 avait déjà légitimé ces orientations. Le multipartisme est né, la liberté associative, syndicale, la liberté d’expression sont désormais un droit entre les mains des Algériens qui pouvaient en jouir à leur guise.

Le dogme identitaire prend lui aussi un coup sérieux avec l’ouverture sur des composantes jusque-là brimées, comme la langue amazighe et la liberté de culte. Des générations d’Algériens ont milité pour arracher ces acquis. Les lendemains qui chantent, hélas, ont été très courts, noircis par le terrorisme islamiste. La spirale violente, déclenchée trois ans après Octobre 1988, avait donné un sacré coup à l’élan réformateur et offert aux conservateurs opposés à toute ouverture, le temps et l’occasion d’organiser, dans son ombre, la contre-révolution.

Du socialisme à l’économie de Bazar

Hamrouche fait adopter une batterie de mesures avec, au centre, la loi sur la monnaie et le crédit censée casser le monopole de l’Etat sur le commerce extérieur. Mais des effets pervers se manifestent rapidement, notamment avec le désengagement de l’Etat vis-à-vis des sociétés nationales. Résultat : plus de 800 unités de production sont dissoutes, selon le ministère de l’Emploi de l’époque, entraînant la suppression de plus 210 000 emplois, soit 5% de la population active. «C’est une transition qui dure toujours et dont le résultat est un mélange d’économie planifiée et d’économie de bazar fondée essentiellement sur l’import-import, tributaire de l’évolution des prix du pétrole», témoigne Djilali Hadjaj dans Le Monde Diplomatique du mars 2001.

La perversité du pouvoir a produit aussi le drame des cadres emprisonnés à la fin des années 1990 et la criminalisation de l’acte de gestion, la démocratisation de la corruption et la fuite des cerveaux. En revanche, le taux de chômage demeure inquiétant, l’outil de production est en panne et les indicateurs macro-économiques demeurent au rouge, compte tenu de la persistance du modèle économique rentier, puisque les hydrocarbures restent la seule source de richesse.

Multipartisme de façade

C’est par des décisions politiques que le train des réformes économiques est dévié. C’est aussi par des décisions politiques que les libertés sont de nouveau confisquées, souvent au mépris des lois existantes. Le système du parti unique est remplacé par un multipartisme de façade. La parenthèse du pluralisme politique et la compétition démocratique se sont vite refermées. La vie politique est de nouveau régulée au seul profit des partis Etat (FLN et RND), auxquels s’ajouteront des partis islamistes récupérés par le pouvoir, à leur tête le MSP.

Le ministère de l’Intérieur est chargé de mettre des bâtons dans les roues des partis de l’opposition, tout en fermant la porte aux nouveaux prétendants (pas de partis pour Ahmed Taleb Ibrahimi et Sid-Ahmed Ghozali). Seul le RND est agréé en 1997. La fraude électorale, devenue systématique, produira, entre autres, le boycott des rendez-vous électoraux d’une partie de la classe politique et l’abstention massive des Algériens.

«Héritage vivace de la période d’ouverture, de la Constitution de 1989 et des lois promulguées en 1990, les syndicats autonomes sont en première ligne de la répression et des manœuvres déstabilisatrices de l’appareil sécuritaire et de ses relais», lit-on dans un rapport du Comité international de soutien aux syndicats autonomes (CISA). Ces syndicats, qui ont fait leurs preuves et démontré de grandes capacités de mobilisation, sont privés, pour la plupart, du droit à l’activité. Le ministère de l’Intérieur refuse en effet l’agrément à de nombreuses organisations syndicales, en violation de la loi. Les tribunaux contribuent à la répression du mouvement en prononçant systématiquement l’illégalité des grèves. L’UGTA, vassalisée par le pouvoir, demeure le seul interlocuteur valable pour le gouvernement, en témoigne la récente tripartite.

Société civile contrôlée

Idem pour le mouvement associatif. En dehors des organisations neutralisées par la carotte, des centaines d’associations peinent à décrocher l’agrément, faute d’émarger dans les structures du pouvoir. La loi 90/31 du 31 mars 1990 est considérée comme une révolution pour les militants associatifs en dépit de quelques restrictions insignifiantes, à l’époque. Cela dit, plusieurs des dispositions contenues dans cette loi ont vite été mises au placard par le ministère de l’Intérieur. En effet, seules les organisations créées dans le giron du pouvoir sont agréées, alors que des dizaines de projets associatifs sont mort-nés, n’ayant pu obtenir le sésame.

