La Révolution bancaire en marche ?

La Révolution bancaire en marche ?

Oualid Ammar, L’Epoque – numéro 29 du 3 au 9 janvier 2006

Des milliards de dinars se sont encore évanouis dans la nature en 2005 alors qu’ils étaient censés être en sécurité dans des coffres publics. C’est, dit-on, la faute au système bancaire en vigueur et aussi, aux hommes. Dans ce domaine, l’année qui commence serait celle des grands bouleversements.

Les pouvoirs publics ont pris des engagements solennels pour libérer le système bancaire de ses archaïsmes. En parallèle, un Suisse d’origine algérienne s’est fendu d’un plaidoyer en faveur de la convertibilité du dinar. Plus facile à dire qu’à faire surtout lorsqu’on est replié au pays des banquiers « au dessus de tout soupçon ». Ici, ces dernières années, les maquillages ont sautés. Titre de ce feuilleton hyperréaliste : « Rapinades à ciel ouvert ». Autant de bastonnades sur, et dans, les têtes de millions d’Algériens aspirants à la citoyenneté. Des sommes à plusieurs zéros que la multitude algérienne, écrasée par un système économique « mafieusement » dérégulé, a eus de la peine à aligner et à saisir. Surréaliste. Dire que le discours officiel déborde des louanges à l’Etat de droit retrouvé, cet Etat de droit dont l’avocat Ksentini a perdu la trace dans les années 90 ! Quand les mécanismes de veille et de contrôle sont défaillants la décennie suivante, où se trouve l’Etat, maître ? Que deviennent les droits sociaux et économiques des citoyens ?
Dans le marigot économique et financier, sept banques privées à capitaux algériens sont tombées. Tour à tour, de 2002 à 2005, comme des dominos. Khalifa Bank, Union Bank, BCIA, AIB, Ca Banque, Mouna Bank et Arco Bank. Ces deux dernières ont elles-mêmes demandé le retrait de leur agrément, a-t-on tenu à préciser après un communiqué officiel qui n’en avait pas fait, curieusement, mention. C’est différent et plus propre. Ca à l’air d’être plus éthique. Faudrait juste que la Banque d’Algérie – banque des banques – disent aux aspirants à la citoyenneté, combien exactement de milliards se sont volatilisés et ont été classés « irrécouvrables » ; que le système judiciaire s’investisse sur ce dossier pour faire en sorte que le tripotage des deniers de la collectivité nationale ne passe aussi au registre anti-citoyen de l’impunité.
A ce propos, la Révolution n’est qu’une vue de l’esprit. Mais, comme diraient les cartésiens, adoptons « la positive attitude ». Les prémices du changement semblent se dessiner. A la banque BDL, les agences ont été admirablement liftées. Le personnel se comporte de façon plus professionnelle. Au plan marketing, c’est encore timide, pour ne pas dire mou et faible. Cette banque a lancé sa carte de crédit, mais dans une discrétion telle que l’on se demande si les gestionnaires n’en n’ont pas honte ! Du nerf ! Cela dit, en 2006, la monétique ferait un bon de géant. On s’avance même à affirmer, après des années de promesse, qu’en cette nouvelle année, les opérations bancaires seront plus rapides. Légales, de préférence.
Pour l’instant, les grands délinquants en col blanc courent des jours pépères qui en Grande Bretagne, qui, ailleurs. Les réformes bancaire et judiciaire, pour ne pas dire les révolutions, ont encore un long chemin à parcourir. Et comme la nature à horreur du vide, le paysage bancaire nettoyé, ou aéré, est en train de se repeupler. Les banques étrangères y veillent. A commencer par les banques françaises. Natexis Banque populaire, la Société Générale et BNP Paribas sont en train de déployer des réseaux d’agence à travers le pays. Ouverture et concurrence, obligent. Le marché parallèle de la devise, autre aspect de ce système financier déluré, serait bientôt la cible des pouvoirs publics. On l’annonce. Mais, rien n’est dit sur le pourquoi du silence de la Banque d’Algérie sur le sujet bien qu’elle ait pris, il y a quelques années, une décision ou une instruction autorisant l’ouverture de bureau de change. Pour des raisons impossibles à deviner, elle n’a été suivie d’aucun effet.
Le meilleur est pour la fin. Il semble que la nouvelle loi de finances (2006) a prévu l’obligation, sous peine de sanction, de déclarer les comptes de personnes physiques et morales ouverts à l’étranger. La mesure est révolutionnaire pour peu que l’on sache auparavant où sont passées les pièces de dix, vingt et cinquante centimes ainsi que les milliers de milliards sortis, en catimini, des banques algériennes.

Oualid AMMAR