NSE : le risque Algérie « long terme » passe à B2 dans un Maghreb en hausse

NSE : le risque Algérie « long terme » passe à B2 dans un Maghreb en hausse

Said Mekki , Maghreb Emergent, 06 Février 2012

Dans le classement 2012 de Nord-Sud Expert, les classements de pays du Maghreb connaissent des évolutions minimes en matière de critère de performance et de la qualité de la gestion. Mais le contexte politique avec l’émergence d’une « vague verte modérée et conservatrice » pourrait relancer le projet Maghrébin.

En dépit d’une révolution en Tunisie, d’une guerre civile avec implication des forces extérieures en Libye, les fondamentaux de l’économie des pays du Maghreb ne sont pas altérés ou alors faiblement. On retrouve globalement les qualités ou les défauts des économies dans un classement – c’est ce qui fait son originalité- le régime politique et la qualité de la gestion publique font l’objet d’une appréciation spécifique. Le classement 2012 analyse les performances des 51 pays sous l’angle de l’appréciation des régimes politiques et de leur gestion des affaires publiques, des grandes tendances économiques et du contexte social. L’analyse met en exergue les éléments porteurs de risques et les facteurs d’opportunités, de 2010 à 2015. Dans ce classement, les pays du Maghreb ne connaissent pas des évolutions brusques mais l’évolution politique en cours pourrait hâter la relance du projet maghrébin. En matière de « dynamisme », l’Algérie se voit doter d’un modeste 3,6 contre 5 pour la Libye, 4 pour le Maroc, 3,8 pour la Tunisie. Mais en général, la situation demeure pratiquement stationnaire pour le court terme. L’Algérie avec une note de 32,8 sur 70 reste en catégorie B3, la Libye (32/70) recule de la catégorie B2 à B3. Un recul, similaire à celui de l’Egypte, le Liban et la Syrie, qui s’explique par « une dégradation de la situation intérieure liée à de forts antagonismes internes, aggravés par l’instabilité régionale ». Mais NSE note que pour la Libye, l’Egypte, le Liban, les fondamentaux économiques ne sont que modérément affectés alors que la Syrie, quant à elle, « connaît une situation proche de la guerre civile et un embargo qui se traduisent par un effondrement de la croissance et des capacités de financement, publiques et privées ».

Le risque Algérie passe de B3 à B2

Sur le classement du risque pays à moyen-long terme, l’Algérie avec une note de 34/70 progresse d’un cran et passe de la catégorie B3 à B2. Le paramètre principal qui explique cette modification est lié à la prochaine révision de la loi sur les hydrocarbures. « L’Algérie passe de B3 à B2, en raison d’un léger assouplissement attendu de ses conditions d’investissement dans les hydrocarbures notamment ». La Libye (31/70) passe de B2 à B3 « du fait de la forte dégradation des conditions d’investissement et des fuites de capitaux, qui devraient poursuivre leurs effets à moyen terme ». La Tunisie avec une note de 40/70 recule légèrement de B1 à B1(-) du fait de l’incertitude qui continue à peser sur la gestion des affaires publiques et du secteur du tourisme ». Le classement du Maroc (41/ 70) reste inchangé en B1. A l’intérieur de cette classe de risques, le Maroc progresse légèrement de la catégorie B1 à B1+, la Tunisie est maintenue en B1, ce qui témoigne d’une vision optimiste de NSE à l’égard de ce pays et qui contraste nettement avec les appréciations des autres agences de notation. Si les évolutions paraissent modestes, le potentiel d’accélération que comportent des transitions où la « justice morale » est mis en avant. Il y a, pour NSE, une nouvelle carte politique qui bouleverse les analyses du risque à un double niveau. D’une part, au plan géographique, puisque l’aggravation des risques s’est déplacée, modifiant la perception des anciens îlots de stabilité présumée. D’autre part, au plan structurel: la nature du risque a changé pour se réincarner dans une forme qui prévalait avant la mondialisation. Celle de l’État lui-même, ou l’État-Nation, sa nature, ses forces et ses faiblesses politiques, économiques et sociales. Evolution de taille pour les experts de NSE, désormais, pour analyser le risque et calculer son niveau, il faut tenir compte des peuples.

« La vague verte » comme un potentiel Maghrébin

Sans nier que les transitions en cours sont rendues très délicates par l’absence d’expérience démocratique – cas de l’Egypte -, NSE décèle un réel potentiel maghrébin dans la victoire des « islamo-conservateurs » au Maroc et en Tunisie qui n’est « une surprise que pour ceux qui ont oublié le long règne des « démocrates-chrétiens » en Europe occidentale ». Cette victoire correspond à un besoin d’ordre et de justice « morale », à l’idée qu’un élu qui respecte ses principes religieux ne saurait être un individu corrompu et avide de pouvoir.

Pour NSE cette vague verte pourrait favoriser la constitution d’une véritable communauté des pays du grand Maghreb et relancer l’UMA. Et dans ce domaine, pour NSE ce n’est la Libye en proie à de forts tumultes de l’après-Kadhafi qui constitue une inconnue mais… l’Algérie. « Certains indices montrent que les décideurs algériens serait peut-être disposés à laisser émerger une force politique parlementaire composée d’islamistes modérés de diverses obédiences… ». Mais, ajoute NSE, tout dépendra des gages que ces formations seront disposées à offrir aux détenteurs du pouvoir réel.