Le sommet de la FAO ouvert à Rome sur fond de crise alimentaire grave

Le sommet de la FAO ouvert à Rome sur fond de crise alimentaire grave

Quand les riches laissent le sud du monde sur sa faim

par M. Saâdoune, Le Quotidien d’Oran, 4 juin 2008

Les prix des denrées alimentaires flambent, les émeutes de la faim se multiplient, les pays pauvres sont déstabilisés.

C’est dans un contexte de crise grave que s’est ouvert, hier, à Rome, la Conférence internationale de la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) sur la sécurité alimentaire. La gravité de la situation a fait bifurquer l’ordre du jour vers cette question d’urgence alors que la Conférence devait être consacrée initialement au réchauffement climatique et aux bioénergies. Une cinquantaine de chefs d’Etat et de gouvernement étaient présents. Il en est de même des présidents des institutions financières comme la Banque mondiale et le FMI qui ont largement contribué, selon les critiques, au délaissement du développement de la culture vivrière au profit des cultures d’exportation. La FAO avait été vivement critiquée ces derniers temps pour son absence opérationnelle.

Le président sénégalais, Abdoulaye Wade, avait dénoncé une institution «inefficace» sur le terrain et avait même suggéré de supprimer l’organisation et de transférer son budget au FIDA. La FAO, présidée par un autre Jacques Diouf, entend redorer son blason en faisant du sommet une «occasion historique de relancer le processus de lutte contre la faim et la pauvreté». Hier, l’organisation a demandé aux leaders de réunir 30 milliards de dollars pour la relance de l’agriculture et prévenir les menaces de conflits liés à la faim. Jacques Diouf, président de la FAO, a livré des chiffres édifiants: 1.200 milliards de dollars ont été dépensés dans les armes et les gaspillages alimentaires dans un seul pays peuvent coûter 100 milliards de dollars. Sur cette toile de fond, a déclaré Jacques Diouf, «comment pouvons-nous expliquer au peuple de bon sens et de bonne foi qu’il est impossible de trouver 30 milliards de dollars par an pour que 862 millions de personnes victimes de la famine puissent jouir d’un des droits humains fondamentaux: le droit de se nourrir et alors le droit de vivre ?».

Le bon sens n’est pas ultralibéral

Mais le bon sens est-il accommodable à la sauce du capitalisme ultralibéral qui a cassé dans de nombreux pays en développement l’agriculture vivrière ? On aura beaucoup entendu des promesses et des proclamations lénifiantes alors que les données sont connues.

Les pays riches qui défendent la «concurrence» subventionnent leurs agricultures, imposent des droits de douanes et faussent la donne pour les agriculteurs des pays pauvres. Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a dénoncé les «politiques alimentaires qui appauvrissent les voisins» et appelé les pays membres de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) à dégager rapidement un accord de libéralisation du commerce agricole. 214 milliards d’euros de subventions ont été accordées aux agriculteurs dans les pays de l’OCDE.

Il n’y a plus de concurrence possible et les agricultures dans les pays en développement sont littéralement ruinées par cette politique. La FAO préconise des mesures d’urgence à court terme consistant à garantir l’accès à la nourriture des plus faibles et à favoriser la relance de la production à travers une distribution de semences et d’engrais. Les ONG, à l’image d’Oxfam, réclame un plan d’action d’urgence contre la flambée des prix. Selon elle, au moins 290 millions de personnes, dans les 53 pays les plus touchés par l’inflation, ont besoin d’une aide d’urgence. L’ONG évalue à 14,5 milliards de dollars les besoins d’assistance immédiats. «Cette somme est faible par rapport aux milliards que la Réserve fédérale américaine et la Banque centrale européenne ont injectés dans le système financier ces six derniers mois afin de tenter d’éviter une crise économique», estime Oxfam dans un communiqué.

L’organisation qualifie de «misérables» les sommes données à l’agriculture dans les pays en développement, qui plafonnent actuellement à «4 milliards de dollars, en comparaison avec les 125 milliards de dollars que les pays riches ont donnés à leurs agriculteurs en 2006». Le sommet de «l’urgence» risque d’être celui des faux-semblants. Les causes de la crise sont connues et les institutions financières internationales, fondées sur l’idéologie du libéralisme, en sont en bonne partie responsables. Un certain discours occidental tend à rendre responsable l’amélioration du niveau des Chinois et des Indiens alors que ce sont les subventions et les politiques des pays riches qui sont la principale cause de la crise alimentaire. Il n’est pas sûr que ces riches, au-delà des discours creux, ne continueront pas à laisser le sud du monde sur sa faim.