Quelques bonnes raisons de douter d’une usine Renault en Algérie

Quelques bonnes raisons de douter d’une usine Renault en Algérie

Oussama Nadjib, Maghreb Emergent, 13 Février 2012

A Alger, le ministre de l’industrie et de la PME, Mohamed Benmeradi, est pratiquement le seul à avoir lu du « positif » dans les déclarations du PDG de Renault à Tanger. Pour des spécialistes algériens, le patron du groupe automobile a trop d’investissements engagés à l’étranger, au Maroc et en Inde notamment, pour se risquer dans une aventure en Algérie.

Renault vend bien en Algérie et ses voitures sont celles qui marchent le plus. Le constructeur automobile a-t-il pour autant intérêt à venir s’installer en Algérie avec des conditions d’investissement qu’il juge moins souples et moins généreuses que ce qui est offert au Maroc ? Dans l’optique du gouvernement algérien, la cause est entendue. Il existe un marché en Algérie qui justifie largement la venue de un ou de deux constructeurs automobile. Ainsi, les voitures construites en Algérie bénéficieraient d’un régime de faveur qui les rendrait concurrentielles par rapport aux voitures importées. Ceux qui veulent garder le marché ou le prendre auraient donc intérêt à venir. En clair, l’Algérie, tardivement, cherche à obtenir une contrepartie industrielle pour son marché. D’où les discussions en cours avec Renault et Volkswagen. Mais objectivement, Renault qui vient de lancer son usine low-cost à Tanger qui va produire 400.000 véhicules dont 80% destinés à l’exportation, ce qui inclut aussi bien le marché algérien, africain que méditerranéen, n’a pas de raison de se presser. « Il peut attendre tranquillement que les efforts d’une relance de l’Union du Maghreb (UMA) et donc essentiellement de la réouverture des frontières avec le Maroc pour vendre de made in Maroc en Algérie » explique un économiste algérien. Et ajoute-t-il ironique, « les algériens subventionnent les autoroutes pour que Renault y fasse circuler ses low-cost alors qu’ils auraient du subventionner des usines ».

Pas d lobby algérien en France

D’où, selon lui, le décalage entre l’optimisme du gouvernement algérien et les propos refroidissants de Carlos Ghosn, le PDG de Renault. Le constructeur automobile, attaqué en France, pour son usine Renault à Tanger, n’est vraiment pas pressé de conclure. Outre des raisons purement économiques liées au fait que ses investissements pour la production low-cost sont déjà importants à l’étranger, des aspects « politiques » interfèrent. « Il n’existe en France aucun lobby pour défendre l’installation d’une usine Renault alors que dans le cas du Maroc on peut observer que la classe politique française proche du palais s’emploie à calmer un jeu qui s’est emballé dans le contexte électoral » explique un spécialiste des relations France-Maghreb. « Une usine Renault à Tanger ça passe, une usine Renault en Algérie, c’est beaucoup moins sur que ça ne cassera pas » explique-t-il en estimant qu’on n’en finira pas de regretter, en Algérie, l’échec du projet Fiat. Pour certains observateurs, le vrai message de Carlos Ghosn était principalement destiné à Volkswagen, Renault affirmant vouloir préserver sa « niche » algérienne de 50.000 voitures vendues chaque année. Mais le fabricant allemand est-il réellement intéressé ? Selon Mohamed Benmeradi, c’est le cas et il y aurait un appoint financier d’un fond d’investissement du Qatar.

Volkswagen sortira-t-il du « made in Germany » ?

Les spécialistes attendent de voir. Le modèle de Volkswagen, c’est clairement le « made in Germany ». Si le constructeur allemand s’engage en Algérie ce serait un évènement rare. « Mais cela s’est vu dans le passé, ils l’ont fait au Brésil » note un spécialiste en soulignant qu’il est de l’intérêt de l’Algérie de ne pas dépendre de Renault. Les réticences de Renault et l’incertitude de Volkswagen doivent-elles pour autant faire renoncer à toute ambition industrielle ? Dans les milieux d’affaires algériens, on estime que le sujet est abordé d’un mauvais biais par les pouvoirs publics. Selon eux, au lieu de poser des contraintes en matière d’investissement et de répartition du capital, il serait plus pertinent de demander à un éventuel constructeur intéressé de fabriquer également une voiture « tout électrique » et de prendre ainsi une option pour l’avenir. Ils font valoir que les gros investissements consentis par l’Algérie dans le domaine de l’électricité vont générer une production qui devrait largement satisfaire une demande locale en hausse. Pour eux, il serait intéressant d’encourager la voiture électrique aussi bien pour des raisons environnementales que par souci de préserver une ressource pétrolière stratégique. En tout cas, presque tous nos interlocuteurs qu’il existe de bonnes raisons de douter du projet d’usine Renault en Algérie.