Pour la filière céréales et lait, le FCE voit les choses en grand et prône le protectionnisme

Pour la filière céréales et lait, le FCE voit les choses en grand et prône le protectionnisme

Habib Ferhi, Maghreb Emergent, 8 avril 2013

Le Forum des chefs d’entreprises (FCE) a organisé, ce lundi au Sheraton d’Alger un colloque sur la sécurité alimentaire du pays. Constat alarmant et appel au protectionnisme et à une implication forte de l’Etat dans au soutien des filières céréales et lait.

L’état des lieux fait par le FCE est alarmant : une « dépendance structurelle coûteuse pour les céréales et le lait qui totalisent plus de 50 % de notre facture alimentaire à l’importation». Et il devient « urgent », indique l’organisation patronale, « concevoir et de mettre en œuvre des politiques mieux adaptées et des mécanismes de régulation plus appropriés pour sortir de cette dépendance qui menacent y compris la cohésion sociale du pays». Pour soutenir ces deux filières, l’organisation a préconisé 28 mesures qui, toutes convergent, sur l’impératif d’une implication plus grande de l’Etat dans leur développement. Et l’organisation n’hésite pas à demander l’érection de nouvelles barrières tarifaires et la réorientation des subventions de l’aval vers l’amont. Il faut aller, recommande le FCE « vers l’encouragement à la création de groupements locaux et/ou régionaux par filière dans une démarche impliquant les autorités locales et les institutions de recherche et de formation pour mettre en réseau tous les acteurs qui interviennent dans la chaine alimentaire». Il faut également favoriser « l’émergence de clusters regroupant des producteurs biologiques, des laboratoires, des centres de conseils et de logistique, un centre d’information sur les normes, une unité de coordination dans le domaine de la recherche et du développement de nouvelles variétés et races, des associations…». De manière générale, l’organisation patronale souhaite la mise en œuvre d’un politique de « substitution aux importations alimentaires de produits de base». L’Etat est appelé à revoir sa politique de soutien aux produits alimentaires qui, telle qu’elle est appliquée actuellement n’aide « pas au développement de la production locale», souligne-t-on. Pour les experts du FCE, la subvention à la consommation pour des produits importés équivaut à une aide donnée aux producteurs des pays fournisseurs. Or, un plan de substitution aux importations implique plus de protectionnisme pour les producteurs locaux avec de nouvelles barrières tarifaires. Last but not least, le FCE insiste sur l’«allègement des procédures d’accès au crédit».

Passer de 300.000 à 600.000 bêtes

Pour atteindre un niveau de production de 3,6 milliards de litres de lait par an d’ici 10 ans (3 milliards de litres au bout de l’exercice 2011-2012 selon le ministère de l’agriculture), il faudrait doubler l’effectif de vaches et son rendement quotidien. En clair, passer de 300 000 à 600 000 bêtes sélectionnées et à un rendement quotidien de 20 litres par vache. Ces objectifs exigent, selon le FCE, de «mobiliser 250 000 hectares supplémentaires pour développer la culture de fourrages (luzerne et maïs principalement)». Et, «le montage d’une centaine d’usines de fourrages déshydratés d’une capacité de 10 000 tonnes/an chacune pour assurer l’encadrement des cultures, la récolte, la conservation et la distribution des fourrages aux éleveurs laitiers.». Il faut aussi créer «un réseau de 500 pépinières de génisses d’une capacité unitaire de 500 têtes chacune et de lancer un programme d’investissement en vue de la construction et l’équipement d’étables industrielles d’une capacité unitaire de 100 à 500 vaches laitières». Des investissements qui nécessitent, d’«adapter tous les dispositifs de financement et de soutien aux productions ainsi que les dispositifs de protection».

Couvrir 80% des besoins nationaux en blé

Le FCE aspire couvrir à hauteur de 80 % des besoins nationaux qui s’élèvent à 90 millions de tonnes de blé dur et tendre à travers une augmentation des surfaces cultivables pour les céréales. Des marges de progrès sont possibles, selon le FCE, en intervenant par l’«irrigation d’appoint dans les hautes plaines et le sud». Le FCE propose surtout d’«aller vers une réduction de la jachère et non sa résorption et ce, en utilisant d’autres productions telles les légumineuses alimentaires et fourragères (lentilles, pois chiches, vesce et pois fourrager». Et, d’«accorder une aide et un appui significatifs à tous les agriculteurs impliqués dans le programme d’intensification des céréales (ciblant 1,2 millions d’hectares) par la mise à leur disposition de semonces de qualité protégées des maladies, d’intrants et produits phytosanitaires, de matériel d’irrigation et de matériel agricole». Autres propositions, non moins coûteuse pour l’Etat : «Engager un programme destiné à pallier le déficit en infrastructures de stockage par la réalisation de silos au niveau des CCLS (Coopérative des céréales et légumes secs) et au niveau des fermes et, concevoir et conduire une politique de mécanisation de l’agriculture.».