Recommandations des assises nationales sur l’industrie

Recommandations des assises nationales sur l’industrie

La lutte vigoureuse contre les pratiques irrégulières dans le commerce extérieur préconisée

Par : Meziane Rabhi, Liberté, 1 mars 2007

Les participants appellent en particulier au règlement rapide du problème du foncier, au développement du marché des capitaux, à la simplification et à l’allégement du système fiscal.

Les Assises nationales sur l’industrie ont pris fin hier par la lecture des rapports d’ateliers et de commissions qui ont travaillé durant deux jours, et qui ont émis des suggestions et propositions â même d’enrichir le document initial du gouvernement.
La commission de l’environnement économique de l’entreprise dans son rapport recommande de combattre vigoureusement les dérèglements observés dans la pratique du commerce extérieur, notamment dans la fonction d’importation en y associant les institutions de l’État et les associations professionnelles qui ont une bonne connaissance du terrain et en recourant à une expertise étrangère. Les membres de la commission suggèrent l’utilisation de carte d’acheteur des administrations et de grandes entreprises pour promouvoir l’activité économique en Algérie.
Dans cette phase de mutations profondes de l’économie nationale, les participants relèvent le rôle essentiel que doivent jouer les administrations économiques dans l’accompagnement et la consolidation de ce processus en vue, notamment de l’émergence d’une économie de marché transparente et compétitive. En matière d’investissement, tout en soulignant les avancées enregistrées, les membres de la commission souhaitent la mise ne place de véritables bases de données sur l’environnement économique et les opportunités d’investissement.
Concernant l’administration fiscale, les suggestions tournent autour de la simplification et l’allégement du système fiscal. Sur le plan du commerce extérieur, les participants évoquent la nécessité de régler les problèmes de discordance apparus dans les taux des droits de douanes appliqués aux produits finis, semi-finis et matières premières et le suivi rigoureux des importations au regard des valeurs déclarées et des positions tarifaires pour une protection plus efficace de la production nationale. Au sujet du foncier qui a focalisé les débats, les membres de la commission relève la disponibilité des terrains. Du coup, ils demandent aux pouvoirs publics de mettre en place des instruments de nature à faciliter l’octroi des
terrains aux véritables investisseurs. Concernant le financement de l’entreprise, les participants estiment que l’instruction gouvernementale, obligeant les entreprises publiques à avoir une domiciliation exclusive dans les banques publiques, renforce la segmentation et freine considérablement le jeu concurrentiel. Les deux groupes de banques publiques et privées ne s’affrontent pas sur un marché, mais s’ignorent superbement. Ils pensent que la consolidation de l’industrie bancaire passe par une meilleure gouvernance des banques.
Des mesures urgentes et importantes doivent être prises pour protéger et promouvoir le marché des capitaux dans ses différentes composantes. La Banque d’Algérie doit aussi apporter une réponse rapide aux attentes des opérateurs en matière d’importation de services. On évoque la publication prochainement d’un règlement du Conseil de la monnaie et du crédit pour prendre en charge cette question. Évoquant la place des IDE, la commission “théâtre économique international” précise qu’il n’est pas question de substituer les IDE à l’investissement national. En cas de concurrence entre ces deux types d’investissement, la préférence devrait aller à l’investissement national.
Sur le plan technique, cinq ateliers ont été mis en place et concernent les industries électriques et électroniques, la pharmacie, la mécanique et l’automobile, l’agroalimentaire et enfin la pétrochimie et les engrais. Pour la mécanique et l’automobile, les participants avertissent sur le risque de disparition des industries mécaniques, tant sur le plan financier que sur le plan structurel ; d’où l’urgence de mesures de sauvegarde.
Dans la foulée, les membres qui ont animé cet atelier proposent de recentrer les entreprises sur leurs activités de base ou stratégiques, orientées vers la reconquête du marché intérieur et une insertion dans le marché mondial, de maintenir les activités de certaines filières (fonderie, forge et moteurs thermiques), de soutenir le développement de la sous-traitance et d’encourager le partenariat public et privé (national et étranger). Pour l’automobile, c’est une filière porteuse de croissance avec un parc automobile de 3 millions de véhicules qui peut atteindre 10 millions de voitures à l’horizon 2030.

