La chute vertigineuse de Saipem

SES RÉSULTATS FINANCIERS DU PREMIER TRIMESTRE RENDUS PUBLICS

La chute vertigineuse de Saipem

Le Soir d’Algérie, 24 avril 2013

Saipem, la société italienne d’engineering, a annoncé hier des chiffres catastrophiques réalisés au premier trimestre de l’année en cours. Ses revenus ont sensiblement chuté alors que les bénéfices ont reculé de 52,4 % par rapport au premier trimestre de l’année dernière.

Cette forte baisse des résultats s’ajoute au fait que Saipem a perdu plus d’un tiers de sa valeur de marché au cours des trois derniers mois. Et bien qu’elle tente de rassurer les investisseurs, Saipem risque de voir son action dégringoler encore à la Bourse de Milan. Pire encore, la dette financière nette au 31 mars dernier s’élève à 4,845 milliards d’euros, avec une augmentation de 567 millions d’euros en l’espace de trois mois seulement.

La machine judiciaire algérienne

La société italienne révèle dans ce chapitre que sa situation en Algérie a énormément influé sur sa trésorerie. Outre le blocage de son compte bancaire avec 80 millions d’euros, Saipem n’arrive pas à décrocher de nouveaux contrats dans notre pays. Par ailleurs, Saipem révèle encore que certaines factures importantes en Algérie sont restées impayées en raison de l’enquête en cours sur les scandales de corruption. «L’enquête en Algérie est l’origine des retards accusés dans l’approbation des rapports d’avancement de projets, des factures et de leurs paiements», écrit-elle dans son rapport trimestriel. Pour atténuer cette grave situation, Saipem annonce que le conseil d’administration a lancé l’audit interne le décembre 2012 et progresse avec l’appui de consultants externes, suite à la notification du tribunal de Milan de l’ouverture d’une enquête sur la corruption. Dans son lot de révélations, Saipem affirme pour la première fois l’implication de la Cour suprême d’Alger dans le dossier de la Sonatrach. Selon le rapport, la haute instance judiciaire a ordonné le gel, par la Banque d’Algérie, des comptes Saipem Contracting. D’autre part, le rapport de l’entreprise évoque un autre volet de l’affaire Sonatrach II. Saipem a été informée d’une éventuelle extension extraterritoriale de l’enquête menée par le magistrat algérien, mais tient d’ores et déjà à informer tout le monde qu’elle ne détient pas de preuves sur les personnes impliquées.

Les responsabilités de Sonatrach

En évoquant la situation son parc d’appareils de forage, Saipem surprend tout monde en affirmant que six unités sont encore opérationnelles en Algérie. Autrement dit, Chakib Khelil et Mohamed Meziane ne sont pas les seuls à montrer des signes de générosité envers Saipem. Par ailleurs, la société italienne n’a pas révélé à ses investisseurs les problèmes qu’elle a affrontés dans l’engineering du projet Z-CINA Hassi Messaoud, considéré comme stratégique pour l’Algérie. Saipem avait obtenu ce contrat en date du 18 octobre 2008, pour la réalisation des installations d’extraction des liquides des gaz associés et séparation d’huile au niveau de la zone du complexe de Hassi Messaoud. Le montant de l’opération est de 117 milliards de dinars, soit l’équivalent de 1,3 milliard de dollars. Ce projet a enregistré un retard sans que la société italienne soit pénalisée.
Mokhtar Benzaki