Violences à l’égard des femmes: Les textes à l’épreuve des mentalités

Violences à l’égard des femmes

Les textes à l’épreuve des mentalités

Le Soir d’Algérie, 28 novembre 2017

Les textes évoluent mais pas les mentalités. La violence à l’égard des femmes a beau être punie par la loi, elle reste socialement acceptée, freinant les plus volontaristes des politiques publiques. Les statistiques font état de 7 568 cas de violences physiques entre janvier et septembre de l’année en cours. Un chiffre ne reflétant nullement l’ampleur de la détresse des femmes réduites au silence.
Nawal Imès – Alger (Le Soir) – En matière de ratification de conventions et de traités relatifs à la lutte contre la violence à l’égard des femmes, l’Algérie fait figure de championne. Elle vient d’adhérer au traité de Maputo après avoir révisé des dispositions du code pénal réglementant quelque peu les rapports hommes-femmes mais cela suffit-il à faire éliminer toutes formes de violences ? Non, répondent les participants à la journée d’étude organisée hier par le Conseil national des droits de l’Homme.
Sa présidente annonçait hier que selon les statistiques fournies par la DGSN, au moins
7 568 cas de violences avérées ont été recensés depuis le début de l’année en cours. Combien de victimes sont réellement aller déposer plainte ? Leurs agresseurs ont-ils été punis conformément à ce que prévoit la loi ? Pas de réponse.
La ministre de la Solidarité, présente à cette rencontre, a rappelé que la problématique de la violence à l’égard des femmes ne pouvait être du seul ressort de son département ministériel.
Eric Oversvest, coordonnateur résident du système des Nations-Unies en Algérie, a mis l’accent lors de son intervention sur la nécessité de changer les mentalités affirmant que «la prévention et la réponse à la violence contre les femmes et les filles exigent des efforts concertés de tous le segments de la société et de tous les secteurs du gouvernement», rappelant que « le cadre législatif constitue un élément fondamental pour instaurer un environnement favorable à la promotion de l’égalité des sexes» et d’avertir qu’il ne fallait surtout pas sous-estimer les dimensions sociale, économique et culturelle qui perpétuent les inégalités.
Les efforts-ajoute-t-il, en faveur de l’égalité ne seront productifs que si les attitudes changent, que si la violence à l’égard des femmes fasse l’objet d’un travail multisectoriel devant aboutir à la fin des clichés et des stéréotypes.
Le coordonnateur résident du système des Nations-Unies met l’accent sur la nécessité de mettre en œuvre la convention sur l’élimination de toutes formes de discrimination à l’égard des femmes.
Si l’Algérie a fini par l’adopter, elle s’était empressée de soulever beaucoup de réserves. Les femmes, affirme-t-il, doivent être associées à la prise de décision notamment lorsque cela concerne des questions vitales. Elles doivent pouvoir, dit-il, accéder à la justice et y trouver des personnes sensibles à l’approche du genre et surtout bénéficier d’un environnement général moins hostile, offrant travail, logement et éducation.
Sans la combinaison de toutes ces conditions, la liste des femmes violentées ne pourra que grossir davantage.
N. I.