Plusieurs stratagèmes sont employés pour empêcher les projets. Pour les associations à caractère national, les initiateurs n’accèdent même pas au service chargé des associations au niveau du département de l’Intérieur et, par conséquent, n’arrivent jamais à déposer leurs dossiers. Au niveau local, les porteurs de projets sont dissuadés par des enquêtes de police restrictives et des lenteurs administratives contraignantes. Quand elles sont agréées, les associations sérieuses arrivent rarement à s’imposer face aux multiples obstacles, contrairement à celles œuvrant au profit du pouvoir.

Crise tous azimuts

Qu’est-il advenu des réformes et qu’en pense celui qu’on qualifie de père des réformes, Mouloud Hamrouche ? «La situation est déplorable. Le peu de progrès réalisé après 1998 a été laminé et la société étouffe actuellement. Il n’y a plus d’espaces d’expression. Et nos préoccupations, en tant qu’Algériens, sont débattues sur des plateaux de télévision étrangers. Les Algériens sont malades de leurs gouvernants», a-t-il affirmé lors de l’université d’été organisée par l’UGEL. En effet, les lois fondamentales, émanant de la Constitution de 1989 et qui ont ouvert la voie à la démocratie, n’ont jamais été respectées par les décideurs.

La stabilité de l’Algérie se trouve toujours menacée par des problèmes structurels aux retombées sociales désastreuses : crise de logement, crise de confiance, chômage, résurgence des structures archaïques, crise identitaire, religieuse, contre-performance de l’école, échec de la réforme de l’administration, de la justice, de l’université, persistance du terrorisme et échec de la politique de la main tendue.Aujourd’hui, le pouvoir annonce encore des réformes, mais les réformes sans liberté sont vouées à l’échec, décrète encore Mouloud Hamrouche.

Nouri Nesrouche


Fatma Oussedik. Professeure de sociologie, université d’Alger II

«Aujourd’hui, nous avons le sentiment d’être à la veille d’un nouvel Octobre 1988»

-«Révolution démocratique» pour certains, «chahut de gamins» et «jacquerie» pour d’autres, le soulèvement populaire du 5 octobre 1988 est loin de faire, même 23 ans après, l’unanimité autour de sa filiation et de son identité. Si sur le plan politique, les «acquis» d’Octobre sont aujourd’hui reconnus et encensés (ouverture des champs politique et médiatique, réformes libérales, etc.), sa dimension sociale passe au second plan. Pourtant, le 5 Octobre 1988 signe incontestablement l’irruption de la société algérienne dans «l’espace public» après en avoir été exclue (par la nomenklatura du régime et ses appareils) durant près de 30 ans. A posteriori, comment analysez-vous Octobre 1988 ? Peut-on le qualifier de «moment révolutionnaire» ? A-t-il induit des transformations (sociales) majeures ? A-t-il provoqué une rupture dans le système et l’ordre établis ?

Votre question, en réalité, renvoie à l’interrogation : le mouvement d’Octobre 1988 est-il le résultat d’une manipulation ou un mouvement spontané. Il est difficile, aujourd’hui encore, d’exclure une manipulation. Pourquoi ne m’est-il pas possible de vous répondre clairement alors que de nombreux ouvrages sur cet événement ont été publiés ? De mon point de vue, plutôt que d’éclaircir, ces ouvrages qui interpellent ou reposent sur des témoignages des acteurs de la période, ont contribué à approfondir la théorie du complot et les universitaires n’ont pas, eux, accès aux sources et encore moins à des témoignages crédibles de la part des acteurs de l’époque. Toutefois, même s’il y a eu manipulation, le 5 Octobre est venu rendre clair un blocage de la société après l’échec de toutes les tentatives de réforme du système depuis la fin des années 1970. Malgré tout, c’est ce soulèvement populaire, avec les fissures qu’il a provoquées au sein du système, qui a permis la réalisation de certaines réformes.

On a observé depuis 20 ans une constante volonté d’annuler et de vider de leur contenu les réformes au point où, aujourd’hui, nous avons le sentiment d’être à la veille d’un nouvel Octobre 1988. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, le mouvement ayant été vidé de substance par de nombreuses manipulations (création d’un grand nombre de partis afin de vider de sens le multipartisme, création de titres factices afin de réduire l’impact de journaux plus autonomes…), la société bégaie alors que les plus de 35 ans répugnent à reproduire les violences vécues depuis 1988 ! Toute la société cherche une issue et a l’impression de ne pas être entendue dans sa volonté d’éviter le chaos. L’expérience algérienne ayant d’ailleurs été suffisamment concluante, on assiste aujourd’hui à sa reprise dans d’autres pays en vue d’endiguer les mouvements populaires. Il est d’un grand intérêt pour nos voisins d’étudier les manœuvres qui ont permis de reconduire un certain statu quo en Algérie. Malgré les quelques réformes, le champ politique a peu évolué.

