La tripartite doit réécrire le pacte économique et social

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La tripartite doit réécrire le pacte économique et social

Par : Rédaction de Liberté, 28 mai 2011

Aujourd’hui se tient la 14e tripartite réunissant gouvernement, patronat et syndicat. Pour être efficace et productive, une tripartite doit être adossée à une stratégie économique et à la définition d’une politique sociale préalablement acceptée par l’ensemble des partenaires.

Jusqu’à présent, les tripartites qui ont pu se tenir ont été essentiellement consacrées à des questions salariales, de compression d’effectifs et de contraintes de crédits aux entreprises. Elles n’ont jamais porté sur les orientations de politique économique qui tracent les perspectives de moyen terme. Notre pays est toujours en attente de ces orientations. Sur la base d’un diagnostic et d’échanges, d’un dialogue et d’une concertation entre les parties prenantes (gouvernement, patronat et syndicat), l’État est ici interpellé et doit définir clairement les choix économiques et sociaux dans lesquels va s’engager le pays. Le Pacte économique et social (PES) est le contrat qui scelle le consensus tripartite sur ces choix.
Force est de constater que le Pacte économique et social actuel est en deçà des exigences de l’heure et des attentes de la société dans le domaine social. Il doit donc être revisité.
Dans la nouvelle vision du Pacte économique et social, l’entreprise — avec ses trois fonctions d’investisseur, de producteur et d’exportateur — doit apparaître comme préoccupation centrale des partenaires. L’entreprise est bien l’outil principal de création de richesses et d’emplois. Elle doit impérativement prendre le relais de la dépense publique et du déficit budgétaire dans la fabrication de la croissance.
La tripartite du 28 mai est différente de celles qui ont été tenues à ce jour. D’abord par son élargissement à d’autres partenaires économiques ; mais surtout par son ordre du jour qui sera principalement consacré à l’entreprise. C’est bien la première fois que les pouvoirs publics, en concertation avec les partenaires sociaux, vont débattre de ce que pourrait être aujourd’hui et en Algérie une politique de l’offre ; c’est-à-dire une politique qui développe l’outil de production et ses capacités à fabriquer des biens et services.
Il est regrettable et fortement dommageable pour l’économie nationale que les dépenses de l’État ne profitent que très peu aux entreprises algériennes, faute de véritable politique de “préférence nationale” et en raison de la faible compétitivité de nos entreprises. La tripartite de cette fin du mois de mai doit s’atteler au traitement de ces deux dossiers : celui des mesures de préférence nationale à arrêter et à mettre en œuvre ; et celui de la compétitivité de nos entreprises : amélioration du climat des affaires, développement des ressources humaines, élargissement des modes de financement, lutte contre la concurrence déloyale…
La 14e session de la tripartite se tient dans un contexte particulier marqué par l’annonce d’importantes réformes politiques et institutionnelles et de nouvelles orientations de politique économique.
Dans le domaine économique, ces réformes devront découler d’un dialogue social qui doit prendre une dimension plus dense et plus hiérarchisée. Il doit être consacré principalement à construire un “couloir vert” pour l’entreprise et surtout mobiliser les acteurs économiques pour faire de l’entreprise une grande priorité nationale. Cela doit se traduire, en particulier, par des modalités extrêmement rapides de facilitation du lancement des projets d’investissement, à la place des procédures d’agrément actuelles.
Les investissements directs étrangers sont utiles ; ce fait est incontestable. Encore faut-il qu’ils soient mieux orientés et qu’ils ne soient pas trop coûteux en termes de ponction de la valeur ajoutée. Notre pays a surtout besoin de relancer les investissements nationaux. Si l’expérience des autres pays peut servir de repère, les investisseurs nationaux sont les meilleurs facteurs d’attraction des investisseurs étrangers. Si l’investisseur national est découragé, l’investisseur étranger le sera aussi sauf pour des projets spéculatifs à très haut rendement. Des milliers de projets d’opérateurs nationaux attendent d’être lancés. Le climat des affaires est malheureusement décourageant. Quelque 5 000 projets pourraient voir le jour chaque année pour peu que le gouvernement en fasse un plan impératif à exécuter ; et mobilise pour cela tous les moyens nécessaires et surtout les institutions concernées : administrations, autorités locales, banques, douanes…
Nous préconisons la mise en œuvre d’un plan Orsec de l’entreprise privée. Il nous faut absolument faire le pari des investisseurs nationaux. Cela passe d’abord par la reconnaissance de la liberté d’entreprendre. C’est là un principe qu’il faut consacrer de la manière la plus nette. Ce qui suppose qu’il ne faut plus faire de ségrégation entre l’entreprise privée et l’entreprise publique. Ce qui suppose aussi que l’État doit encourager et accompagner les investisseurs à concrétiser eux-mêmes des partenariats avec des entreprises étrangères. Cela doit se traduire par l’établissement d’une relation de confiance entre l’État et les entreprises au lieu de la culture de la méfiance qui a trop longtemps marqué cette relation. C’est de tout cela que devrait débattre la tripartite et que doit codifier le Pacte économique et social qu’il faut absolument réécrire.
Pour que les décisions qui seront prises à l’issue de la prochaine tripartite ne restent pas un vœu pieux, il est impératif de les adosser à une approche méthodologique novatrice. À cet égard, on pourrait retenir un modus operandi fondé sur les principes suivants :
• considérer que cette tripartite ne sera pas close à l’issue de sa prochaine session. Il s’agit, au contraire, de la laisser ouverte pour laisser le temps nécessaire aux équipes qui seraient chargées d’élaborer les mesures appropriées ;
• constituer des équipes de professionnels qui seraient désignés par chaque partie prenante sur chaque grand volet des mesures qui auront été décidées lors de la prochaine session ; et les mettre au travail. Ce travail pourrait servir à animer des “états généraux” de l’entreprise à convoquer dans les prochains mois et où toutes les parties prenantes seraient invitées ;
• arrêter un calendrier pour la mise en œuvre de ces décisions de façon à fixer des objectifs de délais précis aux équipes de travail ;
• décider que le mécanisme de la tripartite se transforme en mécanisme de concertation permanent entre les parties prenantes ; et non pas être convoqué tous les deux ou trois années comme cela s’est fait jusque-là. En particulier, la concertation permanente pourra servir à évaluer régulièrement la mise en œuvre des mesures décidées et proposer les ajustements nécessaires.