Gel des projets d’équipement: Confusion et opacité

Gel des projets d’équipement

Confusion et opacité

El Watan, 2 novembre 2015

Gel, report, retard, blocage ou ajournement… Avec la crise et ses répercussions sur le budget de l’Etat, les membres du gouvernement ne savent plus quels concepts utiliser. Après avoir écarté toute idée d’austérité et clamé que le pays a les moyens de faire face sans dégât à la crise, le gouvernement doit effectuer des arbitrages douloureux concernant les dépenses d’équipement à geler ou à maintenir.

Gel, report, retard, blocage ou ajournement, avec la crise et ses répercussions sur le budget de l’Etat, les membres du gouvernement et ses démembrements ne savent plus quelles terminaisons utiliser. L’objectif est de faire passer la pilule de la cure d’amaigrissement sans alarmer les Algériens et surtout sans se désavouer quand on a écarté toute idée d’austérité au tout début de la crise.

Difficile pourtant de ne pas évoquer l’austérité quand on observe les chiffres officiels. Une comparaison entre les trois dernières lois de finances (lois de finances 2015, loi de finances complémentaire 2015 et la toute récente 2016 qui doit encore être adoptée par le Parlement) donne une idée sur l’ampleur de la cure.

Il en ressort que les Autorisations de programmes (AP), en d’autres termes le montant du plafond des dépenses que le gouvernement est autorisé à engager pendant l’année pour l’exécution des investissements a baissé de 52% entre 2015 et 2016. Pour l’année prochaine, le gouvernement a plafonné les autorisations de programme à 1894 milliards de dinars couvrant «les réévaluations des programmes en cours ainsi que les nouveaux programmes susceptibles d’être inscrits durant l’année.» Dans la loi de finances 2015, ce plafond était deux fois plus élevé avec plus de 4000 milliards de dinars inscrits.

S’il a été retenu comme principe de ne geler que les projets qui n’ont pas été lancés, selon les instructions du Premier ministère, il semble toutefois que cette dernière notion reste assez vague. Ainsi, au ministère des Travaux publics par exemple, on affirme que ce secteur n’est pas concerné par les mesures d’austérité. «Aucun des projets inscrits ne sera annulé ou bloqué», a assuré un représentant de ce département ministériel devant un panel du Forum des chefs d’entreprises et leurs homologues espagnols.

Difficile de le croire quand on connaît le caractère budgétivore de ce secteur et sa part dans la consommation des dépenses publiques d’équipement durant les quinze dernières années. Depuis l’année 2000, le secteur a consommé pas moins de 70 milliards de dollars (selon le ministère des TP), soit 10% environ de ce qui a été globalement dépensé par l’Etat durant ces trois derniers quinquennats.

Coupes draconiennes

Dans les coupes budgétaires qui sont prévues par le gouvernement, à commencer par l’année prochaine, tout porte à croire que c’est ce secteur qui en subira le gros des effets au vu de ce qui est prévu dans le projet de loi de finances pour 2016. Ainsi, au chapitre des dépenses en matières d’infrastructures économiques et administratives, les AP ont baissé de plus de 86% (voir graphe en page II), passant de près de 2000 milliards de dinars en 2015 à moins de 300 milliards de dinars en 2016. En matière de soutien à l’accès au logement, c’est une baisse de 90% qui est prévue entre 2015 et 2016. Le montant des AP a aussi diminué des 2/3 dans le secteur de l’Education et de la Formation. Le ministre insistait pour que tous les engagements soient «justifiés dinar par dinar».
Safia Berkouk