-Révolutions arabes obligent, certains politiques brandissent Octobre 1988 comme un trophée de guerre, le présentant comme«un événement précurseur» dans l’histoire des luttes des peuples (de la sphère arabo-musulmane) pour leur émancipation des dictatures. Quel a été, selon vous, le profil sociologique de l’émeutier d’Octobre 1988 ? A-t-il un dénominateur commun avec les révoltés de Tunis, du Caire et les insurgés de Tripoli de 2011 ?

En Octobre 1988, le peuple algérien était seul face au monde entier. Aucun pays dans le monde n’était prêt à accepter et encore moins à soutenir une démocratisation de l’Algérie. L’émeutier d’Octobre était jeune, comme ses alter ego tunisien et égyptien ; il était plus violent, les femmes n’étaient pas présentes mais, surtout à Tunis et au Caire, les forces de sécurité n’ont pas réprimé la foule. Le pacifisme, la présence des femmes, le refus des forces de sécurité de tirer sur la foule sont l’expression du travail du temps : usure de pouvoirs arabes autoritaires, détérioration des conditions sociales et politiques des populations mais aussi mobilisation de nouvelles catégories dans ces sociétés. La volonté de présenter 1988 comme un trophée sert surtout à donner à croire qu’il est possible de réprimer et d’endiguer un mouvement de contestation.

Or, l’évolution historique observée dans les autres pays, l’état de la société algérienne, son évolution douloureuse vers une certaine sécularisation nous montrent que la société algérienne n’acceptera pas le statu quo. Les voyants sociaux sont au rouge et la société trouvera les formes pour se faire entendre. Il ne reste plus qu’à espérer qu’elle sera entendue sans avoir besoin d’avoir recours, comme régulièrement dans son histoire, à la violence. L’expérience syrienne nous montre que des forces démocratiques arabes ont su tirer les leçons de l’évolution algérienne depuis 1988.

L’unification des forces d’opposition syriennes, que nous saluons, son refus d’une intervention étrangère, sa quête de sécularisation, les refus d’une opposition instrumentalisée entre laïcs et religieux… toutes ces leçons sont incarnées par cette unification de l’opposition, représentée par Burhan Ghalioun que beaucoup d’entre nous connaissent et estiment car il a enseigné la sociologie à l’université d’Alger et a conservé des liens très étroits avec notre pays. Toute notre solidarité doit être exprimée à cette expérience syrienne.
Mohand Aziri


Pressé par les révolutions arabes

Le pouvoir veut «s’approprier» Octobre 1988

Notre révolution démocratique, nous l’avons faite en octobre 1988.» Tous le disent aujourd’hui. Surtout les dignitaires du régime. Ahmed Ouyahia, Premier ministre et secrétaire général du RND, Mourad Medelci, ministre des Affaires étrangères, Abdelaziz Belkhadem, secrétaire général du FLN et ministre d’Etat, représentant personnel du président Bouteflika, et d’autres, célébrant sans complexe la «révolution démocratique» d’Octobre et revendiquant son héritage.

Qui l’aurait cru possible il y a seulement quelques mois ? Conjurent-il ainsi le «mauvais» sort jeté par les peuples maghrébins et arabes à leurs autocrates ? Rien n’est moins sûr.Que les dirigeants du pays revendiquent le 5 Octobre après l’avoir qualifié de «complot», de «jacquerie», de «chahut de gamins» et ses manifestants traités de «voyous» relève de l’«obscène, tient de cet hommage que rend parfois le vice à la vertu», commente Anouar Benmalek, écrivain, journaliste et président du très impertinent CCT, le Comité national contre la torture créé dans la foulée du soulèvement populaire d’Octobre.

Cette tartuferie politicienne est symptomatique, d’après Benmalek, du degré d’amnésie affectant la société : «Une amnésie perpétuelle. Car n’oublions pas que ces responsables, à l’époque piliers du système répressif, endossent une lourde responsabilité dans les tueries et tortures pratiquées en octobre 1988.» 23 ans après cette séquence révolutionnaire au goût d’inachevé, 500 morts plus loin, beaucoup d’amertume et un insondable sentiment d’injustice et d’impunité parcourent la «génération d’Octobre». A ce jour, aucun des assassins et tortionnaires d’Octobre, «amnistiés» au lendemain des événements, n’a été jugé.

