Le décollage de Djendjen tributaire d’investissements d’infrastructures, selon DPW

Le décollage de Djendjen tributaire d’investissements d’infrastructures, selon DPW

Abdelkader Zahar, Maghreb Emergent, 29 Octobre 2010

Dubaï Port World a de grandes ambitions pour le port de Djendjen, mais celles-ci restent tributaires d’investissements d’infrastructures qui relèvent de l’Etat algérien. Ici, les explications Mohamed Al Khadar, Directeur général de DP World El Djazair.

L’opérateur portuaire DP World Djazair ne compte pas investir dans le port de Djendjen avant que l’Etat Algérie n’entame son extension, notamment avec la réalisation de certaines infrastructures de renforcement du port et sa l’accomplissement de sa liaison au réseau routier et autoroutier. C’est ce qu’a déclaré Mohamed Al Khadar, Directeur général de DP World El Djazair et du Port international d’Alger, en marge du « Premier événement annuel relation client », organisé mercredi soir à l’hôtel Hilton. A cette occasion, des « certificats d’honneur » ont été attribués aux compagnies maritimes clientes de DPW Djazair. Parmi ces armateurs, l’on citera CMA-CGM, MSC-Algérie, Maersk Line, GEMA, et Global Shipping. Le port de Djendjen pourrait-il concurrencer le port marocain « Tanger-Med » ? « Oui, à condition qu’il soit doté d’infrastructures par la construction d’une digue de protection, d’extension des quais et des aires de stockage, et qu’il bénéficie de l’apport d’infrastructures routières (dont l’autoroute Est-Ouest), afin de convaincre les armateurs de venir vers ce port », a répondu Al Khadar. Selon lui, même les agents de la douane à Djendjen « ne sont pas encore habitués au traitement des containers».

Des investissements d’infrastructures nécessaires

Il faudra du temps pour que toutes les conditions soient réunies, mais aussi beaucoup d’argent pour réaliser les infrastructures adéquates. Tarik El Farouki, Directeur général de DP World Djendjen, lui, parle d’investissements nécessaires de l’ordre de 700 à 800 millions € de la part de l’Etat Algérien et de 400 millions € pour ce qui concerne la part de DP World Djazaïr. Il est question d’élargir la longueur de quai de 240 m (actuellement) à 300 m (vers le nord) et 400 m (vers le nord-ouest). « Dans la première phase 2010/2012, le terminal (containers) sera exploité avec un quai de 250 m avec des grues mobiles et des stackers, en attendant les travaux de génie civil qui seront réalisés afin de finaliser le prolongement de la digue et l’extension de l’aire de stockage », affirme le DG de DP World Djendjen. Une seconde phase, verra la mise en service dans le quai ouest de grues STS 4 et 10 GTR, la construction de la barrière d’accès et d’un terminal ferroviaire, ainsi que la mise en place d’une section réfrigérée, et de bâtiments techniques et administratifs, selon la présentation de l’intervenant. Deux autres phases sont également prévues pour l’acquisition d’autres équipements. Pour El Farouki, des liaisons autoroutières et ferroviaires entre le port de Djendjen et la ville d’El Eulma, devenue un hub commercial de la région Est du pays, sont nécessaires. L’idéal, selon les responsables de DP World Djazair, serait de mettre en place une « zone franche » pour faire de Djendjen un port « nettement très attractif » pour les opérateurs. Pour ses responsables, la mission de DP World est de faire du port de Djendjen un hub terminal containers de « classe mondiale » et « d’offrir un transbordement assez compétitif sur la Méditerranée » pour devenir une « destination de choix de nos clients par la mise en œuvre d’équipements, de services et d’expertises hautement concurrentielles ». D’autant que le marché algérien des containers est appelé à croître de 12,7% d’ici 2019, ce qui correspond à 3.379.000 TEU contre 1.007.000 TEU en 2009.

2009, « une année difficile »

A DP World El Djazair on avoue que le premier exercice (9 mois de 2009) a été « difficile ». Les conflits entre les travailleurs et la nouvelle direction du port suite aux « changements de méthodes de travail », et les « capacités d’accueil » et le manque d’équipements au port d’Alger étaient, pour l’essentiel, les causes directes de ces difficultés. « Il a fallu batailler pour changer les mentalités et faire accepter l’idée qu’un port de cette importance pour le pays doit travailler 24/24H, 7/7J », nous explique Mohamed Al Khadar. Par ailleurs, « plusieurs investissements ont été réalisés pour l’achats d’équipements informatiques, de manutention (27 stackers, 2 grues…) et, surtout, en matière de formation des ressources humaines aux méthodes de gestion modernes », insiste M. Al Khadar. Sur les 800 travailleurs que compte DP World Djazair, 460 ont bénéficié d’une formation durant les neuf premiers mois de 2009. Globalement, les investissements prévus d’ici 2014 sont de l’ordre de 100 millions €, ajoute la même source. Le port d’Alger est arrivé, « lorsque les conditions étaient optimales » à réaliser « 30 containers par heure ». Quelques 650.000 containers ont été traités en 2009. DP World Djazair en détient 65% contre 35% pour l’EPAL. L’opérateur portuaire a quand même réalisé un chiffre d’affaires (CA) de 45 millions de dollars durant les neuf premiers mois de 2009. Les estimations pour 2010 tablent sur une hausse de l’ordre de 7 à 10% du CA.

Une grève masquée de deux mois

L’année en cours a également eu son lot de « difficultés », dont le plus important a été le bras de fer qui a opposé, entre la mi-juillet au 13 septembre 2010, le syndicat de l’entreprise à la direction du port d’Alger. « Durant cette période, l’activité du port a été fortement ralentie, et le nombre de bateaux en rade atteignait les 14 à 15 navires par jour », affirme Mohamed Al Khadar. Sur ce point, notre interlocuteur tient aussi à rappeler que dans l’engagement contractuel de DP World Djazair, il est question de traiter les navires à containers, et non pas les autres bateaux. « Il arrive aussi que vous voyez d’autres navires (General Cargo…) que les portes-containers, qui ne sont pas de notre responsabilité », tient-il à préciser.

Les travailleurs du port d’Alger, représentés par leur syndicat, voulaient « jusqu’à 35% » d’augmentation, alors que la direction du DP World Djazair leur proposait « une hausse annuelle de 5 à 6%, selon le niveau de l’inflation, durant toute la durée de la concession, c’est à dire 30 ans, ce qui constituait largement plus que ce qu’ils demandaient ». « Mais les dockers ont préféré une hausse plus importante d’un seul coup. Nous sommes arrivés à un accord sur 22%, sans compter les 5% consentis l’année dernière, ça nous fait 27% de hausse salariale depuis notre entrée au port d’Alger », raconte Al Khadar.

Autre souci de DP World Djazair, les conséquences des nouvelles dispositions relatives au commerce extérieur, introduites depuis la Loi de finances complémentaire (LFC) 2009, qui « ont ralenti la sortie des containers du port ». « Nous ne remettons pas en cause ces dispositions qui relèvent de la souveraineté de l’Etat Algérien, mais nous constatons juste que le temps d’attente d’un container au port d’Alger est passé de 18 jours en 2009 à 24 jours en 2010 », conclu le DG de DP World Djazair.