Interdiction d’exportation des pâtes et couscous : Des usines algériennes meurent à petit feu

Interdiction d’exportation des pâtes et couscous : Des usines algériennes meurent à petit feu

El Watan, 29 avril 2010

Les opérateurs activant dans la transformation des céréales qui ont décroché de nombreux marchés à l’étranger ont été contraints de les annuler suite à la circulaire ministérielle du mois d’août 2009 interdisant « l’exportation des produits à base de céréales subventionnées ».

Il se trouve que des exportateurs de pâtes et de couscous, dont les intrants ne sont pas subventionnés par l’Etat, continuent à être bloqués par les Douanes. Les textes de cette institution sont pourtant clairs ; il s’agit d’interdire l’exportation des pâtes et couscous, entre autres, produits à base de blé subventionné et provenant de l’OAIC et non de matière première importée directement par l’opérateur économique. Le blocage est en vigueur depuis le mois d’août 2009 et reste appliqué à ce jour. Les services des Douanes, avons-nous appris, bloquent toutes les exportations de pâtes et de couscous, quelle que soit la matière première à partir de laquelle ils ont été fabriqués, subventionnée ou non. Cela pénalise gravement l’exportation car il est admis, dans le commerce international, que pour pénétrer un marché, il faut des années. Et si leurs engagements ne sont pas honorés, les opérateurs perdent la confiance et il leur sera extrêmement difficile de s’y réintroduire ensuite.

La mauvaise interprétation des directives du ministère du Commerce par les services des Douanes cause ainsi de graves préjudices matériels et financiers aux opérateurs concernés et risque, à terme, de leur faire perdre une clientèle étrangère fidélisée difficilement depuis plus de 10 ans, pour certains. C’est le cas de la Semoulerie industrielle de la Mitidja (SIM) qui a exporté ses produits vers 29 pays depuis 1999, ainsi que de Sosémie (situées toutes les deux à Blida). « On avait décroché un nouveau marché en France, où nous visions notre communauté établie dans ce pays. Malheureusement, le blocage est toujours en vigueur et cela risque d’influer négativement sur notre effectif, pour ne pas dire suppression d’emplois. D’ailleurs, une ligne de fabrication de pâtes est à l’arrêt depuis plusieurs mois et les travailleurs ont été mis en congé forcé », déplore un responsable de Sosémie. Et d’ajouter : « Nous avons même sollicité les différentes institutions pour que le Trésor public prenne la partie euro ou dollars (devises) provenant de l’exportation. Nous ne sommes intéressés que par la monnaie locale. Une telle proposition n’a rien apporté de concret, à ce jour, pourtant, elle serait bénéfique à notre économie. » En parallèle, au moment où nos pâtes et couscous demeurent interdits à l’exportation, les pâtes tunisiennes commencent, par contre, à pénétrer en force notre marché. « On nous interdit d’exporter nos produits mais on encourage l’importation. Une démarche paradoxale, pourtant bannie par la politique officielle de l’Etat », ajoute notre source. Le patron du groupe SIM se dit prêt à présenter les factures d’achat de sa matière première non subventionnée par l’Etat. De quoi justifier en quelque sorte ses opérations commerciales.

Par Hocine Mallek, Mohamed Benzerga