La mort programmée des petits importateurs

Importations

La mort programmée des petits importateurs

Ali Idir, TSA, 5 septembre 2015

Depuis le 1er août, le niveau des engagements extérieurs par signature d’une banque ne doit pas dépasser une fois ses fonds propres. La mesure, décidée par la Banque d’Algérie dans le cadre d’une série de dispositifs, vise à réduire la facture d’importation dans un contexte de crise économique, en limitant l’accès aux crédits bancaires pour les importateurs.

Il y a un an, les engagements extérieurs des banques étaient plafonnés à quatre fois leurs fonds propres. La Banque d’Algérie a réduit une première fois le niveau de ces engagements à deux fois les fonds propres, puis une seconde fois cet été.

Un mois après son entrée en vigueur, la mesure commence à porter ses fruits avec un début de « pénurie » de lettres de crédit notamment dans les banques privées. « Avant cette mesure, les banques courraient derrière les clients pour leur accorder des crédits. Aujourd’hui, c’est l’inverse. Les opérateurs économiques supplient les banques pour leur ouvrir des lettres de crédit », explique un haut responsable d’une filiale algérienne d’une grande banque étrangère spécialisée dans le commerce extérieur.

Résultat : les banques privées sont contraintes d’opérer une sélection en privilégiant les clients dits groupe, c’est-à-dire les filiales locales des multinationales et les entreprises algériennes faisant partie de grands groupes. « Les banques étrangères vont privilégier les clients faisant partie de grands groupes internationaux. Si une banque étrangère gère le portefeuille d’une multinationale, il est normal qu’elle favorise localement ses filiales en cas de restriction de l’accès aux crédits, comme c’est le cas actuellement », explique le banquier.

Les banques vont donc travailler avec les opérateurs puissants financièrement et délaisser les petits importateurs à capitaux algériens. Ces derniers auront de plus en plus de difficultés à accéder aux crédits pour réaliser leurs opérations d’importation.

« Nous allons privilégier les clients historiques et prendre en compte le volume d’affaires du client et la rentabilité de l’opération dans l’octroi des crédits. Nous allons aussi privilégier les clients qui provisionnent leurs comptes, c’est-à-dire, ceux disposant de moyens financiers », assure un cadre dans une filiale d’un groupe bancaire français.

Pour les petites entreprises algériennes d’importation, le durcissement des conditions d’importation pourrait les conduire à la faillite. Ce qui permettra au gouvernement de réduire le nombre d’acteurs dans le commerce extérieur.

Reste à savoir si la réduction du nombre d’acteurs va provoquer une chute des importations, ou seulement renforcer les groupes les plus puissants.