Semoule : les raisons d’une pénurie

Le produit commence à se raréfier

Semoule : les raisons d’une pénurie

Par : Meziane Rabhi, Liberté, 22 mai 2011

La semoule se raréfie sur le marché. Dans les grandes surfaces, mais aussi dans les petits magasins d’alimentation générale, le produit n’est pas disponible en quantités suffisantes. Le ministre du Commerce, lui-même, a reconnu qu’il existait “des perturbations dans l’approvisionnement en semoule” dans certaines régions du pays, mais “le stock de blé de l’Office interprofessionnel des céréales (OAIC) et les quantités disponibles au niveau des ports sont suffisants”. Dans une déclaration à la presse au Conseil de la nation, le ministre a indiqué que “certaines perturbations dans l’approvisionnement en semoule sont dues à une hausse de la consommation et à la consécration de quantités supplémentaires à l’industrie des pâtes”. “Quelques-uns s’approvisionnent en semoule auprès des minoteries et des grossistes pour l’exporter illégalement vers la Tunisie et la Libye, en proie à des tensions politiques et sécuritaires”. Le patron du groupe Benamor, évoquant le contexte de cette tension, explique que “cette année est différente de l’année passée. Des importations de blé ont été réalisées par des privés, qui avec les disponibilités locales ont stabilisé le marché. Mais depuis l’introduction, dans la loi de finances complémentaire de 2010, d’une taxe applicable sur le blé dur importé, l’offre privée a disparu du marché.” Ce manque, ajouté à la tension que les pays voisins, notamment la Tunisie et la Libye, connaissent, sont à l’origine de cette pénurie. Le ministre du Commerce avait expliqué la hausse du prix de la semoule, notamment dans les régions centre et est du pays, par “la contrebande de ce produit vers la Tunisie et la Libye, compte tenu des perturbations politiques et sécuritaires qui y sont enregistrées”. Les pouvoirs publics ont décidé récemment de suspendre sur le blé dur importé. Le ministre de l’Agriculture et du Développement rural a précisé qu’il s’agissait d’une suspension et non pas de “suppression”, sans indiquer la durée de cette suspension. Cette taxe, instaurée par la loi de finances complémentaire de 2010, est appliquée sur le blé dur importé chaque fois que son prix sera inférieur à celui versé au producteur local.
Elle a été appliquée notamment pour protéger la production nationale, au lendemain d’une récolte record enregistrée lors de la campagne 2008/2009 et une chute des prix des blés sur le marché international. La “suspension”, semble-t-il, a été bien accueillie par les minotiers. Selon le patron du groupe Benamor, les transformateurs ont déjà passé des commandes, même si le prix du blé sur le marché mondial reste élevé.
Le privé n’importe pas pour gagner de l’argent, mais pour contribuer à approvisionner le marché. Les minotiers ont accueilli aussi avec satisfaction, l’augmentation de 10% du taux d’approvisionnement par l’OAIC. Les pouvoirs publics avaient décidé d’augmenter de 10% le taux d’approvisionnement des minoteries, soit 50 à 60% de leur capacité de trituration.
Le patron du groupe Benamor, qui a effectué une tournée dans le Grand-Est, estime que la collecte en blé dur sera bonne cette année. “C’est une bonne nouvelle”, a-t-il affirmé, citant l’exemple de Khenchela où des rendements de 50 quintaux à l’hectare ont été enregistrés. Ce qui est très appréciable. Le patron du groupe Benamor a indiqué avoir suspendu ses exportations du couscous pour justement contribuer à la satisfaction de la demande locale.
Mohamed Laïd Benamor annonce le lancement de nouvelles lignes de production pour tripler la capacité de production de couscous. Les moulins Amor-Benamor ambitionnent de devenir un des acteurs incontournables dans le marché de transformation des céréales. À l’image de partenariat mis en place dans l’industrie de la tomate, avec les producteurs de la tomate, le groupe Benamor a procédé en décembre 2010, au lancement d’un réseau censé mettre en relation des producteurs de blé et des meuniers, afin d’améliorer la qualité du blé et des farines de production locale.