Les concessionnaires dans la tourmente

Interdiction de débarquement des véhicules à Alger

Les concessionnaires dans la tourmente

El Watan, 14 septembre 2009

La décision du ministre des Transports d’interdire, dès le 1er octobre, le débarquement des véhicules au port d’Alger et leur transfert vers les ports de Djendjen, Mostaganem et Ghazaouet continue de soulever l’ire des membres de l’Association des concessionnaires automobiles d’Algérie (AC2A).

Ces derniers, qui ont tenu ces derniers jours une série de réunions au niveau du siège de l’AC2A à Chéraga (Alger), demandent qu’un délai supplémentaire leur soit accordé afin de mieux s’organiser à cette nouvelle situation et de s’adapter. « Cette décision est en elle-même respectable. Nous ne sommes pas contre la décongestion du port d’Alger mais nous demandons un délai afin de nous préparer. Nous ne pouvons pas délocaliser toute une logistique au bout de trois mois. C’est inimaginable », déclare Mohamed Baïri, président de l’Association des concessionnaires automobiles d’Algérie (AC2A). Notre interlocuteur tient à ajouter que cela fait plus de dix années que les concessionnaires automobiles sont installés au port d’Alger. « Nous avons engagé des investissements et créé des milliers d’emplois directs et indirects. On ne peut pas du jour au lendemain nous interdire de décharger nos véhicules du port d’Alger », soutient-il.

Notre interlocuteur précise qu’avec 4 milliards de dollars d’importation ou 40 milliards de dollars, l’allongement de la durée à quai des navires et la file d’attente sur rade a toujours existé au niveau du port d’Alger. « C’est un problème de gestion interne au port d’Alger et non pas de congestion des navires. Nous n’avons jamais gêné qui que ce soit d’autant plus que la zone nord n’a jamais été un problème du moment qu’elle n’est pas faite pour les containers. » Notre vis-à-vis précise que le déchargement des véhicules se fait la nuit, entre 20h et 6h, alors que le bateau est vidé au bout de 48 heures. Les véhicules sont, par la suite transportés, dans des zones sous douane à 30 km du port d’Alger. « Ce n’est pas chose aisée de trouver des parcs sous douane. Certains concessionnaires ont loué ces parcs pour une durée de quatre et cinq années. Ils ont engagé des gardiens et des agents de gestion des parcs », se désole notre interlocuteur. Par ailleurs, les concessionnaires sont unanimes en affirmant que si cette décision venait à être appliquée, des milliers d’emplois seront supprimés aussi bien à Alger que dans plusieurs autres wilayas. « Les douanes algériennes au niveau de la capitale sont déjà rodées au traitement des formalités pour les véhicules importés alors que ce n’est pas le cas pour les autres ports. En plus, nous possédons plus de 200 ha de parcs sous douane aux environs de la capitale qui sont déjà loués avec des centaines d’employés entre gardiens et agents manutentionnaires. Nous devons installer toute une logistique pour délocaliser dans un délai de trois mois. Ce n’est pas logique », se désole notre interlocuteur. Où pourront accoster les car-carries ?

Les agents consignataires de navires agréés estiment que ni le port de Ghazaouet ni celui de Mostaganem et encore moins celui de Jijel n’offrent les conditions nécessaires permettant le traitement de ces navires du fait de leur configuration, du manque d’espace à quai et de moyens d’assistance à la navigation et des vents forts qui les balaient. Sous le n°187 /2009, le Laboratoire d’études maritimes, dans une étude sur le transfert du trafic véhicules vers les ports de Djendjen, Mostaganem et Ghazaouet, a précisé que le port de Mostaganem possède une configuration assez limitée avec la mole de l’indépendance pour recevoir des navires ayant une longueur de 200 m et un tirant d’eau de 8,50 à 9 m. Le port de Djendjen, quant à lui, a la particularité d’après ce document d’avoir « une passe assez large (500 m) qui induit une agitation résiduelle dans le bassin ». Des travaux d’amélioration des conditions d’agitation sont en phase de démarrage ce qui permettra d’accueillir de grands navires dans de bonnes conditions. Quant au port de Ghazaouet, le document précise que ce port est assez réduit pour recevoir des navires de 200 m alors que la passe d’entrée ne fait que 170 m. En conclusion, le rapport du LAM recommande de définir la taille du navire en fonction de la configuration du port. Dans un autre registre, un autre document reçu par un concessionnaire automobile, transmis par le PDG du port de Mostaganem, affirme que les navires car-carries de 200 m et d’un tirant d’eau de 8,50 m à 9 m « ne peuvent accoster au port de Mostaganem pour des raisons caractéristiques nautiques du port sachant que le plus fort tirant d’eau est limitée à 8,22 m ». Toutefois, précise ce responsable « l’entreprise est disposée à recevoir des navires de véhicules transportés à bord des navires répondant aux données physiques du port ». Le port de Ghazaouet vient quant à lui d’être réquisitionné pour accueillir la barge à ciment devant être utilisée pour l’importation de 300 000 t de ciment de Turquie, alors que 300 000 t vont être déchargées au port de Béjaïa et 400 000 t à Alger.

Par Nadir Kerri