A l’heure où les bourreaux se font volontiers bavards et occupent les devants de la scène, témoins, acteurs et victimes rechignent à évoquer l’épisode. Certains, comme Chaba Mohamed Lamine, ancien militant du PAGS, professeur à l’école d’architecture d’El Harrach, arrêté la veille (!) du 5 octobre, torturé, ne trouve rien à (re)dire. «Tout est dans le cahier noir d’Octobre», lâche-t-il d’un air tourmenté. D’autres, comme Hamou L’hadj Azouaou de l’Association de victimes d’Octobre 1988, criblé de balles durant la fusillade de Bab El Oued, amputé d’une main des suites de ses blessures, continue, dans un élan surhumain, à revendiquer justice et reconnaissance : «Pour qu’on se souvienne d’Octobre comme du jour où la terre d’Algérie a été arrachée des griffes des vautours.»

Mahmoud Rachedi, membre fondateur de la mythique troupe de théâtre populaire Debza, militant trotskiste au sein des GCR (groupuscules communistes révolutionnaires) a connu jeune, très jeune, à 16 ans, les geôles de la police politique. Militant au sein des mouvements lycéens et étudiant avant de rejoindre l’Enerim, la société éditrice d’Algérie Actualité, Mahmoud raconte sa stupeur de voir les chars de l’armée occuper la place des Martyrs, en bas de chez lui, à La Basse Casbah, le ballet incessant de manifestants canardés par les services de la répression, les tentatives avortées d’auto-organisation via des comités de quartier.

Si Octobre a été, selon lui, un rendez-vous manqué, c’est parce que le soulèvement populaire ne disposait d’aucune direction politique : «Il nous manquait ce ‘grand parti’ à même d’offrir une alternative démocratique. Ce même parti qui nous manquait en 1954, en 1962 et nous manque aussi aujourd’hui.» Excepté les «islamistes», la seule force véritablement organisée, les formations clandestines de l’opposition (PAGS, FFS, PRS, MDRA, GCR, OST…) n’avaient pas d’emprise sur les événements. A posteriori, analyse Mahmoud, Octobre paraît presque comme un «événement secondaire» comparé à ce qui est survenu par la suite. Si les émeutes avaient été téléguidées au départ par une aile du régime favorable aux réformes libérales, la mobilisation des femmes, des journalistes, des avocats, des organisations des travailleurs, etc. a, elle, imposé une «ouverture plus grande».

La guerre civile aidant, les mandarins du parti unique et les tenants de la ligne dure du régime ont vite fait de refermer la parenthèse de «l’ouverture». «On a observé depuis 20 ans une constante volonté d’annuler et de vider de leur contenu les réformes au point où, aujourd’hui, nous avons le sentiment d’être à la veille d’un nouvel Octobre 1988», prévient Fatma Oussedik. La sociologue, professeur à l’université d’Alger, observe avec inquiétude le démantèlement progressif des «acquis» d’Octobre. «La société algérienne bégaie», constate la sociologue. «Alors que les Algériens de plus de 35 ans répugnent à reproduire les violences vécues depuis 1988, toute la société cherche une issue et a l’impression de ne pas être entendue dans sa volonté d’éviter le chaos.»
Mohand Aziri


Anouar Benmalek : «Le contrat moral, l’idylle présumée entre l’armée et le peuple ont été rompus»

-Ouyahia, Medelci, Belkhadem louent aujourd’hui les vertus démocratiques de la révolte d’Octobre 1988. Quel commentaire cela vous inspire-t-il ?

Cela ressemble presque à une farce. Que les dirigeants actuels revendiquent le 5 Octobre, cela ne peut être qu’obscène. Cela prouve aussi la force du symbole : ceux qui, hier, étaient traités de petits voyous sont devenus indispensables pour asseoir la légitimité du pouvoir. Cela illustre aussi le degré d’amnésie affectant la société. Car n’oublions pas que ces responsables, comme c’est le cas de l’inénarrable Belkhadem, pilier s’il en est du système répressif, endossent une lourde responsabilité dans les tueries et tortures pratiquées en Octobre 1988. Je constate qu’il y a comme une amnésie perpétuelle. Le peuple préfère parfois oublier. C’est terrible car nos morts sont méprisés ; ils meurent deux fois, en fait. Les événements qui ont suivi Octobre étaient tellement épouvantables que les 500 morts des événements paraissent presque insignifiants.

