L’économie sociale et solidaire se structure au Maghreb

L’économie sociale et solidaire se structure au Maghreb

Nejma Rondeleux, Maghreb Emergent, 15 avril 2013

Le Réseau maghrébin de l’économie sociale et solidaire (Maghreb-Ess) est né début mars et regroupe la Tunisie, l’Algérie et le Maroc. Retour sur un mouvement d’essence mutualiste qui semble moins bien loti en Algérie que chez ses voisins.

Le Maghreb a dorénavant son réseau d’économie sociale et solidaire. Créé à l’initiative de l’Union nationale des mutuelles de Tunisie (UNAM), du Réseau marocain de l’économie sociale et solidaire (REMESS) et du Comité algérien de l’économie sociale et solidaire, Maghreb-Ess rassemble pour l’instant uniquement des membres de ces trois pays. Mais ses fondateurs œuvrent à l’intégration d’organisations libyennes et mauritaniennes. « Cela fait plus de vingt ans que nous nous rencontrons dans le cadre de séminaires et conférences du réseau euro-méditerranéen », témoigne Mohamed Laddada, médecin algérien à la retraite, fraîchement élu président de Maghreb-Ess. « Même si les régimes sont différents, nous avons constaté que nous vivons tous les mêmes problèmes de chômage et de paupérisation de la population liés à un système économique libérale mal maîtrisé ». D’où l’utilité de se constituer en réseau pour mutualiser les efforts, soutenir les initiatives et favoriser l’échange d’expériences. « Maghreb-Ess nous permet de parler d’une seule voix au sein de la Méditerranée », souligne l’ancien médecin chef de la Caisse nationale d’assurance santé (CNAS). La déclaration de création du Réseau, datée du 2 mars, esquisse d’ailleurs les principes fondateurs de cette nouvelle union maghrébine autour de l’économie sociale et solidaire : « la primauté de la personne et de l’objet sur le capital », « l’autonomie de gestion et d’indépendance par rapport aux pouvoirs publics » et « la consécration de l’essentiel des excédents à la réalisation d’objectifs de développement durable, solidaire et d’intérêt général ». La préoccupation principale de l’économie sociale et solidaire est le bien-être social de l’homme et de l’individu, résume Mohamed Laddada. Les premiers organismes membres de ce réseau à but non lucratif en sont l’illustration parfaite.

L’économie sociale et solidaire génère de l’emploi

« L’économie sociale, développée en Algérie dans le cadre d’un système socialiste, n’existe plus », déplore Mohamed Laddada. « Le contexte actuel de réformes structurelles instaure les conditions des règles du marché et l’économie libérale », poursuit celui qui écorne, au passage, le « capitalisme froid » et ses dérives. Face à cette évolution, le mouvement mutualiste, composé en Algérie d’une trentaine de mutuelles nationales regroupant plus d’un million d’adhérents et sept millions de bénéficiaires, tente de proposer une alternative. « Grâce aux ressources provenant des cotisations des adhérents, les mutuelles offrent des actions de prévoyance, de solidarité et d’entraide au profit des adhérents et de leurs familles », explique Abdelkader Harmat, secrétaire général de Maghreb-Ess et actuel président de la mutuelle familiale. Et de citer pour exemple les centres médicaux sociaux (CMS) ouverts par les mutuelles qui assurent un accès aux soins aux plus démunis. « Au centre d’imagerie médicale de Belcourt, à Alger, 10 à 15 % des personnes reçues n’ont pas de revenu», souligne Mohamed Laddada. Fonctionnant selon un modèle non lucratif, les excédents perçus sont systématiquement investis au bénéfice des adhérents. « Par le fait qu’elle ne recherche pas le gain, l’économie sociale et solidaire génère de l’emplois et représente donc une réponse sérieuse au chômage », assure le président de Maghreb-Ess. Autre maillon de l’économie sociale et solidaire : le réseau associatif opérant dans différents domaines mais toujours soucieux d’une amélioration du bien-être social. A cet égard, le projet de l’association Tajmaat n’jebla, dans la wilaya de Béjaïa, représente un bon exemple de mise en pratique réussie des principes de l’économie sociale et solidaire. Constatant l’abandon de l’ancien village de Tajmaat n’jebla, situé à deux kilomètres du nouveau village, de jeunes habitants entreprirent de restaurer la vingtaine de maisons à moitié en ruine. L’initiative redonne vie au village. Une « Fête du printemps » s’y tient désormais chaque année, offrant l’occasion de mettre en valeur les traditions et produits du terroir de la région. Le projet constitue, par ailleurs, une véritable opportunité économique de développement local. La restauration des maisons, qui a bénéficié d’aides de l’Union européenne, a ainsi permis à une dizaine de personnes de travailler à plein temps pendant un an, indique le président de l’association, Farid Ahmed. « Aujourd’hui, l’activité principale de l’association consiste à accueillir des groupes de touristes mais nous sommes en train de réfléchir à la création d’un réseau de coopératives autour du tourisme solidaire comprenant, outre le gîte et le couvert, de l’artisanat, des visites guidées, etc. »

« Laissez la place aux initiatives collectives ! »

A défaut d’un soutien de l’Etat, l’évolution de l’économie sociale en Algérie demeure limitée. Premier obstacle pointé par les membres du réseau Maghreb-Ess : les difficultés conceptuelles et méthodologiques de la définition des composantes de l’économie sociale. « Comme le pouvoir public ne reconnaît pas l’intérêt général de l’économie sociale et solidaire, il n’arrive pas à nous mettre dans une catégorie. Cette situation nous pose d’énormes problèmes pour s’organiser et se structurer », tempête Mohamed Laddada. Contrairement au Maroc et à la Tunisie, où l’économie sociale et solidaire est aidée par l’Europe et soutenue par l’Etat, l’Algérie ne dispose pas d’un cadre institutionnel et législatif favorisant les activités économiques de personnes pour le caractère social. « Or le système économique privé, public et social ne sont pas contradictoires. Chacun peut trouver son compte et se compléter l’un, l’autre », défend le président de Maghreb-Ess, en appelant les autorités à une plus grande considération de l’économie sociale et solidaire. « Le développement de l’Algérie se fait avec tout le monde ».