L’éventualité d’une vente d’orascom à un opérateur sud-africain

L’éventualité d’une vente d’orascom à un opérateur sud-africain

ARPT : « Rien ne se fera sans nous… »

El Watan, 28 avril 2010

L’Autorité de régulation de la poste et des télécommunications (ARPT) « n’a reçu aucune notification officielle d’Orascom Telecom Algérie (OTA) sur la vente de la marque commerciale Djezzy », nous a indiqué hier cet organisme. « Nous avons appris l’information par le biais de la presse », nous a-t-on signalé. Djezzy ne peut être vendu sans en aviser l’ARPT, tel que stipulé dans le cahier des charges, poursuit la même source.

L’ARPT signifie ainsi qu’elle pourra opposer son veto sur la conclusion d’une transaction qui induirait un changement de propriétaire de la filiale algérienne et, par ricochet, de l’attributaire de la licence obtenue en 2001. La réglementation est très claire là-dessus. L’article 3 du décret exécutif n° 01-219 portant approbation de licence d’établissement et d’exploitation d’un réseau public de télécommunications cellulaires de norme GSM et de fourniture de services de télécommunications au public souligne que « la licence, objet de ce présent décret, est personnelle et ne peut être cédée ou transférée que dans le cadre et conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur et aux conditions fixées dans le cahier des charges ».

L’article 39 du cahier des charges énonce : « La licence ne peut être cédée ou transférée à des tiers qu’aux conditions et procédures définies à l’article 19 du décret exécutif n° 01-124 (…) portant définition de la procédure applicable à l’adjudication par appel à la concurrence pour l’octroi des licences en matière de télécommunications ». L’article 40 note que toute modification affectant la participation directe ou indirecte dans le capital social doit faire l’objet d’une notification préalable à l’ARPT. Cette dernière doit également être informée de toute modification affectant directement plus de 10% de la répartition de l’actionnariat du titulaire.

Dans le cas où ces dispositions ne sont pas respectées, l’ARPT pourrait décider du retrait de la licence, peut-on lire dans le cahier des charges, dans lequel il est précisé que toute prise de participation directe ou indirecte d’un opérateur en Algérie au capital social d’OTA « est nulle ». Cette mise en garde de l’ARPT à OTA dont la maison-mère égyptienne Orascom Telecom Holding avait obtenu la licence en 2001 pour un montant de 737 millions de dollars augure d’un nouveau bras de fer entre cette institution et l’opérateur. A moins que ce dernier n’attende la fin des négociations et la conclusion définitive de la transaction avec le groupe sud-africain MTN pour mettre au parfum l’ARPT. De nombreuses sources laissent entendre que le gouvernement algérien ne verrait pas d’un mauvais œil l’arrivée de MTN.

Pourtant, le ministère des Finances était sorti de ses gonds, début mars, pour rappeler dans un communiqué que « la législation en vigueur accorde le droit de préemption pour l’Etat algérien sur toutes les cessions de participations des actionnaires étrangers ou au profit d’actionnaires étrangers » en réaction aux déclarations du président-directeur général et membre fondateur d’Orascom, Naguib Sawiris, qui avait annoncé dans une déclaration au journal émirati The National que le groupe était à la recherche de partenaires auxquels il pourrait céder une partie du capital ou avec lesquels il pourrait envisager une fusion. Le département de Karim Djoudi avait averti que « seul le respect des obligations légales en vigueur permet la consécration de toute transaction de cette nature », précisant que « dans le cas contraire, celle-ci (la transaction) est considérée comme nulle et sans effet ».

Par Nora Boudedja


Orascom Telecom Algérie : OTH en négociations avec le sud-africain MTN

Orascom Telecom Holding (OTH) est en négociations avec l’entreprise sud-africaine MTN, afin de convenir du rachat de plusieurs de ses filiales, dont l’algérienne Djezzy.

OTH, et à la suite de la suspension, lundi, de la cotation boursière de ses actions sur la place du Caire, motivée par ces perspectives de rachat, avait assuré qu’une déclaration « cruciale » allait être « révélée au courant de la journée de mardi ». Pourtant, rien n’avait encore filtré hier dans la soirée, quant à l’aboutissement de ses tractations et aux modalités de la transaction.
Des rumeurs de vente

Cependant, selon des observateurs, il sera convenu qu’Orascom Telecom Holding céderait la majorité des actions de sa filiale africaine, qui regroupe ses propriétés en Algérie, en Tunisie, en Egypte et au Zimbabwe, au groupe MTN, mais en gardant tout de même entre 10 et 15% des parts. « Tout en préservant les employés et le plus gros du management, la transaction pourrait être bouclée en six mois », précise-t-on. Des rumeurs quant à cette vente avaient débuté lorsqu’une équipe de MTN avait effectué, il y a quelques semaines, une visite « de prospection » au sein d’OTA. Il semblerait d’ailleurs que le rapprochement entre les deux parties ait eu lieu au Mobile World Congress de Barcelone, qui s’est tenu au mois de février dernier. « Quelques semaines plus tard, un haut responsable de la société sud-africaine a été reçu à Alger par la présidence de la République », affirme une source proche du dossier. « De même, une délégation de MTN a eu des discussions, à Alger, avec le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, qui aurait donné son aval », ajoute une autre source. Sawiris, président du conseil d’administration de la maison mère égyptienne, maintient que la vente de Djezzy, qui assure au groupe près de 60% de ses bénéfices, ne s’effectuera « qu’à contrecœur ». « Il est acculé à vendre maintenant que les actions sont cotées en Bourse à son avantage », explique un expert. Car si il y a quelques mois encore OTA valait près de 10 milliards de dollars, elle ne vaut aujourd’hui que 5 à 7 milliards de dollars. Cette dépréciation est due aux « événements de novembre ».

Tout d’abord, les manifestations anti-égyptiennes qui ont découlé des qualifications à la Coupe du monde de football 2010, et qui auront coûté à OTA des pertes s’élevant à 60 millions de dollars. Ce qui a été suivi par le redressement fiscal de près de 600 millions de dollars que l’entreprise s’est vu infliger dans le même temps et qui a porté un coup à son image à l’internationale. Même si celle-ci a usé de nombreux recours, elle a récemment déclaré s’être entièrement acquittée de ses dettes envers le fisc algérien. « D’où la célérité avec laquelle Sawiris veut vendre Djezzy, avant qu’elle ne perde davantage de sa valeur sur les places boursières », analyse un expert. Une source proche du dossier affirme d’ailleurs que « l’on tente d’asphyxier l’entreprise, peut-être dans le but que des opérateurs nationaux puissent racheter des actions à un prix plus bas ».

« L’on a suspendu à OTA la domiciliation bancaire, interdit les transferts de fonds, non de dividendes, mais de devises pour le rachat de matériel. En sus, ses marchandises sont bloquées par la douane aux frontières, et ses projets d’investissement systématiquement bloqués », avance-t-on au niveau de Djezzy. Et ce sans compter les nombreuses demandes d’audience formulées par les hauts responsables du holding et qui seraient restées sans réponse. De même, l’on affirme que Djezzy a reçu, au cours de la semaine dernière, la visite de l’inspection du travail, qui lui aurait signifié que certaines de ses activités, comme les centres d’appel nocturne, n’étaient pas conformes à la réglementation. Il y a quelques mois, Sawiris déclarait attendre des signaux qui lui prouveraient qu’il était indésirable sur le marché algérien. « Même si rien d’officiel n’a été déclaré, dans les faits, l’on est on ne peut plus clair », analyse un expert.

Par Ghania Lassal