L’industrie en «off»

L’industrie en «off»

par M. Saâdoune, Le Quotidien d’Oran, 3 mars 2007

Le gouvernement travaille et se projette même dans l’avenir avec une feuille de route sur quinze ans. Tel est le message politique que le gouvernement a voulu donner à l’issue des assises nationales de l’industrie. Histoire sans doute d’atténuer le climat délétère provoqué par le procès Khalifa avec ses cruelles révélations sur les failles de gouvernance. On attend donc les détails – c’est toujours à ce niveau que l’on fait la différence entre littérature et action – pour être éclairé sur des questions toujours sans réponse. Va-t-on faire confiance au seul « marché » pour entrer dans le cycle vertueux de la ré-industrialisation ou bien l’Etat va-t-il faire preuve de volontarisme ?

A l’évidence, si le « marché » avait trouvé ces filières intéressantes et profitables, il n’aurait pas attendu la « stratégie » publique. Il y a donc nécessairement un rôle important de l’Etat dans l’encouragement et l’orientation à l’investissement dans les filières retenues. Quel sera ce rôle, quelles seront les sources de financement et quelle sera la forme de pilotage de la démarche ? Les réponses restent floues, voire équivoques. En somme, après la grand-messe des assises, les décisions vont être prises, comme d’habitude, en Conseil des ministres. Ce sont ces décisions qui constitueront les vrais indicateurs. C’est dans l’ordre des choses, pourrait-on dire, les assises ne sont pas un lieu de décision et le gouvernement qui a reçu les recommandations des ateliers promet d’en tenir compte. Classique !

Difficile donc de ne pas relever un air de déjà-vu. Des rencontres de ce type se sont maintes fois tenues dans le passé sans que cela ait eu d’effet probant. Dans cette rencontre, c’est presque à demi-mot ou derrière les mots que l’on a pressenti des réserves venant du secteur privé qui contraignent, formellement du moins, le ministre à accepter une sorte de « préférence nationale », après avoir suscité le soupçon de ne penser qu’en termes d’investissements directs étrangers (IDE). Un secteur privé qui considère qu’il est sur « son terrain » par excellence et qui suggère que l’industrie est trop sérieuse pour être confiée à l’administration algérienne.

Réda Hamiani, ancien ministre de la PME au temps de la pénurie de devises et actuel patron du FCE en période de réserves record, ne dit pas autre chose en demandant un dispositif opérationnel et des délais. Il ne veut surtout pas entendre parler de commission ministérielle. Légitime défiance à l’égard d’une bureaucratie fort prolifique en textes mais très peu agissante ? C’est une évidence. Mais au-delà, c’est bien la question du pouvoir économique qui est posée. Le secteur privé prétend à un rôle de partenaire de plein exercice en matière de décision et d’impulsion de l’investissement. Il ne souhaite pas être subordonné à l’administration et à sa formidable force d’inertie. Il pose, à sa manière et de manière prudente, une question politique essentielle. Ce qu’ils disent en « off » est en effet très éloigné du prudent optimisme – affecté ? – exprimé au cours de ces assises. C’est pour cela que la feuille de route est attendue dans le réel concret et non sur ses belles intentions.