OMC: Un neuvième round pour rien

ALGéRIE-OMC

Un neuvième round pour rien

Le Quotidien d’Oran, 25 octobre 2005

Les Etats-Unis et l’Union européenne n’ont toujours pas donné leur caution politique à l’Algérie pour qu’elle puisse engager d’une manière effective la procédure de conclusion de son adhésion à l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

A en croire le premier responsable du ministère du Commerce, tout va pour le mieux en ce qui concerne les négociations que mène l’Algérie pour adhérer à l’OMC. Le 9e round a été, selon lui, fructueux. «L’Algérie a mené jusque-là des discussions bilatérales avec treize pays», a déclaré hier El-Hachemi Djaâboub à la radio chaîne 3 tout en soulignant que le rapport sanctionnant les négociations est en cours de finalisation. Il a indiqué, en outre, que parmi les pays avec lesquels la délégation algérienne a discuté durant ce 9e round, il y a eu la Chine. Mais l’intervention de la Chine affirmant le soutien à l’Algérie, tout autant que celles entre autres de la Tunisie, du Cameroun, de l’Uruguay, du Brésil et même des USA, sont qualifiées de «préliminaires» à toute ouverture de round de négociations.

Rendez-vous est pris pour le mois de mars prochain, période durant laquelle l’Algérie entamera le 10e round de ses négociations. En attendant, le ministre du Commerce a souligné que l’Algérie souhaiterait recevoir «d’ici au 18 novembre prochain» les questions des pays qui veulent l’interroger sur les aspects de son économie en général et de son commerce en particulier. En fait, disent les négociateurs, c’est le président du groupe Algérie de l’OMC, l’ambassadeur de l’Uruguay qui avait indiqué aux pays qui veulent poser des questions de les remettre d’ici au 18 novembre prochain. Justement, c’est à propos des questions devant être posées que des sources proches de la représentation diplomatique algérienne à Genève estiment que «tant qu’on reste dans le cycle des questions, rien n’est encore joué». L’on pense même, à cet effet, que le 9e round a été un round pour rien. «C’est comme si on avait fait du surplace ou même qu’on a reculé», indique-t-on du côté de la délégation algérienne des négociateurs. «Les USA et l’UE continuent de poser pratiquement les mêmes questions sur les mêmes domaines comme le système bancaire ou les marchés publics», disent nos interlocuteurs. A leurs yeux, les deux entités insistent toujours sur les mêmes aspects obligeant ainsi l’Algérie à chaque fois de se justifier, «on fait presque dans la redondance». D’ailleurs, l’on se rappelle dans les arcanes diplomatiques que la Chine a été le pays le plus «interrogé» par les Etats-Unis et son adhésion est passée par le cycle le plus long dans l’histoire des adhésions à l’OMC.

Ainsi, les «interminables» séries de questions «répétitives» posées par les USA, et à un moindre degré par l’UE, semblent-elles être une forme de pression exercée sur l’Algérie. «Ce sont eux deux qui rythment la négociation et c’est d’eux et particulièrement des Etats-Unis que dépend l’adhésion de notre pays à l’OMC», estiment nos sources. Si l’Algérie a réussi à tenir des bilatérales avec certains pays et a signé des accords bilatéraux avec entre autres Cuba et l’Uruguay, elle n’est toujours pas parvenue à le faire avec l’UE et les USA.

«Le 9e round a duré la demi-journée du vendredi et toute la délégation algérienne est rentrée sur Alger le lendemain», indique-t-on du côté de Genève. Contrairement à ce qu’avait annoncé le ministère du Commerce, la délégation n’est donc pas restée à l’OMC pour tenir des discussions bilatérales. Deux jours avant, l’Algérie a discuté au plan bilatéral avec la Malaisie, la Nouvelle-Zélande, la Suisse et l’Australie. Elle a eu quand même des discussions avec les Etats-Unis «mais à titre informel». «Les Américains et les Européens nous ont dit qu’ils allaient nous envoyer des questions par écrit, ce qui prendra encore plusieurs mois», affirment des cadres du commerce. L’Algérie a réitéré sa demande relative à la tenue de bilatérales avec les pays «qui le veulent bien que ce soit à Alger ou dans les capitales respectives», font remarquer nos sources.

Il est clair qu’à ce jour, Européens et Américains ne sont pas très convaincus des efforts que l’Algérie a fournis et continue de le faire en direction de l’ouverture de son marché et de mise en conformité de sa législation avec les règles de l’OMC. Pourtant plus que les USA, l’UE est tenue de soutenir l’Algérie dans sa démarche d’adhésion sur la base d’un engagement qu’elle a pris avec elle au terme de leur paraphe conjoint de l’accord d’association. L’UE s’est, en effet, engagée à prêter main-forte à l’Algérie en lui accordant une assistance technique et en lui donnant surtout sa caution politique pour pouvoir conclure son adhésion. Mais pour accepter de le faire, l’UE a besoin que l’Algérie lui donne des gages de «bonne volonté», à savoir qu’elle conclut des accords bilatéraux avec les pays même s’ils ne sont pas considérés comme étant de gros demandeurs de concessions (voir le Quotidien d’Oran du lundi 10 octobre 2005). Ses accords conclus au plan bilatéral avec Cuba, l’Uruguay, le Brésil et le Venezuela pourraient en être les premiers si l’UE est, elle aussi, «de bonne foi».

En tout état de cause, ce sont les Américains qui restent en même temps seul juge et arbitre du processus d’adhésion de l’Algérie à l’OMC. «C’est un pays qu’il faut prendre à part», estime-t-on à partir de Genève à propos des Etats-Unis. Dans ce cas, la diplomatie est plus que jamais appelée à jouer l’intermédiaire. Elle devra agir dans l’ombre pour convaincre de la conclusion d’une adhésion dont les acteurs exigent en réalité d’importantes concessions sans en accorder aucune.

Ghania Oukazi