Général Emballage, l’outsider devenu leader national

Général Emballage, l’outsider devenu leader national

Salim Rabia, Maghreb Emergent, 5 juillet 2010

Général Emballage (GE) a pris de fait la relève du groupe Tonic Emballage qui a sombré en raison d’une incapacité à rembourser une dette faramineuse. L’outsider est devenu le leader.

Pionniers dans l’industrie de l’agroalimentaire privée, c’est tout naturellement que les membres de la famille Batouche ont décidé d’investir dans l’emballage, secteur se trouvant en amont de toute production industrielle. En 2002, Mohand Batouche et son fils Ramdane décident de lancer Général Emballage avec un capital initial de 32 000 000 DA. Un vrai challenge pour des entrepreneurs qui avaient déjà réussi à créer l’un des fleurons de l’industrie relevant du secteur privé, la laiterie Djurdjura, en l’occurrence, qui deviendra plus tard Danone Djurdjura, à l’arrivée de la multinationale d’origine française. Le démarrage a été laborieux. Jusqu’à l’année 2006, Général Emballage sera constamment déficitaire, situation qui poussera Ramdane Batouche, son jeune manager, à mettre très souvent la main à la poche pour assurer le paiement des employés et la pérennité de la firme. Vivant à l’ombre de Tonic Emballage, la jeune firme d’Akbou n’arrivait pas à décoller. Et pour cause, créé en 1985 avec des crédits bancaires faramineux, Tonic Emballage, qui faisait figure de géant, écrasait littéralement la concurrence en vendant à perte ou en faisant du dumping, selon certaines sources. Il a donc fallu survivre à l’ombre tutélaire de Tonic pendant quatre longues années et attendre sa chance. Elle est arrivée en même temps que les déboires puis la chute de celui qui était considéré comme le premier complexe papetier d’Afrique. Général Emballage connaît alors une percée fulgurante qui ne fait que se confirmer depuis.

Forte progression

Aujourd’hui la quasi-totalité des grandes firmes nationales comme Soummam, Cevital, Danone, Ifri, Candia, Panzani, La Belle, la SNTA, l’ENIEM, Nestlé Henkel, Coca Cola et bien d’autres encore figurent dans la liste clientèle de Général Emballage. L’entreprise s’est agrandie en lançant deux nouvelles unités, à Sétif et à Oran, créant au passage près 600 emplois directs pour un chiffre d’affaires de 2,8 milliards de dinars pour l’année 2009. Outre le souci constant de se rapprocher du client, pour le PDG de Général Emballage, il ne faudrait pas dépasser les 150 Kms de transport pour le carton, sinon, il n’est plus rentable.

« Nos activités connaissent une forte marge de progression », nous affirmait ce jeune industriel de 44 ans qui nous avouait également que tous les bénéfices de l’entreprise sont réinvestis dans la construction de nouvelles usines ou dans la modernisation des sites actuels.

En fait, le taux d’évolution de GE avoisine chaque année les 100 %. La preuve est que le complexe, qui s’étend sur une superficie de 33231 m2, dont la moitié est bâtie, vient de racheter un terrain mitoyen à son site d’installation, à Taharacht, dans la zone d’activité d’Akbou, pour sa future extension. Le jeune PDG nous avouait également que son entreprise consacrait 25 millions de dinars à la formation du personnel. C’est-à-dire dix fois plus que ce que ces 2 % de la masse salariale que loi exige de toute entreprise de consacrer à la formation du personnel. C’est peut être là l’une des clés de la réussite de cette entreprise d’Akbou qui satisfait près de 70 % de la demande nationale en carton d’emballage et qui commence à exporter notamment vers la France et la Tunisie.

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Un marché de 500 millions de dollars

Selon une étude européenne établie en 2007, l’Algérien consomme 12 kg de papier par an, par habitant, soit 400 000 tonnes/an, très loin derrière les USA, premier consommateur mondial avec 300 kg par an par habitant. Quant au chiffre d’affaires global du secteur, il est évalué à 500 Millions USD. Le secteur du papier et du carton emploie directement 7500 personnes dont 37 % dans le secteur et 63% dans le secteur privé. Aujourd’hui, l’industrie du papier représente 2,5 % de l’industrie mondiale, ce qui, comparativement, représente le même poids que l’industrie aéronautique. Au milieu des années 90, les autorités algériennes ont engagé un début de restructuration organique du secteur public tout en encourageant les investissements privés. La restructuration industrielle dans ce secteur a entraîné l’arrêt de la production de papier à partir des ressources locales avec l’alfa comme matière première et le recours à l’importation de matières premières pour alimenter les chaînes de production. Les usines de pâte à papier publiques ont fermé les unes après les autres. La récupération et l’utilisation de vieux papiers en substitution de la pâte à papier est un segment qui s’est peu développé. Toujours selon cette même étude, le potentiel de récupération serait de l’ordre de 100 000 tonnes par an. Comparativement, le Maroc couvre 75 % de ses besoins en pâte à papier par la récupération locale qui produit 135 000 tonnes/an.