Le prix de l’austérité

MESURES DE RATIONALISATION DES DÉPENSES

Le prix de l’austérité

Le Soir d’Algérie, 19 août 2015

Principale source en devises du pays, le baril du pétrole est, depuis plusieurs décennies, le seul baromètre de la santé financière de l’économie nationale. La chute des prix, enregistrée il y a déjà plus d’une année, fait craindre le pire aussi bien pour le gouvernement que pour les citoyens. L’Algérie paie aujourd’hui des décennies du tout pétrole….
Salah Benreguia – Alger (Le Soir) – Le commun des Algériens s’inquiète de la tendance baissière que connaît l’or noir sur les marchés mondiaux. Mais surtout des conséquences sociales du tarissement soutenu des recettes en devises.
Ayant fonctionné durant plus d’une décennie, comme une cigale dépensière, les différents agrégats économiques ont passé du vert à orange puis au rouge. Si au début de la crise, le gouvernement a tenu un discours rassurant, avec toutefois un œil rivé sur les réserves de devises et sur le FRR (avec une cagnotte destinée à compenser les fluctuations des prix du pétrole), à présent, plusieurs mesures de «rationalisation» ont été annoncées. Il s’agit entre autres, de la réduction des achats à l’étranger, traduite par l’instauration du crédit à la consommation locale et de licences d’importations sur certains produits, mais aussi coup de frein à plusieurs projets d’infrastructures, sans oublier, soit dit en passant, le gel de recrutement dans la Fonction publique ainsi que les surtaxations de certains produits. Pour les différents experts en économie, la situation actuelle du pays est telle que le maintien de la logique dépensière serait de mauvais aloi.
Il est même dangereux pour les équilibres financiers du pays, garants eux-mêmes de la paix sociale.
La question qui se pose d’elle-même est de savoir si la chute brutale des recettes budgétaires aura un impact sur le vécu des citoyens.
Loin de toute arithmétique ou autre analyse d’initié, la réponse est loin d’être négative, et la crainte de revivre le scénario de chute drastique des revenus pétroliers en 1986 qui a fait le lit des réformes de 1989 plane sur les citoyens lambda : A quel
coût ? S’il est difficile d’estimer «le coût social» des différentes mesures prises, «un impact direct sur la croissance économique» sera bel et bien ressenti. «Il est très difficile d’estimer le coup social de la politique d’austérité annoncée avec exactitude en raison de la défaillance de la politique de communication du gouvernement et des organismes qui lui sont affiliés», selon Dr Mourad Ouchichi, en économie et enseignant-chercheur à l’université de Béjaïa.
Ce dernier nous a souligné toutefois que «le gel de plusieurs projets d’infrastructures aura un impact direct sur la croissance économique dans son volet hors hydrocarbures, d’autre part, la baisse qui sera massive dans le recrutement, notamment dans la fonction publique fera baisser la demande locale».
Cet enseignant estime, par ailleurs, que même avant cette baisse des prix, le niveau de vie de la population en général a baissé du fait de la dévaluation directe ou indirecte du dinar. S’il est vrai que l’argent du pétrole n’est pas judicieusement utilisé dans un pays rompu à la rapine et aux détournements des deniers publics, l’Algérie doit payer aujourd’hui des décennies du tout pétrole…
«On doit payer maintenant le prix de la mauvaise gestion et de corruption», nous a indiqué Abdelaziz Rahabi, ancien ministre et ex-diplomate. Et d’ajouter que «l’austérité en soi pourrait être acceptée mais ce n’est pas le peuple ou les couches sociales les plus défavorisées qui doivent payer car, ils ne sont pas responsables de cette mauvaise gestion». «L’Etat n’a pas investi dans l’incitation à la création d’emploi.
L’Etat s’est immiscé dans la création de projets qui ne sont pas les siens tels que des hôtels luxueux et des centres de conventions à coups de milliards.
La plus grande faillite est d’ordre économique car le gouvernement a pris des décisions populistes, mercantiles et commerciales», soutient M. Rahabi.
Et de noter que «les couches sociales vont subir les conséquences de l’absence d’une politique pragmatique».
S. B.