L’Algérie bouge mais doucement, selon la Banque mondiale

L’Algérie bouge mais doucement, selon la Banque mondiale

De Notre Correspondant A Paris: Rabah Yanis, Le Quotidien d’Oran, 9 septembre 2006

Sept petits points ! Dans «le classement des pays sur les facultés de faire des affaires », rendu public en fin de semaine dernière par la Banque mondiale, l’Algérie passe de la 123 à la 116ème position sur 175 pays.

Une petite progression qui la place juste après le Maroc (115ème), mais loin derrière la Tunisie (80ème).

Dans son rapport « Doing Business 2007 », la Banque mondiale évoque deux réformes: « L’Algérie a donné instruction aux banques et établissements financiers de rapporter les prêts impayés à la centrale publique des incidents de payement, augmentant l’information disponible sur les emprunteurs potentiels. Elle a aussi réduit l’impôt sur les sociétés de 30 à 25%. ». Comprendre: l’Algérie bouge mais doucement et sa réglementation des affaires reste à améliorer.

Plus de quinze ans après le lancement officiel du premier programme de réformes économiques, l’Algérie peine à séduire les investisseurs étrangers. Ces derniers, comme le montre le rapport de la Banque mondiale, semblent lui préférer ses voisins, la Tunisie et le Maroc. Pourtant, en apparence, notre pays offre de bien meilleures garanties que ses deux voisins du Maghreb: une stabilité politique confirmée depuis quelques années, des capacités financières importantes grâce au prix élevé du baril de brut, des secteurs entiers à développer (télécommunications, transports, infrastructures…), une main-d’oeuvre qualifiée et peu coûteuse… De nombreux investisseurs arabes et occidentaux le reconnaissent: l’Algérie offre le meilleur potentiel de toute la région. Mieux, ils seraient nombreux à croire qu’il est préférable de s’y installer très vite pour profiter des nombreuses opportunités d’affaires offertes.

Comment expliquer alors ce désamour des investisseurs ? Le rapport de la Banque mondiale apporte quelques éléments de réponse. Le Maroc, présenté comme le premier réformateur de la région, « a fait des progrès dans 3 des 10 domaines étudiés (…). Ce pays réduit le capital minimum exigé pour la création d’une entreprise. Le Maroc a également facilité le transfert de propriété (…), ainsi que simplifié ses règles fiscales en regroupant de nombreuses réglementations au sein d’une source unique, rendant plus facile le respect de la réglementation », note le document. Pour les investisseurs étrangers, le Maroc offre en effet plus de souplesse. « Quand un investisseur important se rend au Maroc, il est directement pris en charge par l’entourage du roi. Souvent, on lui désigne un interlocuteur unique, chargé notamment de lui faciliter toutes les démarches d’installation. Ce sont des choses qui plaisent beaucoup aux investisseurs car ils n’aiment pas perdre beaucoup de temps à faire des formalités. En Algérie, le gouvernement n’a pas encore mis en place ce genre de dispositif », note un banquier d’affaires parisien.

En plus des lenteurs administratives et des problèmes bureaucratiques, les investisseurs pointent également du doigt les difficultés des banques algériennes à s’adapter aux changements. « Nous rencontrons exactement les mêmes problèmes qu’il y a dix ans avec les banques. Les choses bougent très lentement et c’est insuffisant », souligne le banquier. Les autorités algériennes ont-elles identifié tous ces dysfonctionnements qui pénalisent le pays ?. « Oui, quand on parle avec les Algériens, on comprend qu’ils sont conscients de tous ces problèmes. Mais entre identifier les problèmes et faire des réformes… ».