À son plus bas niveau face au dollar : Le dinar en forte chute

À son plus bas niveau face au dollar : Le dinar en forte chute

El Watan, 15 août 2015

Après une chute de 11% entre décembre 2014 et mars 2015, la valeur du dinar perd encore au change face au dollar, manifestement en pleine forme depuis quelques semaines déjà.

Le dinar a atteint encore un plus bas niveau historique cette semaine. Jeudi, le cours d’ouverture du dinar contre le dollar sur le marché interbancaire des changes s’est établi à 102.93 DA à l’achat et à 102,94 DA à la vente pour un dollar. Un euro s’échangeait contre 114 DA durant la même journée.

Mais c’est contre le billet vert que la monnaie nationale perd encore de sa valeur, une érosion amorcée depuis notamment le mois de juin de l’année 2014, correspondant au début de la spirale baissière dans laquelle sont embarqués les cours du pétrole. Cours à l’appui, à fin juin 2014, un dollar valait 78,87 DA.

La valeur de la monnaie nationale a chuté encore davantage pour atteindre 87,95 DA pour un seul dollar à fin décembre 2014. Ainsi, la valeur nominale du dinar aura donc baissé de 7% entre juin et décembre de l’année 2014.

La même tendance a été observée par l’institution monétaire au premier trimestre de l’année en cours, puisque «le cours du dinar s’est déprécié de 11% contre le dollar américain entre fin décembre 2014 et fin mars 2015, suite à l’impact du choc externe de grande ampleur sur les fondamentaux», lit-on dans la dernière note de conjoncture de la Banque d’Algérie.

La baisse de la valeur du dinar par rapport à la monnaie américaine est donc intimement liée à la conjoncture qui prévaut sur les marchés pétroliers.

Baisse des fondamentaux

Les prix dévissent sans répit, sur un marché plutôt insensible aux signaux d’optimisme envoyés par les derniers rapport de l’OPEP et de l’AIE. Les deux organisations tablent sur un retour de la consommation mondiale de brut et une baisse de l’excédent de l’offre dès 2016. La chute des cours du pétrole a imposé une baisse nette des fondamentaux de l’économie algérienne.

La dévaluation de la monnaie nationale sert ainsi de pare-choc à même de limiter la baisse des fondamentaux et le choc de la crise.

Officiellement, les autorités financières et monétaires du pays accréditent l’hypothèse d’une appréciation de la valeur du billet vert face aux autres monnaies, mais aussi d’un dinar qui reflète l’état sinistré d’une économie en manque de compétitivité.

Mais en toile de fond figure bel et bien une dévaluation que les autorités monétaires peinent à assumer. Il est clair que la valeur du dinar est fixée suivant un régime de change flottant dirigé, mais elle suit aussi l’évolution des fondamentaux de l’économie.

La valeur du dinar a été donc de surcroît révisée à la baisse afin d’éviter que la monnaie nationale ne serve à subventionner les importations que l’on tente de maîtriser à coups de contingentement et de rationnement de l’offre en devises. Mais pas seulement. Le change, un des outils de la politique monétaire de la Banque d’Algérie, sert à paramétrer non seulement la valeur des achats, mais aussi celle des revenus, notamment la fiscalité pétrolière libellée en dinar.

Dégâts collatéraux

La forte contraction des cours du pétrole s’est répercutée, entre autres, par une baisse des recettes en dinar de la fiscalité pétrolière. Mais cette dévaluation qui s’accélère au fur et à mesure que les prix du brent chutent sur le marché londonien, place de cotation du Sahara blend algérien, n’est pas sans conséquences sur les agents économiques.

La dévaluation touchera sans l’ombre d’un doute tous les maillons de la chaîne économique : hausse des inputs importés nécessaires au fonctionnement de l’appareil de production, augmentation des prix des produits à la vente, inflation, érosion du pouvoir d’achat, baisse de la valeur des actifs industriels et des entreprises, chute de la consommation interne des produits fabriqués localement, déclin de la contribution de certains secteurs à la fiscalité….

L’impact est donc double, voire triple. Tous les maillons de la chaîne économique sont mis à rude épreuve, les producteurs et les ménages particulièrement. La décote du dinar face au dollar ne devrait certainement pas s’estomper de sitôt, tant que le cours de l’or noir ne remonte pas la pente. Cela fait partie des ajustements financiers et monétaires imposés par une conjoncture qui tourne plutôt au vinaigre.
Ali Titouche