Béjaïa n’a pas eu sa part de développement

Pas moins de 143 projets structurants sont toujours gelés

Béjaïa n’a pas eu sa part de développement

Liberté, 10 mai 2018

Parmi les projets structurants gelés, on citera le CHU, le dédoublement de la voie ferrée Béjaïa-Beni Mansour ,la plateforme pétrochimique de Boudjellil, le nouveau stade de football d’une capacité de 35 000 places…

Au moment où le gouvernement s’autorise à inscrire de nouveaux projets structurants au profit de certaines wilayas, la région de Béjaïa, qui s’enlise dans un sous-développement inquiétant, ne voit aucun de ses projets dégelés, et ce, en dépit des promesses de hauts responsables de l’État.
Avec ses 143 projets structurants qui sont gelés dans le sillage de la crise financière née de la chute brutale des cours du pétrole, la wilaya de Béjaïa accuse un immense retard en terme de développement local, à telle enseigne qu’elle est considérée comme la moins lotie en matière d’investissements socioéconomiques. Tout le monde se souvient ici, à Béjaïa, de la révélation fracassante faite par l’ancien wali Ould Salah Zitouni, qui avait affirmé, en mai 2016, lors de la session extraordinaire de l’APW, que plus de 500 opérations inscrites pour le compte de la wilaya de Béjaïa depuis 2003, sont en situation de gel. Parmi les projets structurants gelés, on citera le centre hospitalo-universitaire (CHU), dont l’assiette foncière devant l’accueillir a été déjà choisie, le dédoublement de la voie ferrée Béjaïa-Beni Mansour, la plateforme pétrochimique de Boudjellil, l’extension de la piste d’atterrissage de l’aéroport Soummam-Abane-Ramdane, le nouveau stade de football d’une capacité de 35 000 places, le dédoublement des RN9 et 26, le tramway…
Interrogé sur l’impact socioéconomique de ces projets gelés sur l’avenir de la wilaya de Béjaïa, Moussa Boukrif, professeur en économie à l’université Abderrahmane-Mira de Béjaïa, estime que “cette situation de gel de projets importants, ne peut que freiner l’élan qu’allait prendre le développement local de cette wilaya qui était sur une dynamique intéressante”.
Selon notre interlocuteur, “ce ne sont pas les bonnes volontés ou les moyens humains qui manquent au niveau local, mais comme on est dans un système de pouvoir centralisé, je pense que les hautes autorités du pays ont jugé à tort que les projets gelés à Béjaïa ne sont pas vraiment importants”. Or, ajoute-t-il, “les retards qu’accuse déjà le projet de la pénétrante autoroutière et le gel des opérations de dédoublement de la voie ferrée et des RN9 et 26 vont porter un coup fatal aux activités du 2e port d’Algérie”. Concernant le fameux projet du CHU qui a fait couler beaucoup d’encre et de salive, le Pr Boukrif considère que “Béjaïa n’a de CHU que le nom”, estimant que cette région mérite un CHU digne de ce nom. Par ailleurs et au-delà du gel des projets non lancés, on a aussi osé déposséder cette région “frondeuse” de certains de ses acquis les plus vitaux.
En effet, après le transfert des eaux du barrage Ighil Emda, dans la daïra de Kherrata, vers le barrage d’El Mouane (wilaya de Sétif), on a tenté de délocaliser le transformateur électrique de la daïra de Tichy, situé au village Tagouba, vers une autre wilaya. Cependant, grâce à la mobilisation des citoyens de la région Est de Béjaïa et à l’intervention des députés et des élus locaux, dont le président de l’APW, Mehenni Haddadou, les pouvoirs publics semblent avoir fait marche arrière. Selon la députée de Béjaïa, Zina Ikhlef, qui s’est montrée solidaire avec les citoyens de la daïra de Tichy, aux côtés des élus de l’APW, le président-directeur général de Sonelgaz lui a fait part de sa décision d’annuler cette opération de transfert du transformateur de Tagouba vers une autre région du pays. “Je lui ai expliqué que plusieurs communes de notre wilaya souffrent du manque de transformateurs. Suite à quoi, il m’a invitée à une rencontre pour discuter de ces manques. J’invite à mon tour, mes collègues députés de Béjaïa, qui seraient intéressés, à participer à cette rencontre avec le P-DG de la Sonelgaz”, a-t-elle précisé.

KAMAL OUHNIA