Le front, uni, des patrons

LOI DE FINANCES COMPLÉMENTAIRE POUR 2009

Le front, uni, des patrons

Le Soir d’Algérie, 10 août 2009

L’hostilité unanimement affichée par les organisations patronales aux dispositions de la loi de finances complémentaire pour 2009 constitue- t-elle un simple effet d’annonce, une fanfaronnade ?
Chérif Bennaceur – Alger (Le Soir) – Inédite, la réaction du patronat national aux dispositions de la loi de finances complémentaire pour 2009 l’est. Pour une fois, toutes les organisations patronales ont contesté les dispositions de la loi de finances complémentaire de manière virulente et directe. Une contestation qui a porté tant sur la forme — le patronat déplore l’absence de débat et de concertation — que sur le fond, les contraintes posées à l’acte de commerce extérieur (limitation du mode de paiement des importations au crédit documentaire, suppression de la procuration…) étant unanimement mises en relief. Que ce soit le Forum des chefs d’entreprise (FCE), la Confédération nationale du patronat algérien (CNPA), la Confédération des industriels et producteurs algériens (CIPA) ou l’Association générale des entrepreneurs algériens (AGEA) et, à un degré moindre la Confédération algérienne du patronat (CAP), toutes ont contesté le fait accompli du gouvernement. Jugez-en. Pour le FCE, dont la réaction en tant qu’association patronale représentative était fortement attendue, «les mesures édictées ne constituent la réponse appropriée ni aux préoccupations conjoncturelles des pouvoirs publics, visant l’équilibre de la balance des paiements et la maîtrise des importations, ni à celles des entreprises, freinées dans leur développement ». Et l’instance entrepreneuriale estime que «l’absence de concertation, l’autoritarisme qui dicte les décisions économiques, réduit la crédibilité de ces mesures et risque de conduire à la paralysie du pays». Un point de vue partagé également par la Cipa qui constate que «les conséquences sur le plan économique sont comparables à un tsunami» et que «trop d’engagements n’ont pas été tenus mais à l’inverse, les goulots d’étranglement continuent de brider les véritables créateurs de richesse et d’emplois nouveaux, les assimilant aux barons du marché informel ». Voire, une «baisse de l’activité économique» est certaine du fait de cette loi de finances complémentaire qui reste «pénalisante» pour l’entreprise, avertit la CNPA. Comme cette loi de finances «ne va rien apporter de positif à l’entreprise», selon l’AGEA, ou qu’elle constitue un problème selon la CAP qui s’interroge sur la manière de structurer l’économie nationale. Une opposition patronale certes frontale avec les décisions et desiderata gouvernementaux mais suffira-t-elle cependant à influer sur le cours des événements ? Cette réaction unanime ne risque-t-elle pas d’être un simple effet d’annonce, une fanfaronnade ? Car il ne suffit pas de hausser, légitimement, le ton mais d’être capable effectivement de pousser le «partenaire» gouvernemental dans ses derniers retranchements, en l’amenant à s’expliquer et à rectifier le tir, hors le recours usuel à la politique de la carotte et du bâton ? Ce qui n’est pas évident dans le contexte d’une gestion gouvernementale erratique, chaotique, marquée par l’absence de visibilité et de lisibilité de la vision politique et socioéconomique. Cette unanimité, à fructifier au demeurant, se traduira- t-elle par une démarche agressive du patronat, devenu moins enclin à céder aux chants des sirènes gouvernementales et à acquiescer à la moindre velléité «patriotique » ? Serait-ce l’occasion pour ce rassemblement patronal de passer à un stade supérieur, en tant que créateur de richesse et emplois pérennes, fi de toute dépendance à une manne hydrocarbure, le moins que l’on puisse dire, mal gérée par l’actuelle équipe gouvernementale ? En d’autres termes, le patronat pourra-t-il peser, à bon escient, sur la démarche de l’Exécutif en manque d’imagination ?
C. B.