-L’Armée nationale populaire a tiré sur le peuple. Pensez-vous que cela constitue en soi un grave précédent ? Que l’armée choisira, dans un contexte révolutionnaire similaire à Octobre, le même camp, celui du régime…

Ce n’est pas la première fois que l’armée tire sur le peuple. Le «contrat moral», l’idylle présumée entre l’armée et le peuple ont été rompus bien avant Octobre 1988. Les appareils répressifs de l’armée avaient tous les pouvoirs et l’ont fait comprendre au peuple. Il faut rappeler les affrontements de l’été 1962 entre l’armée des frontières et les maquisards de l’intérieur. A Annaba, après le coup d’Etat de 1965, l’armée a assassiné des Algériens. N’oublions pas la chape de plomb et la terreur que faisait régner en Algérie la Sécurité militaire.

-A la veille de chaque commémoration d’Octobre 1988, le même débat resurgit. Octobre 1988, jacquerie ou révolte spontanée ?

Je pense que c’est un mélange des deux. Au départ, je crois que cela été voulu par un clan du pouvoir. Un clan qui a surestimé par ailleurs sa force. Mais la colère du peuple, l’emballement des évènements ont été tels que ce clan a été complètement dépassé par la suite. C’est ma conviction intime et je n’ai pas d’arguments à faire valoir. Ce n’était pas tant la démocratie que le peuple réclamait, en Octobre 1988. La révolte du peuple n’avait pas d’objectif précis mais elle était orientée contre toutes les formes d’humiliation qu’on lui faisait subir. Les partis d’opposition clandestins étaient déphasés par rapport au peuple, dépassés par les événements.

Les services de sécurité, rongés par l’incompétence, l’ont été aussi. Je crois qu’il y avait dedans un cocktail de magouilles politiciennes de très bas niveau et d’incompétence des appareils répressifs du régime. Car la révolte était là, potentiellement forte, mais elle a pêché par une absence totale d’encadrement politique. Les forces démocratiques étaient très faibles et elles le sont toujours, tandis que la seule force organisée était les islamistes. Ces derniers ont tout naturellement tiré profit de la situation. Avec du recul, il ne peut pas en être autrement. Les Algériens qui manifestaient et défiaient le régime découvraient en fait leur force.

-Le Comité national contre la torture a été mis en place en réaction à la répression féroce qui s’est abattue sur les manifestants. Quel a été votre rôle exactement ?

J’étais alors journaliste à Algérie Actualité. Comme dans toutes les rédactions, à l’époque, on savait qu’il y aurait quelque chose le 5 octobre. Dès le départ, les prévisions étaient tellement précises que la thèse de la manipulation par les «services» apparaît vraisemblable. Maintenant, qui de la Présidence ou de l’armée ont été les véritables instigateurs, je crois, personnellement, qu’il ne faut pas trop s’attarder sur cet aspect et ne retenir en définitive que l’immense élan populaire et les espoirs suscités, notamment celui de la dignité retrouvée. On avait fait une grande assemblée générale à l’université d’Alger. Les gens sont venus témoigner des tortures subies. Nous étions choqués par les récits donnés par les victimes, étonnés par le courage dont elles faisaient preuve pour raconter les tortures que les services de sécurité leur ont infligé. Je me souviens du témoignage d’un manifestant de Bab El Oued torturé par la police. Son sexe avait été introduit dans un tiroir, pris en tenailles, écrasé violement avec le casier. «On a tué mon âme», hurlait-il.

-La torture a été pratiquée à grande échelle lors de ces événements…

Connaissant la nature du régime, ce n’était pas une surprise. Le régime a toujours fonctionné par la torture. Cela étant, il n’y a pas eu déchaînement subit de violence. La torture a été démocratiquement pratiquée. Tous les services de sécurité que compte le pays avaient participé démocratiquement à la torture. Nous avions honte, nous, intellectuels, de rester en marge. D’où l’idée de constituer un Comité national contre la torture qui, malheureusement, n’a pas été jusqu’au bout de sa raison d’être malgré ses nombreuses manifestations. Beaucoup de gens nous avaient rejoints, beaucoup ont abandonné sous la pression et l’intimidation. Je me souviens que les dirigeants du Comité ont été convoqués par l’un des patrons de la Sécurité militaire à l’époque. Ce dernier nous mettait en garde, nous hurlait : «Nous sommes le cœur de l’Etat.» Evidemment, on a eu peur, mais cela ne nous a pas empêchés de publier le «Cahier noir d’Octobre» avec des témoignages épouvantables.

23 ans après, on constate qu’aucun des responsables des tueries, aucun des tortionnaires n’a été inquiété, n’a payé ne serait-ce que le prix de la honte. C’est l’impunité totale. Notre Comité n’a été officiellement autorisé qu’au lendemain du vote de l’amnistie. Les tenants du régime poussent l’ironie encore plus loin : les victimes, considérées officiellement comme étant victimes d’accident du travail, ont été indemnisées par la Caisse de sécurité sociale ! Accident du travail, disent-ils : travail des bourreaux, s’entend !

