Les options du gouvernement devant la réalité du terrain

Relance de la production, amnistie fiscale…

Les options du gouvernement devant la réalité du terrain

El Watan, 7 septembre 2015

Depuis le début de l’été, l’attention est focalisée autour de pistes à suivre pour faire face aux difficultés financières qui s’annoncent.

Entre les appels du gouvernement, ses assurances, les attentes du monde économiques les critiques et les recommandations des experts, les options ne sont pas encore claires même si on parle de plus en plus de relance de l’économie productive, de l’efficacité fiscale, du report de certains investissements.

Le débat semble d’ailleurs s’éterniser en cette rentrée sociale exceptionnelle au moment où les recettes d’hydrocarbures poursuivent leur baisse.

Après l’amnistie fiscale décidée dans le cadre de la loi de finances complémentaire 2015 (à travers un programme de conformité fiscale volontaire) et la recommandation de la Banque d’Algérie de drainer une fraction de la monnaie fiduciaire en circulation en proposant de nouveaux produits financiers et des taux de rendements attractifs, voilà que le gouvernement annonce un éventuel retour forcé au marché financier international, donc à l’endettement extérieur alors qu’il y a quelques années les responsables annonçaient la possibilité de gérer la situation (en cas de crise) pour au moins trois ans grâce au Fonds de régulation des recettes (FFR) institué, pour rappel, en 2000.

Un fonds qui, faut-il le noter, commence à se vider puisqu’il a été fortement sollicité en 2014 pour financier le déficit du Trésor selon la Direction générale de la prévision et des politiques (DGPP) du ministère des Finances. Les avoirs prélevés de ce fonds ont atteint 2965,6 milliards de dinars en 2014 (contre 2132,4 milliards de dinars en 2013), soit les plus importants retraits enregistrés depuis 2000. Et ce n’est pas encore fini avec l’amoncellement des difficultés.

D’où l’urgence de trouver d’autres sources de financement. En effet, face au creusement du déficit de la balance des paiements qui a atteint, pour rappel, 10 milliards de dollars à juin 2015 (contre à peine 100 millions USD sur la même période en 2014), le risque de voir les réserves de change s’éroder s’amplifie. Et ce, d’autant que les importations sont restées pratiquement inchangées (exception faite pour certains produits, notamment les médications).

«A ce rythme, un calcul mathématique simple démontrera qu’au bout de quelques années, le recours à l’endettement extérieur ne constituera plus une option mais une nécessité», relèvera à ce sujet le consultant international Salah Abci, qui rappellera : «La seule et unique solution a toujours consisté et consistera à produire localement et à exporter. Solution que tout un chacun évoque depuis des décennies, mais qui peine à se concrétiser pour diverses raisons politiques, économiques et sociales».

En effet, depuis quelques années, notamment depuis la crise financière de 2008, on ne cesse du côté des décideurs de soulever la problématique de la diversification de l’économie sans pour autant aller jusqu’au bout.

Ce ne sont pas les annonces et les instructions qui ont manqué dans ce cadre. Citons, à tire de rappel, l’instruction adressée aux membres de l’Exécutif en août 2013 et qui est restée sans application.

Même les dernières mesures de la LFC 2015 vont dans ce sens à travers l’encouragement des activités productives et le durcissement des activités d’importation et revente en l’état sur les plans fiscal et administratif. «Ce n’est pas la première fois que des mesures similaires sont prises, mais cela n’a pas eu d’effet significatif sur la tendance haussière des transferts vers l’étranger», précisera M. Abci.

Une opportunité pour produire localement ?

Pourquoi ? «Pour deux raisons principales : l’écart important entre le taux de change officiel et le taux de change parallèle qui induit presque systématiquement la surfacturation des biens et services importés et la demande intérieure croissante non satisfaite par la production nationale en quantité et en qualité et boostée par les augmentations salariales des dernières années», expliquera notre expert. Pour d’autres, il s’agit surtout de ne pas rater l’occasion pour relancer l’économie.

«Je pense qu’il y a une opportunité pour relancer les filières industrielles. Il faut utiliser l’entreprise localement», plaidera justement Amar Takdjout, de l’UGTA pour qui le véritable problème de l’entreprise c’est le plan de charge. «Avec la réduction des moyens pour financer les importations, beaucoup d’entreprises verront leur plan de charge plus alimenté et plus conséquent.

Elles travailleront à l’aise ; il y a donc lieu de prendre des mesures et d’optimiser les choses», notera-t-il par ailleurs. Pour ce représentant de l’UGTA, c’est surtout du côté de l’agriculture (dont le taux de croissance a fortement baissé) qu’il faut voir en ciblant les filières porteuses pour améliorer la situation. «Il faut aussi revoir la politique halieutique.

C’est là qu’on peut réussir. Les résultats peuvent vite se concrétiser», ajoutera-t-il. «La baisse du prix du pétrole est une aubaine pour remettre tout le monde au travail, rechercher et créer des activités, on a eu énormément de laisser-aller. La rigueur, c’est de travailler et appliquer la loi car on a tendance à occulter la loi», conclura t-il.
Samira Imadalou