Abdelaziz Rahabi : « Les choix économiques et la corruption sont à l’origine de la crise »

Abdelaziz Rahabi : « Les choix économiques et la corruption sont à l’origine de la crise »

Par Hadjer Guenanfa, TSA, 19 août 2015

Quelle lecture faites-vous de la crise provoquée par la chute du prix du pétrole ?

Ce n’est pas la chute du pétrole qui est à l’origine de la crise. Dire que la chute du prix du baril est à l’origine de la crise, c’est chercher encore la main de l’étranger ! Or ce sont les choix économiques, la corruption, l’absence de contrôle de la dépense publique qui sont à l’origine de cette crise. Nous n’avons pas pris des précautions. Nous n’avons pas créé de l’emploi et nous n’avons pas créé une économie en mesure de subir le choc pétrolier. Aucun gouvernement depuis l’indépendance n’a eu autant de moyens. Au lieu de mettre un terme à notre dépendance aux hydrocarbures, il a fait de la richesse du pays un outil politique. La manne a servi surtout à acheter la paix sociale et non à développer l’économie.

Comment expliquez-vous cette politique ?

Le seul souci du pouvoir était de se maintenir. La situation économique actuelle était donc prévisible. D’ailleurs, tous les experts parlaient de cycle court de l’augmentation des prix des hydrocarbures. Malgré cela, nous n’avons pas pris des mesures nécessaires. Aujourd’hui, nous subissons les conséquences de l’utilisation irrationnelle de la dépense publique et l’échec du choix économique du gouvernement. La question qui se pose aujourd’hui est de savoir qui va supporter le coût de l’échec de la politique économique du gouvernement durant ces quinze dernières années. Et je pense que ce sont les couches les plus défavorisées qui vont le supporter avec l’inflation et le ralentissement de l’investissement public.

Le gouvernement a dévalué le dinar pour faire face à la crise. Est-ce la bonne mesure ?

Les économies développées dévaluent leurs monnaies pour booster les exportations. En Algérie, nous la dévaluons pour réduire nos importations. Ce n’est pas une mesure saine sur le plan économique. Même si je pense que c’est l’un des rares outils dont dispose le gouvernement pour réguler les importations. Nous ne pouvons pas réguler le commerce extérieur par la production donc nous le régulons par des outils de la Banque centrale. Je pense également que le gouvernement ne pose pas la bonne question en ce moment qui est celle de reconnaître que nous avons fait des dépenses irrationnelles pendant une quinzaine d’années.

Quelles solutions préconisez-vous ?

Le gouvernement devrait prendre en considération le fait que ce n’est pas au plus fragile d’entre nous de supporter les conséquences de la crise. Concrètement, le gouvernement ne va pas toucher aux subventions. Sauf que nous subventionnons le produit au lieu de subventionner des catégories sociales. Et le gouvernement ne prendra pas des mesures impopulaires car il est faible en raison d’un consensus politique interne fragile. La crise économique va continuer et va s’approfondir. Cela dit, on n’a pas d’autres choix que de relancer l’économie en encourageant l’investissement et en mettant en place les mesures de nature à relancer l’économie. Il faut avoir un consensus politique national du choix économique, s’ouvrir aux expertises nationales, aux cadres consultatifs et faire de la prospective.