Investissements : Les Emiratis placent 55 milliards de dollars en Algérie

Investissements : Les Emiratis placent 55 milliards de dollars en Algérie

par M. Saâdoune, Le Quotidien d’Oran, 25 juin 2008

Cinquante milliards de dollars entre 2006 et 2010. Si le chiffre annoncé, hier, par le ministre émirati de l’Economie, M. Soltan el-Mansour, se traduisait dans les faits, cela ferait des Emirats arabes unis un des investisseurs majeurs en Algérie. «Les investissements émiratis en Algérie devront dépasser 50 milliards de dollars, tenant compte de la valeur des projets d’investissement des deux dernières années et des trois prochaines années», a-t-il indiqué. Ces projets d’investissement concernent les industries, les services, l’agriculture et l’énergie. Le ministre émirati s’est félicité des «résultats, jusque-là, positifs» des discussions.

Au vu des chiffres annoncés, ce serait une moyenne de dix milliards de dollars par an qui seraient ainsi investis dans le pays par des investisseurs des Emirats arabes. Ce serait tout simplement formidable pour une économie algérienne qui peine à attirer ses partenaires occidentaux «habituels». A plus forte raison quand on le compare avec une moyenne d’investissement direct qui n’a pas dépassé ces dernières années les 2 à 3 milliards. Il reste qu’il faut à chaque fois faire la part des choses entre les intentions d’investissement et les réalisations. Le décalage est parfois phénoménal, ce qui a d’ailleurs amené le patron du Forum des chefs d’entreprises, Reda Hamiani, à demander à ce que l’on cesse ce genre de confusion. C’est qu’en matière d’annonces, elles ont été légion.

L’exemple le plus parlant concerne justement l’émirati Eemar. Pendant de longs mois, on annonçait, sur la base de sources inconnues, le chiffre fascinant de 28 milliards de dollars. L’absence de démenti avait quasiment consacré ce chiffre alors que les investissements concrets ne voyaient pas le jour. Il a donc fallu du temps pour qu’enfin le ministre des Participations parle et ramène les choses à 5,5 milliards de dollars. Le chiffre est, en soi, très appréciable, mais il était sans commune mesure avec la somme faramineuse de 28 milliards de dollars.

Le cas exemplaire de l’aluminerie de Béni-Saf

Mais ces imprécisions sur les chiffres ne doivent pas faire occulter l’importance des investissements émiratis et, plus largement arabes, qui sont devenus très importants.

Ceux-ci d’ailleurs semblent critiquer l’existence d’un certain tropisme occidental des Algériens qui rendrait difficile la réalisation des projets. Il n’en demeure pas moins que l’un des plus grands investissements industriels annoncés est bien émirati. Il s’agit de la première aluminerie du pays qui sera implantée à Béni-Saf par un consortium algéro-émirati composé de Mubadala Development Company et Dubaï Aluminium (Dubal), Sonatrach et Sonelgaz. Ce seront plus de 7 milliards de dollars qui seront consacrés pour la réalisation de cette unité qui a dépassé le stade de projet pour entrer dans celui des études techniques. Le projet en tout cas tranche avec la tendance à aller vers l’investissement dans les services.

Le ministre émirati a d’ailleurs indiqué que les investisseurs émiratis commencent à s’intéresser au secteur agricole en soulignant l’importance de «garantir la sécurité alimentaire». Jusqu’à présent, le volume des investissements émiratis en Algérie atteindrait les 7 milliards de dollars. Une dette de 333 millions de dollars a été reconvertie en investissement au terme du mémorandum d’entente signé le 11 juin dernier. Le ministre algérien des Finances, Karim Djoudi, a fait le constat de la «dynamique intense» qui existe dans les relations entre les deux pays depuis la dernière réunion de la commission mixte. Il reste que le constat de la faiblesse des échanges entre les deux pays – 444 millions de dollars en 2007 – a été fait. Loin des ambitions…