L’essor du marché financier en Algérie bloqué par la bureaucratie d’Etat

L’essor du marché financier en Algérie bloqué par la bureaucratie d’Etat

Yazid Taleb, Maghreb Emergent, 9 avril 2013

La société NCA-Rouiba sera admise au marché principal de la bourse d’Alger « probablement » avant la fin du mois de mai, a indiqué directeur général de la SGBV, Mustapha Ferfera. Une bonne nouvelle qui ne risque pas de mettre fin à l’atrophie du marché financier algérien. Pour les experts, seule une privatisation partielle par la Bourse des entreprises publiques est en mesure de l’animer.

La Bourse d’Alger vit au rythme d’une introduction en Bourse tous les 2 ans avec des volumes d’épargnes canalisés fort modestes : dans le cas de NCA, on est à 814 millions de dinars pour la partie mise en bourse alors qu’Alliance Assurance avait levé 1,4 milliard de dinars au début 2011. Depuis plus de 15 ans maintenant, le marché financier algérien reste obstinément réduit à des proportions lilliputiennes : la capitalisation financière de la Bourse d’Alger représente moins de 1/1000e du PIB national. Le bilan est squelettique : trois titres cotés, bientôt quatre, un nombre d’obligations en chute libre avec un niveau de transaction annuel qui ne dépasse pas deux millions de dollars. En comparaison, la Bourse de Palestine, qui ne dispose quand même pas de toutes les facilités, compte plus de 40 titres cotés, celle du Vietnam, toujours dirigée par un parti communiste, représente déjà plus de 15% du PIB. Les tunisiens arrivent à 20% du PIB alors que la Bourse de Casablanca accueille des centaines de sociétés et représente en capitalisation plus de 60% du produit national marocain.

Effets d’annonce

Les autorités algériennes se contentent d’effets d’annonce. Les grandes lignes d’un plan de relance de la Bourse d’Alger ont été révélées au cours des derniers mois. Il devrait, selon ses initiateurs, dont le chef de file est la Cosob, permettre, “dans un délai de 5 à 8 ans”, de faire passer le nombre de sociétés cotées de 3 à 38 et d’atteindre une capitalisation boursière de 10 milliards de dollars. Sur le plus long terme, la cible retenue est d’atteindre 25% du PIB avec 150 sociétés présentes en Bourse. Pour l’heure, le bilan figurant dans le rapport annuel de la Cosob pour 2011 est bien maigre. Avec une dégringolade du marché obligataire qui n’a enregistré aucune nouvelle émission et dont la capitalisation a été divisée par 2 en raison de l’arrivée à échéance de nombreux emprunts. Pour le compartiment action, le rapport évoque, sans dévoiler leur identité, les demandes de visa de 3 sociétés, NCA, Maghreb Leasing Algérie et Salama Assurances. Selon le directeur de la Bourse d’Alger, Mustapha Ferfara, une dizaine d’entreprises au moins sont « sont clairement intéressées par des opérations d’admission en Bourse et comptent se préparer activement à cet effet”.

Ouvrir le capital des entreprises publiques en Bourse

Mais ces objectifs ambitieux ne seront pas atteint par l’entrée de quelques dizaines d’entreprises privées ne suffira pas, estiment la plupart des spécialistes. Il faut initier à la Bourse d’Alger “un flux d’émissions permettant d’atteindre la taille critique de capitalisation boursière”. Pour Lyes Kerrar il faut aller vers un plan de “privatisation par la Bourse de toutes les entreprises publiques éligibles immédiatement ou à terme”. A commencer par les banques et les établissements financiers ainsi que le secteur des télécommunications dont les sociétés doivent ouvrir leur capital en Bourse. Le point de vue largement partagé par les gestionnaires du marché financier eux-mêmes. Le projet de réforme du marché financier, en préparation depuis plus de 2 ans, et dont la Cosob a assuré la coordination avec le support du PNUD, est bien dans cette optique. Son objectif majeur est d’ouvrir le capital des entreprises publiques via la bourse et laisser participer le public dans la reprise de leurs actions. La première option retenue par les experts réunis par la Cosob est de favoriser l’émergence de partenaires stratégiques pour l’Etat, en cédant des actions en bourse à des partenaires privés mais aussi au grand public. Elle correspond aux déclarations de l’ancien président de la Cosob, M. Nouredine Ismaïl, qui regrettait, il y a quelques mois, que des centaines d’entreprises publiques aient été privatisées entre 2003 et 2008 en dehors de la Bourse d’Alger. “C’est un mauvais choix, estimait-il, car cette privatisation aurait pu conférer une assise financière et une transparence importante à la Bourse.”

Une démarche progressive

La formule d’actionnariat recommandée n’a rien de révolutionnaire, elle propose que l’Etat conserve 50 à 60% des actions des entreprises publiques concernées et que le public détienne 20 à 30% des actions cédées. “Un traitement particulier” favorisant l’ouverture progressive du capital des entreprises, sans que la puissance publique n’abandonne ses prérogatives de propriétaire majoritaire. Pour la cession des actions des établissements financiers et des banques, la Cosob va plus loin et recommande au Conseil de la monnaie et du crédit (CMC) de permettre ce type d’ouverture de capital sans autorisation préalable. “Le CMC doit donner son autorisation pour tout changement d’actionnariat dans les banques et les établissements financiers ; ce n’est pas propre à l’Algérie ; cela existe partout dans le monde, mais ce que nous proposons c’est de définir un seuil significatif de cession de participation qui requiert l’autorisation du CMC”, précisait M. Ismaïl. Ce projet de réforme fruit de plusieurs années de travail de nombreux experts nationaux et étrangers doit officiellement encore être “analysé et approuvé” par les autorités financières du pays. En attendant le mandat de Nouredine Ismail n’a pas été renouvelé, ce qui augure peut-être de la suite qui lui sera réservé. Le projet parrainé par la COSOB correspond à un processus adopté pratiquement par tous les pays du monde. Une démarche que les autorités algériennes, par conservatisme, prudence excessive ou par souci de garder entre les mains de l’Etat le contrôle des circuits de financement de l’économie, ne sont manifestement pas encore résolus à adopter.