-Les acquis d’Octobre n’ont pas résisté à l’épreuve du temps et les coups de boutoir du régime…

Oui, c’est vrai du point de vue politique. La façade a été ravalée : multipartisme, une Assemblée plurielle, etc., mais ce n’est qu’une vitrine car le personnel politique a été domestiqué. Le seul acquis d’Octobre qui demeure encore est la liberté de parole, la liberté d’expression des Algériens. Il ne faut ni le sous-estimer ni le surestimer.
Mohand Aziri


 

Balises : Le parti de l’administration

Le projet de loi sur les partis politiques, qui sera examiné par le Parlement au cours de sa session d’automne, a soulevé une vive polémique auprès de certaines formations politiques.
Hormis les partis de l’Alliance présidentielle qui ont applaudi au contenu de ce projet par discipline partisane et conformément à leur engagement au service du programme présidentiel, les autres formations se réclamant de l’opposition y ont vu un nouveau tour de vis dans la gestion de la vie politique et partisane du pays.

Le rôle de gardien de l’ordre républicain accordé par ce projet à l’administration est perçu par certaines formations comme une volonté de l’administration – et par conséquent du pouvoir politique dont elle est l’émanation – de se substituer en la matière à la justice. L’administration n’est-elle pas qualifiée de premier parti politique à l’occasion de chaque consultation électorale organisée en Algérie, en dépit des dénégations officielles proclamant sa neutralité ?

Le chantier de la réforme de l’Etat et de ses institutions dans leur rapport entre elles et avec le pouvoir politique engagé par la commission Missoum Sbih est tombé en désuétude sans que l’on sache ni quelles sont ses conclusions ni pourquoi il a été jeté à la trappe. Tant que le système ne s’est pas réformé, que la séparation des pouvoirs consacrée par la Constitution continue à être une simple vue de l’esprit, il sera impossible de réconcilier l’administration avec son environnement. Ces derniers ne sont pas dupes pour croire que l’administration est souveraine dans les décisions qu’elle prend. Pour interdire ou autoriser une activité politique, une réunion, une marche.

Pour agréer ou rejeter la demande de création d’un parti politique. On a vu comment des projets déposés dans les formes légales sont restés dans les tiroirs du ministère de l’Intérieur sans aucune possibilité de recours pour leurs responsables.
Entre l’administration au niveau central ou territorial et les formations politiques, il y a une profonde crise de confiance. Laquelle puise sa source de toutes ces années d’autoritarisme de l’administration qui a fait le sale boulot pour le compte du pouvoir politique. Cette méfiance, cette défiance existent toujours. Elle ne pourrait être comblée par des discours. Comment convaincre des acteurs politiques qui ont souffert des blocages de l’administration que cette dernière puisse retrouver sa vocation citoyenne ? Qu’elle est désormais au service de la société et non d’une caste ? Des puissants ? Les partis qui ont stigmatisé les velléités de l’administration de vouloir, par procuration du pouvoir politique, régenter la vie politique, ont mille fois raisons de se montrer hostiles au pouvoir régalien que le projet de loi octroie à l’administration dans ses rapports avec les partis.

Et pourtant, à bien y regarder de près, la mission confiée à l’administration de prendre des mesures conservatoires dans des situations exceptionnelles de remise en cause de l’ordre républicain – comme ce fut le cas par le passé, en attendant que la justice statue tout en donnant, par ailleurs, la possibilité aux parties concernées de déposer un recours devant le Conseil d’Etat – cette procédure là n’a rien d’attentatoire aux libertés. Dans l’absolu. Si, bien évidemment, l’administration est véritablement neutre.

Car en attendant que la justice, dont on connaît la lenteur dans le fonctionnement et les interférences politiques dont elle est l’objet, se saisisse et dise le droit, il faut bien qu’il y ait une structure pour gérer l’urgence. Ceux qui appellent à ce que l’autorité judiciaire recouvre tous ses droits en la matière ignorent ou feignent d’ignorer que la justice de la nuit a existé et a encore de beaux jours devant elle tant que le système ne s’est pas réformé. Entre l’immixtion de l’administration dans les affaires des partis et la décision de la justice, qui n’est pas toujours aussi bien acceptée parce que jugée partiale et non indépendante, le résultat est le même.

