L’OAIC s’apprête à importer 50 000 tonnes d’orge

Alors qu’il était censé en exporter

L’OAIC s’apprête à importer 50 000 tonnes d’orge

El Watan, 2 mai 2011

Les prix mondiaux des céréales en général et de l’orge en particulier ont connu de fortes envolées ces quatre derniers mois.

Moins d’une année après avoir annoncé à grand renfort médiatique l’exportation de 11 000 tonnes d’orge, l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC) vient de lancer un appel d’offres international pour une importation massive de 50 000 tonnes de ce même produit, dont elle se vantait de détenir d’envahissants surstocks. L’information est donnée par le journal français Les Echos qui s’appuie sur des indiscrétions de spéculateurs en Bourse qui voient en cette opportunité de gros bénéfices à tirer du seul fait de la hausse des prix de l’orge qu’une demande aussi importante va nécessairement générer.

Les prix mondiaux des céréales en général et de l’orge en particulier ayant déjà subi de fortes envolées ces quatre derniers mois en raisons des troubles sociaux qui ont notamment affecté les pays de la rive sud de la Méditerranée, réputés gros consommateurs de céréales, il est évident que l’Algérie payera l’orge qu’elle s’apprête à importer beaucoup plus cher que celui qu’elle avait exporté. A quoi est dû cet inexplicable revirement qui va à contre-courant du discours triomphaliste distillé aussi bien par les responsables du ministère de l’Agriculture que par les dirigeants de l’OAIC qui se vantaient d’exporter, pour la première fois dans l’histoire de l’Algérie indépendante, une aussi importante quantité de céréales ? S’étaient-ils basés sur de fausses statistiques de production et de stocks ou cherchaient-ils seulement un coup d’éclat médiatique pour redorer le blason d’un secteur dont on commençait à se plaindre des maigres retombées des gigantesques capitaux publics engloutis dans les budgétivores programmes du PNDA ?

Le plus troublant est qu’au moment où l’OAIC passe commande d’orge à l’étranger, les agriculteurs algériens sont nombreux à se plaindre que leur production soit boudée par cet Office, qui a pourtant l’obligation de privilégier, chaque fois que possible, la production nationale. Dans pratiquement toutes les régions à vocation céréalière, des fellahs désabusés se sont plaints à qui de droit (UNPA, Chambres d’agriculture, directions départementales de l’agriculture, OAIC, etc.) des stocks d’orge qu’on leur a injustement laissé sur les bras.Alors qu’on pensait que l’Algérie était irréversiblement engagée dans une dynamique d’exportation d’orge portée par une production excédentaire, cette information vient nous rappeler à l’évidence que nos décideurs ne maîtrisent pas grand-chose des statistiques agricoles. Les décisions qu’ils prennent, comme c’est le cas pour l’orge, mais également pour tous les produits agricoles stockés au nom d’une prétendue action de régulation qui ne génère en réalité que des pénuries, courent alors le risque d’être inopérantes et contre-productives sur le terrain.

Nordine Grim