Le dinar en déroute

La monnaie nationale continue de plonger

Le dinar en déroute

El Watan, 30 janvier 2016

Sur le marché officiel de change, la valeur du dollar est fixée à 105,81 DA à l’achat et à 112,27 DA à la vente. La valeur de l’euro est de 114,96 DA à l’achat et de 122,03 DA à la vente, lit-on dans un communiqué de la Banque d’Algérie.

Les cotations sont valables du 31 janvier au 6 février. Conformes aux valeurs des variables liées à la conjoncture, les cotations de la semaine entraînent la valeur du dinar vers une nouvelle dépréciation, la plus importante depuis au moins la mi-2014.

La politique de taux de change de la Banque d’Algérie permet d’ajuster la valeur du dinar en fonction des indicateurs économiques et leur impact sur les fondamentaux. Depuis juin 2014, alors que les cours du brut s’enfonçaient dans le rouge, atteignant des plus bas depuis 12 ans, la valeur de la monnaie nationale n’a cessé de se déprécier face à l’euro et au dollar particulièrement.

Les deux phénomènes sont fortement corrélés. Après avoir mené un processus de désinflation tout au long de l’année 2013, il n’était presque plus judicieux que la banque centrale maintienne la valeur du dinar au-dessus du prix d’équilibre de son modèle de calcul, d’autant que les fondamentaux de l’économie du pays ont nettement baissé depuis juin 2014.

La valeur du dinar souffre elle aussi de la chute des prix du pétrole, selon un raisonnement déductif. Il est permis de penser que la Banque d’Algérie serait à la manœuvre, en réaction à la chute des recettes en dinar de la fiscalité pétrolière et à l’envolée de la valeur des importations.

En variation annuelle, le dinar s’est fortement déprécié contre les principales devises, selon le tableau des cotations de la Banque d’Algérie. En effet, il y a un an (cotations allant du 1er au 6 février 2015), la valeur du dollar était fixée à 90,83 dinars à l’achat et à 96,38 dinars à la vente, alors que celle de l’euro était de 103,21 dinars à l’achat et de 109,54 dinars à la vente.

La dépréciation est encore plus manifeste sur le tableau comparatif des deux années 2014 et 2016, puisqu’à fin juin 2014, date de l’amorce d’une dangereuse glissade des cours du brut, un dollar valait 78,87 dinars, alors que l’euro s’échangeait contre 107,62 dinars. Comparées aux cotations de cette semaine, les variables de juin 2014 font ressortir une dépréciation de plus de 30% du dinar face au dollar et d’environ 15% face à l’euro.

Une nouvelle dépréciation en vue

Bien plus explicite tant elle dispose de toutes les valeurs des variables, la Banque d’Algérie a indiqué que le cours moyen du dinar contre le billet vert a connu une dépréciation de 19,57% au cours des neuf premiers mois de 2015 par rapport à la même période de l’exercice 2014. Le cours du dinar s’est, par ailleurs, légèrement déprécié par rapport à l’euro (2,16%), selon les indicateurs monétaires rapportés par la Banque d’Algérie dans sa note de conjoncture pour les neuf premiers mois de l’exercice écoulé.

La Banque centrale n’exclut pas une nouvelle dépréciation de la monnaie nationale, considérant que «le taux de change effectif réel du dinar algérien à septembre 2015 reste apprécié par rapport à son niveau d’équilibre de moyen terme». L’institution monétaire justifie ses interventions sur le marché de change par le souci de prévenir toute appréciation du taux effectif réel, jugé «dommageable pour la stabilité macroéconomique à moyen terme».

Face à une telle fluctuation, les entrepreneurs et les ménages affichent des inquiétudes, voire des pertes sur leur pouvoir d’achat respectif. La dépréciation a entraîné une hausse des prix à l’importation et à la consommation, mettant à rude épreuve la trésorerie des entreprises et le pouvoir d’achat des ménages.

Le taux de marge devrait continuer à se détériorer cette année compte tenu des perspectives d’évolution des prix du pétrole (37 dollars le baril en moyenne, selon la Banque mondiale), des hausses des prix des produits énergétiques (carburants, électricité et gaz) et d’une éventuelle nouvelle dépréciation du dinar. De quoi frustrer l’espoir des entreprises et des ménages, complètement désarmés face à ce phénomène.

Sur le marché informel des devises, les cours du dollar et de l’euro ont flambé encore, dopés par une demande en forte hausse et d’une offre orientée plutôt vers la baisse. Le billet vert s’échangeait contre 168 dinars à la vente et 166 dinars à l’achat, alors que la monnaie unique européenne casse carrément les records, s’échangeant à 182,5 dinars à la vente et 181 dinars à l’achat.

Deux facteurs-clés ont agi ces dernières semaines sur le marché, tant au plan de la demande que celui de l’offre ; les détenteurs de capitaux en dinars non déclarés préfèrent les sécuriser dans les circuits financiers invisibles, pendant que l’offre d’origine délictuelle (surfacturations) se rétrécit comme peau de chagrin sous l’effet des contrôles a priori et a posteriori des importations détaxées et/ou sous-taxées.

C’est dire que l’explication de fond à cette flambée des cours sur ce marché illégal tient encore à une affaire de l’offre et de la demande.
Ali Titouche