Emprunt obligataire de l’état: Opération ambiguë, résultats mitigés

Emprunt obligataire de l’état

Opération ambiguë, résultats mitigés

El Watan, 18 septembre 2016

Entouré de mystères et d’ambiguïtés quant à sa durée, ses objectifs et ses résultats, l’emprunt obligataire lancé en avril dernier par l’Etat semble s’acheminer vers un bilan des plus mitigés, à un mois de la fin de sa période de souscription.

En effet, cet emprunt souverain, le premier du genre en Algérie, devrait être bouclé le 17 octobre prochain, sauf décision des pouvoirs publics de l’étendre pour un nouveau «round», dans le cas où les fonds collectés s’avéreraient peu satisfaisants.

Peu prolixes sur ses résultats, les responsables du gouvernement n’en livrent jusque-là que quelques informations éparses tout en vantant, à tout bout de champ, le bien-fondé de cette opération, présentée comme une démarche majeure de sortie de crise. Ainsi, au moment où l’Etat peine de plus en plus à trouver des ressources pour alimenter son vulnérable budget, le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, n’a pas hésité à se féliciter, lors de sa visite en juillet dernier à Oum El Bouaghi, des quelque 462 milliards de dinars collectés jusque-là au titre de l’emprunt national pour la croissance.

Le Premier ministre, qui a profité de l’occasion pour rappeler au Forum des chefs d’entreprise (FCE) son engagement à y souscrire pour au moins 150 milliards de dinars, avait également fait part de sa satisfaction de voir l’emprunt de l’Etat dépasser ses objectifs initiaux.

«Lorsque nous avions sollicité l’aide de nos concitoyens à travers l’emprunt obligataire, nous nous sommes fixé un seuil de 400 milliards de dinars, mais à l’heure où je vous parle, nous avons atteint le montant de 461,72 milliards», avait-il ainsi soutenu, tout en louant la sagesse de son gouvernement et le crédit dont il bénéfie, selon lui, auprès du commun des citoyens. Sauf que, depuis le premier jour du lancement de ce fameux emprunt, les décideurs n’ont jamais voulu annoncer un quelconque objectif clair de ressources à collecter, de crainte sans doute de devoir en assumer, au bout, l’éventualité d’un échec total de l’opération.

Qui plus est, le gouvernement, comme le mettaient en avant nombre d’experts et d’observateurs, nourrit beaucoup d’ambiguïtés sur les usages précis auxquels sera destiné au final l’argent à collecter à travers cette démarche d’appel national à l’épargne. Servira-t-il réellement à financer la croissance économique, comme l’indique l’intitulé de l’emprunt, ou ira-t-il, comme tant d’autres ressources, au financement budgétaire de dépenses de fonctionnement, de besoins sociaux, voir d’importations ? Les assurances données en ce sens par le gouvernement restent loin d’être convaincantes, d’autant que l’emprunt de l’Etat est assimilé de facto à une nouvelle opération, encore plus souple, de bancarisation sans condition de l’argent de l’informel, au moment où l’autre dispositif légal de mise en conformité fiscale volontaire semble ne donner aucun résultat probant.

Quoi qu’il en soit, le fait est qu’à quelques semaines de son arrivée à terme, l’opération d’emprunt national de l’Etat pour la croissance économique semble virer davantage à l’échec qu’au succès. Dans une conjoncture de grave crise financière, où la fiscalité pétrolière continue à chuter drastiquement, la collecte même d’un montant de plus de 600 milliards de dinars à travers l’emprunt national, ne peut en effet avoir qu’une incidence dérisoire sur le budget de l’Etat, dont le déficit caracole déjà à près de 30 milliards de dollars.

Akli Rezouali