Un rapport de Bercy l’inscrit au rang des hypothèses plausibles : L’Algérie pourrait se doter d’un fonds souverain

Un rapport de Bercy l’inscrit au rang des hypothèses plausibles : L’Algérie pourrait se doter d’un fonds souverain

par L’un de Nos Correspondants à Paris : S. Raouf, Le Quotidien d’Oran, 3 juin 2008

La France n’exclut pas la création à terme d’un fonds souverain sous bannière algérienne. Cette projection est consignée au rang des hypothèses plausibles dans un rapport commandé par le ministre de l’Economie et des finances, Mme Christine Lagarde.

Remis de fraîche date à la première responsable de Bercy, le document vient d’être rendu public par La Documentation française, l’éditeur hexagonal chargé de «publier» les documents officiels et publics. Etalé sur 34 pages, il passe au crible les tenants et aboutissants des fonds souverains dans le monde.

L’auteur du rapport, Alain Demarolle, un membre de l’Inspection générale des finances de Bercy, inscrit l’Algérie au rang de quatre pays potentiels appelés à se doter «demain» d’un fonds souverain compte tenu de leurs perspectives financières. Le représentant de Bercy se garde d’avancer avec précision une échéance calendaire.

«Aux acteurs traditionnels (Pays du Golfe, Norvège, Singapour) se superposent, aujourd’hui, la Russie et la Chine et demain de nombreuses puissances émergentes bénéficiant de l’exportation de matières premières», estime-t-il. Le représentant de Bercy avance, à titre d’exemple, le Brésil, la Libye, l’Algérie et le Venezuela.

Qualifiés de «nouvelles puissances» par Alain Demarolle, les trois derniers pays mettront en place les «fonds souverains de demain», ceux de la «troisième génération». Dotés d’»excédents structurels de matières premières», ils jouissent d’atouts à même de les faire entrer dans le club très fermé des fonds souverains.

Commandé par le gouvernement français au moment où les fonds souverains suscitent débats et préoccupations, le rapport d’Alain Demarolle précède d’un peu plus de deux mois la Présidence française de l’Union européenne (1er juillet – 31 décembre 2008). A l’heure de l’activisme tous azimuts de Nicolas Sarkozy, Paris compte soumettre à débat continental bien des dossiers controversés : immigration, fonds souverains, Union pour la Méditerranée, etc…

Pur hasard du calendrier, la publication du rapport de Bercy intervient dans la foulée d’un colloque international tenu à Alger sur la thématique des fonds souverains. Organisé par le Forum des compétences algériennes en Suisse (FCAS), le conclave a permis de lever davantage le voile sur le regard algérien sur le sujet.

Quelle politique adopter par rapport aux 110 milliards de dollars de réserves de changes ? Et quels mécanismes d’épargne-investissement privilégier pour en tirer le plus grand profit ? Des avis aux antipodes l’un de l’autre se sont exprimés à l’occasion. Dans le registre officiel d’abord, le gouvernement a fait montre de sa réserve à l’égard d’une telle forme de placement-investissement-épargne. Du moins à court et moyen termes.

Par la voix du ministre des Finances, Karim Djoudi, présent à l’occasion, l’exécutif a fait savoir que le pays n’était pas prêt à épouser une autre option dans ce registre. Ni les fonds placés à l’étranger, ni le pactole du Fonds de régulation des recettes n’ont vocation, jusqu’à nouvel ordre, à s’ériger en fonds souverain.

«Le fonds souverain est une décision économique avant tout», avait indiqué le ministre, soucieux de placer le débat sur le seul terrain économique. A ses yeux, «l’opportunité de la décision» prête à discussion au regard de nombreux paramètres dont la santé de l’économie mondiale.

La réserve des officiels à l’égard des fonds souverains est nourrie, entre autres, par la conjoncture mondiale. A s’en tenir aux dires de Karim Djoudi, le gouvernement ne s’en cache pas. «Le fonds souverain en lui-même n’est pas une réponse positive» à une démarche de placement.

«Par tradition, ce genre de fonds s’oriente vers des activités avec un niveau de risque fort. Il y a un risque potentiel de perte (…). C’est un élément qu’il faut apprécier», estime le ministre. Qui rappelle, en la faisant valoir, la démarche actuelle : une gestion des réserves par la Banque d’Algérie «avec un minimum de risque».

Certains experts ne partage pas cette lecture prudentielle. Présent, lui aussi, au colloque de la FCAS, Brahim Gacem, économiste algérien résidant en Suisse, estime que le challenge vaut la peine d’être tenté. Avouant que tout investissement est synonyme de risques, il plaide pour la création d’un fonds souverain algérien. «Les fonds souverains servent à pouvoir investir sur des projets stratégiques. Il faut être actif dès maintenant pour mieux profiter des hausses à venir (…). Il existe des opportunités actuellement qui sont intéressantes».