La seule différence, c’est qu’on aura simplement mis les formes démocratiques en mettant le sort des partis entre les mains de la justice plutôt que d’être comptable devant l’administration.
Omar Berbiche


«Non à l’oubli, non à l’impunité»

A l’heure où l’on s’interroge sur «l’absence algérienne» de la chaîne des révoltes arabes qui a chassé les dictateurs de Carthage, de Syrte et des terres d’Abou Simbel, à l’heure où l’on épilogue sur la supposée «apathie» révolutionnaire des Algériens, s’autorisant parfois des insinuations sur la vaillance de nos pères et la légendaire bravoure des fils des Aurès, du Djurdjura et de l’Ouarsenis, survient le 23e anniversaire de la révolution d’Octobre 1988 pour rappeler qu’il y a bientôt un quart de siècle, la jeunesse algérienne avait inondé la rue de son sang, aux cris de «Algérie démocratique», faisant de l’Algérie la première nation arabe à s’engager dans la démocratie.

Souvenons-nous d’Octobre 1988, nos Bouazizi s’appelaient Ras El Kabous, Sid-Ali Benmechiche et autres noms incandescents qui portaient l’imberbe République face aux chars des ténébreuses casernes, Algérie seule et solennelle, sauvée par les amours adolescentes, c’était il y a 23 ans, le jeune homme épuisé dans Bab El Oued, une honorable goutte de sang sur son sourire et le poète qui lui disait : «Sois seul et en éveil entre tous les morts et que le sang tombe sur toi comme la pluie.»

Ce fut l’Octobre de cette aube muette où gisait, nue et éternelle, la dépouille de la jeunesse sacrifiée, quand un orage noir annonçait le dernier râle de la dictature. Ils ont ouvert le chemin céleste de la liberté, la liberté de la presse, la liberté politique, la liberté de dire, d’écrire, de penser… Ils avaient juré de n’être à jamais que les enfants de toutes les mères libres de ce monde, héritiers d’une Algérie trahie de ses blessures…

Ils étaient là, mère martyre, face aux chars de Chadli, à te bénir, de Bab El Oued à Tébessa, de Ouargla à Nédroma, cet Octobre que nous avons passé à pleurer nos chairs calcinées, à pleurer Sid-Ali fusillé, à pleurer notre jeunesse amputée, oui, à pleurer et à nous battre. A quel appel avions-nous répondu – sinon à celui des mères de Novembre et des fils du Printemps 1980 – nous qui arpentions les ruelles ensanglantées d’Alger, seuls et en éveil entre tous les morts, le sang tombant sur nous comme la pluie ? «Ne refuse rien à la République, ne refuse rien à la liberté, vis pour l’amour et meurs pour la liberté !»

Nous nous souviendrons toujours d’Octobre pour qu’aucun de nos martyrs ne finisse finir en martyr oublié, son nom à peine gravé sur une pierre tombale, offert à ceux qui auraient su s’en servir. Nous nous souviendrons d’Octobre parce que, nous le savons, les morts ont tort si après leur mort il n’y a personne pour les défendre. Oui, nous exigeons et nous exigerons toujours le jugement des assassins et des tortionnaires d’Octobre 1988. Non à l’oubli ! Non à l’impunité ! Nous exigeons et nous exigerons toujours la reconnaissance officielle et effective du statut de martyrs de la démocratie avec ce que cela suppose comme prise en charge des blessés et des ayants droit. Nous nous souviendrons d’Octobre pour que jamais on n’oublie ce prix qu’il a fallu payer pour arracher la terre des mains des vautours.

Hamou L’hadj Azouaou
Vice-président de l’association AVO 88


Séminaire du RAJ à l’occasion du 5 Octobre

Pour la politisation des mouvements de revendication

Etudiant-enseignant : quelle voie pour la démocratisation de l’université algérienne ?» est l’intitulé de la table ronde organisée hier dans le cadre du séminaire sur le 5 Octobre 1988 initié par le Rassemblement Action Jeunesse (RAJ).

Les invités de la deuxième journée du séminaire, qui s’est clôturé hier, ont évoqué plusieurs sujets relatifs à l’université. Djamel Bahloul, enseignant à la faculté de droit de Béjaïa, affirme amèrement que «la représentation syndicale universitaire a été soudoyée par le pouvoir». «L’actuel Conseil national de l’enseignement supérieur (CNES), coordonné par Anis Rahmani, est affilié au clan du Président», indique-t-il, tout en précisant que «le frère du chef de l’Etat, Saïd Bouteflika, anciennement enseignant à l’université de Bab Ezzouar, active ses réseaux pour parasiter le mouvement de revendication des enseignants».