Meziane Rabhi


Le ministre des Participations tire son bilan

Temmar : “Les assises ont dépassé nos espérances”

Par : Meziane Rabhi

Le ministre des Participations n’a pas caché sa satisfaction à l’issue des travaux des Assises nationales de l’industrie, ouvertes lundi dernier au Palais des nations à Alger, et qui se sont achevées hier dans la soirée sur une série de recommandations devant servir de plate-forme à une stratégie industrielle pour les 10 à 15 prochaines années. “Ces assises ont dépassé toutes nos attentes, avec la participation de 900 personnes parmi elles plus de 600 ont travaillé au niveau des commissions pendant trois jours d’affilée”, a souligné Temmar lors d’une conférence. Trois jours au
cours desquels des opérateurs économiques, des syndicalistes, des économistes ont débattu “parfois avec patience” de l’entreprises algérienne et de son environnement.
Sur la question des investissements étrangers, le ministre des Participations prend à témoin les journalistes sur le fait que ce sont les hommes d’affaires eux-mêmes qui les réclament. “S’ils sont partie prenante dans la mobilisation des IDE et que ces derniers ne viennent pas ainsi envahir, s’installer et engendrer un phénomène d’expulsion des entreprises nationales”. Hamid Temmar rappelle que dans le rapport qu’il a présenté, il a été indiqué que faire appel à l’investissement direct étranger sans qu’il y ait une intensification du tissu industriel, notamment privé, serait une grande erreur. “On ne peut pas penser à l’investissement direct étranger sans que, par ailleurs, nous ne puissions renforcer nos entreprises, par le code d’investissement mais surtout par un grand programme de mise à niveau que nous souhaitons mettre en œuvre”, explique le ministre des Participations et de la Promotion des investissements. Le ministre estime que la plate-forme proposée, qualifiée de “cohérente” a quelque peu facilité les débats. M. Temmar, sans avancer de montant, affirme qu’une première estimation du coût de cette stratégie a été élaborée, estimant que celui-ci “pouvait être bouleversé par les propositions des assises”.
Dans les trois semaines au plus tard, l’évaluation sera faite, précisant “qu’il y a des actions qui seront prises en charge par l’État, d’autres sont l’affaire de l’entreprise”.

M. R.


Stratégie industrielle : huit villes désignées pour abriter les zones d’activité industrielles intégrées

La liste n’est pas close

Par : Badreddine Khris

Huit principales villes du pays viennent d’être désignées par les initiateurs du projet de stratégie industrielle pour abriter les futures zones d’activité industrielles intégrées (ZAII). Le choix de ces zones, appelées aussi pôles de compétitivité et d’excellence, répond à un certain nombre de critères. Ces ZAII sont, en effet, situées à proximité des universités et des centres de recherche. Elles doivent disposer d’infrastructures et contenir une forte concentration d’entreprises industrielles. Ces pôles sont appelés à se multiplier à l’avenir pour toucher progressivement plus de régions.
Toute zone, qui remplira ces conditions, peut demander ainsi la création de ce genre de pôles. Selon Slimane Badrani, chercheur au Cread et président de la commission de déploiement spatial du projet de stratégie industrielle, cette option ne signifie pas que les autres régions, à savoir les Hauts-Plateaux et le Sud, seront abandonnées et privées de projets d’investissement. Mieux, l’expert estime qu’il serait judicieux de ne pas interdire certains opérateurs qui souhaitent investir dans telle ou telle zone du Nord. “On ne peut pas empêcher que des possibilités de création de valeur ajoutée et de richesses, qui sont importantes pour le développement économique, soient valorisées”, a précisé hier M. Badrani sur les ondes de la Chaîne III. Il est question de nos jours de trois types de zones : zones d’activité polyvalentes, technopoles et spécialisées. Le premier type englobe en son sein différentes industries telles que la pétrochimie, la mécanique… Le second est composé de nombreux centres de recherche et d’universités qui produisent en relation avec les industriels des innovations, c’est-à-dire, des produits qui peuvent rendre l’économie nationale plus compétitive sur les marchés internation aux.
Le troisième concerne des zones spécialisées dans une branche industrielle. Les 8 ZAII sélectionnées regroupent Alger, Oran, Mostaganem, Sétif, Bordj Bou-Arréridj, Ghardaïa, Hassi-R’mel, Blida, Annaba, Boumerdès et Tizi Ouzou. Certes, ces espaces sont créés au départ par l’État mais ils doivent être gérés par toutes les parties prenantes. “L’État n’est là que pour accomplir son rôle de catalyseur des efforts et des initiatives prises par les opérateurs économiques, les industriels et les autorités locales. Les pouvoirs publics ne vont pas créer des administrations nouvelles au sein de ces pôles”, indiquera le président de la commission. Pour lui, l’État aura à offrir toutes les conditions aux investisseurs, dynamiser les synergies qui naîtraient dans ces zones pour créer plus de valeur ajoutée et de richesses.
Par ailleurs, ces pôles diffèrent des zones industrielles classiques où l’on octroie des assiettes de terrain à des industriels pour qu’ils créent leurs propres entreprises. Les ZAII sont, en revanche, expliquera-t-il, beaucoup plus vastes qui peuvent couvrir des régions entières composées de plusieurs wilayas comme Oran et Mostaganem… par exemple. La prochaine action des initiateurs de cette opération est la recherche d’autres localités pour y bâtir de nouvelles ZAII.

Badreddine KHRIS