Adhésion à l’OMC: Le casse-tête du marché informel

Adhésion à l’OMC

Le casse-tête du marché informel

El Watan, 29 août 2005

Huit rounds de négociations ont permis à l’Algérie d’abattre de fort nombreux obstacles qui se dressaient sur la voie de l’adhésion à l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Le pays a, en effet, pu faire valoir la mise en œuvre effective d’un certain nombre de réformes parmi lesquelles on peut citer le démantèlement progressif des tarifs douaniers, la réforme de la législation fiscale et le renforcement de la protection juridique des investisseurs. L’interdiction d’importer du vin, qui fut l’objet d’un contentieux, a également été levée à la faveur de la récente loi de finances complémentaire. Ce gage de bonne volonté permettra à Mohamed Zaâf et à son équipe de négociateurs d’être plus à l’aise face aux représentants de l’OMC et d’avancer en conséquence plus vite. Il reste la question sensible de la double tarification des hydrocarbures sur le marché domestique et international, mais il y a peu de chance que l’Algérie, comme du reste de nombreux pays producteurs de pétrole concernés par le problème, accepte de changer sa politique. Si elle venait à le faire, les recettes d’hydrocarbures dont dépend tout le fonctionnement du pays en seraient dramatiquement réduites. Pour ce qui est des prochains rounds de négociations, les enjeux porteront sur le marché informel, l’OMC exigeant des garanties du gouvernement algérien sur sa détermination à l’éradiquer. Les autorités politiques algériennes se sont du reste dépêchées à donner des gages de bonne volonté en promulguant une batterie de mesures législatives et réglementaires à même d’améliorer la lutte aussi bien contre l’informel que contre la contrefaçon qui a pris des proportions alarmantes dans notre pays comme l’indique une récente enquête du Business Software Alliance et de l’IDC qui place l’Algérie à la septième place mondiale pour le piratage des logiciels, avec un taux de contrefaçon estimé à 84%. Les fréquentes opérations coup-de-poing engagées par les pouvoirs publics à grands renforts médiatiques, les nombreuses zones de non-droit que compte le pays se veulent un signal fort en direction de l’OMC et de l’Union européenne, mais la tâche n’est assurément pas facile eu égard au nombre effarant de marchés informels (732 selon le ministre du Commerce) et de contrefacteurs en tous genres longtemps encouragés par l’impunité. La lutte contre ces fléaux est un préalable à l’attrait des investisseurs, notamment étrangers qui, à défaut de cela, ne se risqueraient pas sur un marché gangrené par la contrefaçon et l’informel. Les autorités algériennes en sont aujourd’hui bien conscientes et de ce fait ont considérablement renforcé le dispositif de lutte qui mobilise pas moins de 3000 agents de contrôle de la qualité, autant de fonctionnaires des impôts souvent épaulés par les services de sécurité. Il est évidemment encore trop tôt pour tirer un bilan de ces opérations. Pour l’instant, le seul souhait des Algériens, mais sans doute plus encore des partenaires étrangers qui souhaiteraient s’installer ou renforcer leur présence en Algérie, est que cette lutte soit conduite avec efficacité et qu’elle s’inscrive dans la durée contrairement aux opérations éphémères et démagogiques auxquelles on nous avait habitués.

Nordine Grim