“80% des sociétés ne sont pas capables de tenir la route”

Benkhalfa, délégué général de l’ABEF

“80% des sociétés ne sont pas capables de tenir la route”

Par :Rubrique Économie, Liberté,15 mars 2007

L’État “doit continuer à doper les entreprises pendant une dizaine d’années encore à travers les mesures de soutien financier en vigueur sur les plans notamment fiscal et des conditions de crédit”, a affirmé le délégué général de l’Association des banques et des établissements financiers (Abef), M. Abderrahmane Benkhalfa. M. Benkhalfa s’exprimait lors d’une rencontre-débat organisée mardi après-midi par une entreprise de presse économique, consacrée au marché financier. Pour le représentant de la communauté bancaire, “un nombre équivalent à 80% des entreprises en activité ne sont pas capables de tenir la route sans un soutien financier actif de l’État”. Ce soutien des pouvoirs publics doit être maintenu essentiellement à travers le système de garantie des crédits impayés, le traitement fiscal préférentiel et la politique des taux d’intérêt “afin de faire face à la concurrence qui ne se fait que par les coûts”, a expliqué M. Benkhalfa. Faisant succintement le point sur l’activité des crédits bancaires, le même responsable a indiqué que l’année 2006 a enregistré un encours de crédits de l’ordre de 1 850 milliards de DA dont 205 milliards de DA accordés dans le cadre des prêts immobiliers et des crédits à la consommation. Au sujet, justement, des crédits à la consommation dont la demande commence à prendre de l’ampleur, il a tenu à souligner que les banques doivent prévenir le “risque de surendettement” des particuliers et des ménages auquel ces derniers pourraient s’exposer en cas d’un recours excessif à ce type de prêts. En s’adressant aux représentants des banques algériennes et étrangères présents à cette rencontre, M. Benkhalfa a fait aussi constater que les crédits à la consommation tels que pratiqués actuellement en Algérie ont cette particularité d’être destinés essentiellement à l’achat des produits importés. Or, “le crédit à la consommation doit être également considéré par les banques comme un des facteurs fondamentaux pour promouvoir l’entreprise algérienne et encourager la consommation des produits locaux”, a-t-il soutenu. Dans son intervention, le délégué général de l’Abef a également abordé les problèmes de fraude et de la sécurité bancaire, et ce, allusion faite aux scandales financiers qui ont éclaboussé la place bancaire. “Les leçons sont bien tirées et le système de contrôle mis en place permettra de mieux sécuriser le système bancaire”, a-t-il assuré. “Les systèmes d’alerte mis en place par les banques en collaboration avec la Banque d’Algérie et les différents contrôles exercés par les instances de supervision bancaire en liaison avec l’appareil de justice rendront de plus en plus difficiles les actes de fraude dans le secteur bancaire”, selon M. Benkhalfa. Abordant les réformes bancaires, le même responsable a indiqué que dans le cadre de la modernisation des moyens de paiement qui est à un stade relativement avancé, les banques ambitionnent d’introduire le commerce électronique en 2009. Il a regretté, cependant, que la concurrence introduite dans le secteur bancaire avec l’avènement de banques étrangères soit opérée pour plusieurs produits bancaires mais en exclusion des crédits aux entreprises. Il a indiqué, par ailleurs, que le secteur bancaire compte actuellement 14 millions de comptes bancaires contre 7 millions de comptes auprès d’Algérie Poste, avec des prévisions de 30 millions de comptes pour ces deux secteurs regroupés à l’horizon 2015.
En outre, M. Benkhalfa a annoncé qu’un système de “rating” (cotation) des entreprises sera introduit en Algérie au début de l’année 2008 par trois banques publiques algériennes. Ce nouveau dispositif de rating devra permettre la notation des entreprises à travers des critères sur le plan notamment de leurs performances, de leur compétitivité et de la place qu’elles occupent sur le marché, en leur attribuant une cotation exprimant la qualité de ces entités économiques. Selon M. Benkhalfa, une bonne cotation d’une entreprise par ce système de rating devra permettre à cette dernière un meilleur accès aux crédits bancaires. L’élaboration de ce dispositif devra être finalisée à la fin 2007 avec l’assistance technique de l’Union européenne pour être introduit dans trois grandes banques publiques. Cependant, a-t-il ajouté, l’activité de rating des entreprises ne sera pas exercée indéfiniment par ces banques mais sera confiée, plus tard, à une Agence spéciale de cotation.