Le ministre des finances: «Pas besoin de loi de finances complémentaire»

LE MINISTRE DES FINANCES CATÉGORIQUE

«Pas besoin de loi de finances complémentaire»

Le Soir d’Algérie, 15 septembre 2014

Davantage d’orthodoxie et de bonnes pratiques dans la gestion des finances publiques. C’est le cap qu’entend prendre le gouvernement qui ne voit pas d’utilité, sauf impondérable, à l’élaboration d’une loi de finances complémentaire. C’est ce qu’avance le ministre des Finances, Mohamed Djellab, qui annonce, par ailleurs, qu’une réforme bancaire sera lancée dans les semaines prochaines.
Chérif Bennaceur – Alger (Le Soir)
«Nous maîtrisons de plus en plus nos dépenses et nos prévisions», assurait hier le ministre des Finances, s’exprimant en marge de la 38e Conférence du Conseil des gouverneurs des Banques centrales et des autorités et institutions monétaires et financières arabes, ouverte à l’hôtel El Aurassi. Mohamed Djellab répondait ainsi à une question sur l’absence d’élaboration depuis deux ans d’une loi de finances complémentaire (LFC). Une absence d’élaboration, une disparition qui «entre dans le cadre d’une politique (visant) à revenir à une orthodoxie financière», dira le premier argentier du pays. Certes, l’élaboration d’une LFC «n’est pas une catastrophe», relève Mohamed Djellab qui précise que le recours à une telle loi s’explique lorsque «des événements, des changements importants dans le monde» impactent sur le pays, sur ses dépenses. Or, le gouvernement ne voit plus d’utilité, considère son représentant, à l’élaboration d’une telle loi, dans la mesure où la gestion économique et financière est considérée comme davantage efficiente. Voire, la disparition de la LFC constitue «une preuve d’une maîtrise des finances publiques», affirme Mohamed Djellab, sauf impondérable.
Dans ce contexte, le ministre des Finances a assuré de l’opportunité financière du nouveau programme quinquennal d’investissements publics 2015-2019 et dont l’esquisse financière a été arrêtée à hauteur de 21 000 milliards de dinars, soit l’équivalent de 262,5 milliards de dollars. «Nous ne lancerions aucun plan si nous n’avions pas les moyens», précisera le ministre des Finances soucieux de démontrer que les ressources financières existent. «Il y a un cadre budgétaire qui a été opéré. Nous avons évalué nos moyens et tout ce qui est entrepris est pris en charge en termes de moyens», déclare Mohamed Djellab.

L’inflation baisse à 1,49% en juillet
Précisant que l’essentiel de ce programme quinquennal, de la dépense publique sera consacré à l’investissement et générera par conséquent de la croissance économique, le ministre des Finances élude ce faisant tout impact inflationniste. Voire, l’inflation «n’augmente pas mais ne fait que baisser», assure M. Djellab qui indiquait auparavant, face à l’auditoire représentatif des banques centrales, des autorités monétaires et institutions financières des pays arabes, que l’Algérie a enregistré en juillet dernier un taux d’inflation de 1,49%.
Indiquant que la tenue de cette 38e Conférence démontre l’importance de la place d’Alger, le ministre des Finances assure que l’économie nationale est «en croissance» et que le marché algérien «est attractif». «Il attire les investissements directs étrangers, contrairement à ce qui se dit», dira Mohamed Djellab. De même, le premier argentier relèvera la démarche de stabilisation financière et monétaire ainsi que la dynamique de développement de l’inclusion et de l’intermédiation bancaires et financières en œuvre en Algérie.

Vers une réforme bancaire
Dans ce contexte, Mohamed Djellab annoncera que l’Algérie «va lancer une réforme bancaire» dans les prochaines semaines, soit avant la fin de l’année. Une réforme qui vise, explicitera-t-il, à renforcer la «gouvernance» des établissements bancaires et financiers. Il s’agit d’aller «vers une plus large représentativité» au sein des conseils d’administrations, au-delà du niveau des fonctionnaires, d’insuffler davantage de «professionnalisme» et de «faire évoluer les niveaux de responsabilité et d’initiative».
Sur le plan opérationnel, Mohamed Djellab évoque le développement d’un système de paiement moderne. «Nous allons essayer d’aller plus fortement, plus rapidement vers l’utilisation des nouveaux moyens de paiements, que le chèque, la carte soient acceptés et que les commerçants adhèrent. C’est dans l’intérêt de l’économie et des particuliers», dira le ministre des Finances. En ce sens, il indiquera que la centrale des risques de crédits aux ménages et entreprises, relevant de la Banque d’Algérie, devrait être opérationnelle dans «les prochaines semaines ou dans quelques mois», permettant ainsi l’octroi de crédits bancaires à la consommation. Déjà opérationnelle pour les entreprises, cette centrale n’est cependant pas encore prête pour les particuliers, ce qui a retardé une telle perspective selon le ministre des Finances. Autre focus de la réforme bancaire, la diversification des modes de financement de l’économie.

La réforme, incontournable pour les pays arabes
La réforme bancaire et financière, la réforme structurelle, il en a été justement question lors des allocutions d’ouverture de cette 38e Conférence des gouverneurs des Banques centrales arabes, mais aussi lors des travaux tenus à huis clos. Subissant l’impact de la crise financière internationale, assez négatif pour la plupart des économies arabes notamment celles non pétrolières, et confrontés à des contraintes endogènes et des perspectives internationales «sombres» selon le gouverneur de la Banque d’Algérie, les pays arabes sont ainsi appelés à impulser une dynamique de réforme structurelle «approfondie» pour parapharaser le gouverneur de la Banque centrale de Libye et président du Conseil des gouverneurs, Essedik Omar El Kebir.
Finalité de cette réforme, permettre et consolider la croissance économique, contribuer à la résorption du chômage endémique notamment juvénile et à lever les défis socioéconomiques mais aussi participer à l’amélioration de l’inclusion bancaire. Il s’agira ainsi pour les pays arabes d’oeuvrer vers davantage de «coordination et de coopération», invitera Mohamed Laksaci, notamment dans le domaine statistique. Ceci outre la nécessité d’agir en matière de stabilisation monétaire et financière, mise en place d’une intégration arabe effective, promotion de la compétitivité…..
C. B.

Rachat de Djezzy
Djellab élude la question du prix

Interrogé, hier, sur le rachat par l’Etat algérien de l’opérateur de téléphonie mobile Djezzy, le ministre des Finances a éludé la question du prix de cession. Considérant que cette question relève quasiment du non-sens, Mohamed Djellab indiquera que les pouvoirs publics se prononceront « en toute transparence», le moment opportun.
C. B.

Il présidait hier une conférence à Alger

Le gouverneur de la Banque centrale libyenne démis par son Parlement

Ubuesque, le statut du gouverneur de la Banque centrale libyenne. Présent hier à Alger, à l’occasion de la tenue de la 38e Conférence du Conseil des gouverneurs des Banques centrales et des autorités monétaires et institutions financières arabes qu’il préside, Essedik Omar El Kebir avait été démis le même jour de ses fonctions par le nouveau Parlement de la Libye où domine une situation chaotique. Légitimes ou non, les nouveaux parlementaires libyens qui l’ont convoqué pour audition et l’ont limogé savaient-ils que le gouverneur de la Banque centrale libyenne était lié par des obligations à l’étranger ? La présence du gouverneur libyen en Algérie s’avère-t-elle indue ?
C. B.