Selon lui, «la contestation des enseignants ne doit pas se résumer à revendiquer une hausse des salaires ou un logement de fonction. Il faut d’abord réclamer la liberté syndicale pour arracher tous les droits». Pour revenir au thème, il pense que «la démocratisation de l’université repose sur l’autonomie de la prise de décision, y compris le volet des finances». M. Bahloul a longuement parlé du système licence-mastère-doctorat. «Le LMD a été imposé par le gouvernement sans consultation ni débat. Dans un monde globalisé, les financiers anglo-saxons veulent professionnaliser la formation universitaire.» Cependant, poursuit-il, «l’université algérienne n’est pas prête pour l’appliquer».

Hamzaoui Farid est membre de la Coordination nationale autonome des étudiants (CNAE), section d’Alger ; il estime pour sa part que «les citoyens algériens et les étudiants en particulier sont les esclaves d’un régime tyrannique qui ne veut pas ouvrir le dialogue démocratique». Il enchaîne en indiquant qu’«il est possible de démocratiser l’université algérienne à travers une meilleure gestion». M. Bahloul reprend la parole pour insister sur la préservation du rôle républicain de l’université, ce qui «permettra la participation de tous les acteurs malgré leur différence idéologique».

La réalité est difficile à ignorer. Pour M. Bahloul, «la force de la contestation universitaire a été divisée». «Le pouvoir algérien a tout fait pour casser les forces autonomes. Le DRS a dépolitisé l’université car elle est la matrice de la société», regrette-t-il.
Un autre membre de la CNAE, Fouad Ouicher, de la faculté de Béjaïa, pense que «des pseudo-représentants tiennent des cercles pour propager un discours religieux (salafiste) pour décrédibiliser nos revendications». Le débat qui a suivi les interventions a permis à l’assistance, composée en majorité d’étudiants et d’universitaires, de donner son avis et d’apporter divers témoignages.

Selon Hassan Wail El Karmouni d’Action jeunesse Maroc, il faudrait, dans le royaume chérifien, «dépenser au moins 50 000 euros pour pouvoir accéder au palier de mastère. Ce qui contraint les universités à se vider de cadres de la recherche scientifique». Un invité juge qu’«il ne faut pas réduire les problèmes de l’université à la mauvaise gestion (…). La question du médiocre contenu des cours et le faible budget accordé au secteur de l’enseignement supérieur sont primordiaux».

Et à M. Bahloul de conclure la table ronde en disant : «Tant que les revendications ne sont pas politisées, les mouvements de contestation dans les universités ne réussiront pas, sans pour autant que leur animation soit tenue par des politiciens.»

Mehdi Bsikri


Fersaoui Abdelwahab. Président du RAJ

«Les rassemblements du 5 Octobre, un devoir de mémoire»

Aujourd’hui, les membres du RAJ célébreront le 23e anniversaire du 5 Octobre au square Port Saïd, en face du Théâtre national
algérien, faute de pouvoir se rassembler sur la place des Martyrs (Alger-Centre).

-Que représente le 5 Octobre 1988 pour le RAJ ?

Le RAJ n’a jamais raté la commémoration du 5 Octobre. On croit en ce mouvement, on croit aux acquis du 5 Octobre 1988. Les jeunes d’Octobre 1988, il ne faut pas les oublier. Il faut qu’ils restent dans la mémoire de l’Algérie. Ce jour-là, les Algériens se sont soulevé pour exprimer leur ras-le-bol. A travers ce séminaire, nous avons voulu aborder des questions que nous jugeons pertinentes. Nous invitons tous les Algériens qui croient en la démocratie, qui croient en l’esprit d’Octobre 1988, à participer à ce rassemblement pacifique. Nous allons nous regrouper en portant des roses blanches. Notre premier objectif est de rendre hommage aux jeunes tués en Octobre 1988 et nous réapproprier la rue.

Auparavant, le pouvoir trouvait des excuses pour interdire les rassemblements à cause de l’état d’urgence. Même si cet état d’urgence est remplacé par des lois similaires, on occupera la rue qui appartient aux Algériens et à la jeunesse algérienne. Comme pour tous les drames qu’a connu l’Algérie, la lumière n’a pas encore été faite sur les événements du 5 Octobre 1988. Cet événement est perçu maintenant comme une manipulation, comme une lutte de clans. Pour nous, le 5 Octobre 1988 est une date qui a permis aux Algériens d’arracher des acquis. Si les jeunes sont sortis ce jour-là, c’est parce qu’il y avait un malaise politique, un malaise social. Malgré toutes les tentatives de récupération, notre objectif est d’apporter notre pierre pour faire la lumière sur ces événements. Nous voulons faire du 5 Octobre 1988 une journée nationale, une journée pour la démocratie.

Mehdi Bsikri