Affirmant que le code de la famille peut être contourné

Affirmant que le code de la famille peut être contourné

Mme Zerdani exhorte les juristes à appliquer les traités internationaux ratifiés par l’Algérie

Par Ghada Hamrouche, La Tribune,12 Mars 2007

«Les traités internationaux priment sur les lois nationales selon la décision du Conseil constitutionnel en date de 1989. De ce fait, avocats comme juges peuvent se référer à la convention internationale relative à l’égalité entre femmes et hommes ratifiée par l’Algérie pour faire valoir les droits des femmes.» C’est ce qu’a affirmé, hier, Mme Meriem Benmihoub Zerdani, experte indépendante du Comité onusien de lutte contre toute forme de ségrégation à l’égard des femmes (CDAO) lors de l’émission hebdomadaire «En toute franchise»
de la Chaîne III de la radio nationale. Mme Zerdani n’a pas fait dans la dentelle en abordant le code de la famille amendé en février 2005. «Il reste beaucoup à faire, ce code est toujours insuffisant», a-t-elle clamé. Ces insuffisances, elle les énumérera en mettant l’accent sur le maintien du tuteur, la polygamie et l’injustice à l’encontre des droits de succession.
«On ne peut pas prétendre le maintien de ce tuteur matrimonial alors que le texte coranique ne l’évoque pas et qu’il ne figure que dans le rite malékite et, d’autre part, chambouler, sans hésitations, la dévolution de la garde des enfants qui, elle, est un texte coranique, en faisant valoir l’intérêt de l’enfant», relèvera l’oratrice. La polygamie, explique-t-elle, a été bannie par le législateur tunisien car le texte coranique fait référence à une équité impossible entre épouses. Ce qui peut être adopté aussi par le législateur algérien comme référence pour amender cette disposition du code de la famille. Quant aux droits de succession, Mme Zerdani préconisera de faire valoir la donation pour garantir à la femme et aux filles du mari de bénéficier des biens de leur père.
Concernant l’égalité entre les deux sexes dans l’accès aux postes de responsabilité, notamment ceux d’ordre politique, l’experte algérienne déplorera la très faible représentativité des femmes aux deux chambres du Parlement. «Je ne peux comprendre comment le Parlement algérien soit aussi sexiste alors que l’Assemblée constituante avait compté plus de femmes qu’il n’y en avait au Sénat français à l’époque», s’est-interrogée l’invitée de la radio nationale. Déplorant cet état des lieux, elle dira : «Au moment où le Parlement algérien ne compte que 4% de femmes, les Tunisiens en comptent 28%, les Marocains 8% et les Mauritaniens 22%» avant d’ajouter : «C’est inadmissible pour le pays de Hassiba Ben Bouali, de Fadila et de Meriem Saadane.» Elle ne manquera pas de suggérer que la subvention des partis politiques soit établie sur la base de la représentativité féminine en leur sein. Ce qui la mènera à souhaiter que «le chef de l’Etat, qui a les prérogatives constitutionnelles de nommer 48 représentants, donne l’exemple de cette parité totale entre les hommes et les femmes en nommant 24 femmes sur les 48 sénateurs désignés» et de conclure sur la fameuse déclaration de feu Mohamed Boudiaf : «Une société sans femmes est une société infâme.»

G. H.