Le ministre des Finances s’aligne sur les propos du FMI

Le ministre des Finances s’aligne sur les propos du FMI

Une augmentation des salaires entraînera des risques d’inflation

par Safia Berkouk, Le Jeune Indépendant, 31 octobre 2005

Les déclarations du Fonds monétaire international (FMI) relatives à l’augmentation des salaires n’influent en rien sur les négociations en cours sur ce dossier entre le gouvernement, les syndicats et le patronat, a déclaré hier le ministre des Finances, M. Mourad Medelci, lors de son passage à l’émission «Mountada» diffusée sur les ondes de la Chaîne I. Le ministre a expliqué que le gouvernement «continue à se concerter avec les parties concernées, mais il n’y a aucune nouveauté par rapport à ce dossier».

M. Medelci a tenu à préciser que le pays n’est pas dans la même situation qu’en 1994 quand il négociait avec le FMI. Aujourd’hui, cette institution vient en Algérie seulement pour «constater l’évolution économique et financière du pays».

«L’Algérie est ouverte à toutes les opinions. Toutefois, elle se réserve le droit de prendre en compte ou pas l’avis des autres». Le grand argentier du pays s’est tout de même rangé sur l’avis du FMI, en affirmant que les experts du Fonds ont tenu des propos logiques, dans la mesure où «une augmentation des salaires entraîne des risques d’inflation».

Or, cette inflation, qui atteint aujourd’hui un taux de 3 %, «est satisfaisante, et l’une des préoccupations du gouvernement est de maintenir sa stabilité». Lors de leur visite en Algérie, il y a quelques jours, des experts du FMI avaient soutenu qu’une nouvelle augmentation des salaires risquerait de mettre en péril la compétitivité de l’économie nationale.

Quant à l’autre question, soulevée par le FMI, et qui porte sur la nécessité d’étaler les dépenses de l’Etat sur plusieurs années, le ministre a déclaré : «Nous devons mobiliser l’argent avec rationalité et non pas avec célérité et nous avons pris des mesures pour sécuriser l’utilisation de cet argent.».

M. Medelci a par ailleurs indiqué, s’agissant du prix de 19 dollars le baril sur lequel a été basée la loi de finances pour 2006, que le gouvernement ne peut pas changer ce prix d’une année à l’autre car «il y va de l’équilibre financier et économique du pays».

Il a précisé, en outre, que les dépenses prévues dans le budget 2006 sont en fait basées sur un prix de référence de 43 dollars et non de 19 dollars. Il s’agit d’un budget où les dépenses sont supérieures aux recettes, mais ce déséquilibre n’inquiète pas le gouvernement car, a-t-il souligné, «le Trésor a les moyens de couvrir le déficit et, si cela ne suffit pas, nous pouvons recourir au marché qui jouit de liquidités importantes».

Les 18 milliards de dollars contenus dans le Fonds de régulation des recettes serviront, quant à eux, «à rembourser une partie de l’endettement interne et externe du pays et à faire face aux fluctuations internationales futures». C’est ainsi qu’en 2004, il a été remboursé par anticipation 1,7 milliard de dollars de dette extérieure.

Il en est de même pour 2005, alors qu’en 2006, un montant supérieur à celui de 2004 sera remboursé par anticipation. Le ministre a, d’autre part, fait savoir qu’à partir de la loi de finances pour 2007, il y aura une nouvelle organisation qui permettra de suivre d’une manière transparente la destination et l’utilisation des budgets antérieurs de l’Etat.

L’invité de la radio ne s’est pas non plus inquiété de la hausse des importations parallèlement à celle des dépenses de l’Etat, expliquant que «nous ne pouvons pas réaliser un programme quinquennal de 55 milliards de dollars sans avoir recours à l’importation».

Celle-ci ne concerne pas uniquement les produits alimentaires mais aussi et surtout les produits nécessaires à l’investissement et à la production nationale. Quant à l’utilisation des réserves de change qui sont à plus de 51 milliards de dollars, le ministre a fait savoir qu’elles sont gérées par la Banque centrale qui utilise une partie pour la faire fructifier et cela peut «rapporter jusqu’à 2 à 3 %».    Interpellé sur la question des taux d’intérêt appliqués par les banques, le ministre a affirmé que même s’ils sont élevés, ils ne font pas pour autant faire aux banques de grands bénéfices, mais cela ne signifie pas qu’ils doivent rester à leur niveau actuel».

Interrogé enfin sur le nouveau scandale financier qui vient d’éclater à la BNA, M. Medelci a déclaré que cette affaire met en cause des responsables à l’intérieur et à l’extérieur de la banque et qu’une commission mixte composée d’Algériens et d’étrangers a été mise en place pour éclaircir cette affaire.

Il a ajouté que le dossier est entre les mains de la justice. S. B.