Guerre déclarée aux marchés «Dubaï» du pays ?

Ils se sont développés à l’ombre de la tolérance de l’état

Guerre déclarée aux marchés «Dubaï» du pays ?

Le Quotidien d’Oran, 29 juin 2005

Fin de partie pour les marchés «Dubaï» de Bab Ezzouar et d’El-Eulma, du Hamiz, de Tadjenanet ou de Medina Djdida et d’ailleurs ? Nés d’une tolérance étatique – c’est le moins qu’on puisse dire -, ils font depuis plus d’une décennie partie du paysage.

Désormais, l’Etat promet d’éradiquer dans un «futur très proche» ces «zones commerciales défiscalisées». Hier, le ministre du Commerce, M. El Hachemi Djaaboub, a annoncé le début de la guerre contre ces «marchés où sont écoulés illégalement des produits commerciaux estimés à des milliards de dinars». Ils seront appelés à disparaître dans «un futur très proche» a-t-il déclaré.

La guerre a d’ailleurs été déjà officiellement déclaré en mars dernier par Ahmed Ouyahia qui avait cité nommément l’exemple du marché «Dubaï» de Bab Ezzouar où, avait-il dit, «des sommes colossales, échappant à tout contrôle et à toute fiscalité, s’échangent quotidiennement, au point d’être comptées au poids».

Le chef du gouvernement en avait fait même une question de sécurité publique en établissant un parallèle subliminal avec le terrorisme. «Nous avons vaincu le terrorisme. Ce ne sont pas des trabendistes qui vont nous imposer leur diktat. Si nous laissons faire, d’ici 15 ans, nous aurons affaire à une véritable maffia».

Haut lieu de négoce en tout genre, ces marchés, très courus, ont été souvent accusés d’être un lieu de recyclage de l’argent collecté par les rackets des groupes armés. D’autres, sans exclure cette dimension, y voient surtout l’implantation d’une vraie économie de bazar où des affairistes de tous acabits se sont installés au cours de la décennie rouge.

En 2002, on estimait à 700 le nombre de marchés parallèles qui emploieraient des dizaines de milliers de personnes et le ministre de l’époque disait ne pas vouloir «parler de sanctions» mais d’une politique visant à amener «les opérateurs illégaux à légaliser leurs activités» et rétablir la présence de l’Etat. Apparemment, l’aisance financière actuelle y est sans doute pour quelque chose, le temps de la «pédagogie» est fini. On passe à la répression contre les marchés informels. Ce soudain raidissement des autorités ne doit pas faire oublier que les marchés «Dubaï» et assimilés qui ont poussé dans le pays ne sont pas des générations spontanées. Les produits, vrais ou contrefaits, qui s’y vendent, sans facture le plus souvent, sont entrés par des ports et des frontières.

Répondant à des besoins de consommation, ces marchés ont trouvé dans l’administration étatique les complicités et la tolérance suffisante pour prospérer au vu de tous. Les «Dubaï» sont des marchés informels qui ne prennent pas la peine de se cacher, ce sont des no man’s land fiscaux, les îlots du bazar mondial. On est loin du sympathique trabendiste des années 1980 rentrant au pays avec ses cabas de produits, les choses se font à grande échelle. Tellement grandes qu’à tort ou à raison, la vox populi en raconte des histoires sur ce qui se passe dans les ports, les passe-droits et les containers qui ne contiennent jamais ce qui y est déclaré. Au demeurant, la chronique judiciaire a largement donné un aperçu sur ces marchés «gris». Très récemment, un responsable de la direction des douanes a indiqué que 100.000 produits étrangers contrefaits ont été importés en Algérie au cours des deux dernières années. Et sans doute, ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. Il est évident que les pouvoirs publics qui ont laissé faire depuis plus d’une décennie veulent reprendre pied dans ces marchés. C’est un réveil tardif qui est en partie dicté par les engagements extérieurs de l’Algérie (UE – OMC). Mais plutôt de parler d’éradication, il faudrait juste se mettre à appliquer la loi. C’est bien de ce «manque» d’application de la loi que sont nés les marchés tellement florissants qu’ils sont devenus le «modèle» de réussite pour de très nombreux Algériens.

Par ailleurs, dans un souci de combattre des trafics, El Hachemi Djaaboub a annoncé également que le remboursement de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) pour les produits exportés hors hydrocarbures se fera bientôt sur la base de pièces justifiant l’exportation et la rentrée des devises en Algérie. «L’exonération des produits exportés hors hydrocarbures de la TVA ne se fera plus en amont mais en aval», a indiqué M. Djaaboub. Le ministre a expliqué que cette mesure intervient à la suite de la découverte à Annaba d’exportateurs de déchets ferreux et non ferreux qui se sont présentés aux services des impôts pour retirer des certificats d’exonération de la TVA. La suspicion de trafic tient au fait que «d’autres exportateurs retiraient ces certificats sans effectuer réellement la moindre exportation».

M. Saâdoune