Achat ou pas achat : Silence persistant de l’Etat algérien sur l’affaire Djezzy

Achat ou pas achat : Silence persistant de l’Etat algérien sur l’affaire Djezzy

Abdelkader Zahar, Maghreb Emergent, 05 Septembre 2011

Le cabinet conseil Shearman and Sterling LLP (France) mandaté par le gouvernement algérien pour procéder à l’évaluation des actifs d’Orascom Telecom Algeria (OTA-Djezzy) et l’accompagner dans le processus d’achat a-t-il livré ses conclusions ? Personne n’est en mesure de donner une information précise sur le sujet. L’Etat algérien compte-t-il toujours acheter Djezzy dans le cadre du droit de préemption. Là, également, la réponse a cessé d’être évidente par défaut de communication. Ici, des points de vue d’experts.

Le ministère des finances qui a la charge du dossier Djezzy a cessé de communiquer sur le dossier du rachat de Djezzy dans le cadre du droit de préemption sur les cessions de participations des actionnaires étrangers ou au profit d’actionnaires étrangers, instauré depuis 2009. Fin mai dernier, le premier ministre Ahmed Ouyahia a été affirmatif : « Etat algérien rachètera Djezzy ». Moussa Benhamadi, ministre des TIC se contente depuis de renvoyer au ministère des finances qui est en « charge » du dossier. Il reste que l’échéance donnée pour l’évaluation est dépassée et que l’Etat algérien ne dit plus rien sur la question. Pour l’expert Farid Bourennani le « calendrier annoncé pour la poursuite de l’évaluation/acquisition, fixé initialement à fin Mai 2011, est oublié et le dossier mis sous silence ». Pour lui, la seule certaine à ce stade est que le ministère des finances a dépensé plusieurs millions d’Euros en Conseil. Et il pense que les conclusions du cabinet, si tant est qu’elles ont été transmises, ne peuvent que démontrer que « l’entêtement à recourir au droit de préemption conduirait inéluctablement à l’arbitrage avec des probabilités de condamnation élevée ». Pour sortir de cette option d’arbitrage, l’alternative consisterait, selon Bourennani serait l’achat négocié entre les parties à un prix « plutôt proche de 8 milliards de USD (évaluation de Sawiris ndlr) que de 1 à 2 milliards USD » annoncé par des sources officieuses algériennes.

Le silence ne vaut pas une réponse

Cette absence de communication sur un dossier qui est presque devenu un symbole de « néo-patriotisme » économique de ces dernières années exprime-t-il un recul sur la décision de racheter Djezzy. Là également, aucune réponse claire ne peut être faite hormis le constat, fait par Bourennani d’un « retour de Djezzy dans les médias, notamment la TV public, alors qu’elle en était exclu ». Mais, estime l’expert, l’Etat devra indiquer officiellement sa position car le « silence ne vaut pas une réponse ». Pour lui, si l’Etat a abandonné l’option de rachat cela « serait une décision sage et salutaire…. Cela signifierait que les griefs subjectifs, sous jacents à la volonté d’acquisition, se sont apaisés avec le temps et la rationalité économique et la raison ont repris le dessus ». Pour Bourennani, l’Etat n’a « aucun intérêt de nature économique ou stratégique à racheter OTA. Bien au contraire, l’Etat aurait détruit de la valeur pour l’entreprise et aurait alloué d’importantes ressources devises inutilement ».

Des options selon les ambitions de l’Etat

Quelles sont les issues possibles sur ce dossier ? Il y en a plusieurs, selon le « niveau d’ambition de l’Etat » estime l’expert. « Si l’ambition est juste une sortie politique honorable, Vimpelcom, pour qui OTA n’est plus une filiale clé dans le nouveau groupe pourrait décider de vendre, en concertation avec l’Etat algérien qui ferait valoir un droit d’agrément ou de préférence. Comme cela fut le cas en Tunisie ». La seconde option qui partirait d’une ambition de préserver l’outil entreprise OTA, tout en l’algérianisant, consisterait pour l’Etat algérien à amener Orascom Telecom « à accepter le principe de procéder à une ouverture de capital par augmentation de capital et non par cession de capital ». Une troisième, totalement inhabituelle dans la culture gouvernementale algérien serait de se donner l’ambition de prendre place dans grand groupe Telecom international. Dans ce l’l’Algérie « pourrait initier un achat en bloc d’actions cotées d’OTH au Caire et ainsi deviendrait coassocié du groupe russo-norvégien Vimpelcom à bon prix ». De son côté, l’expert Adel Si-Bouekaz note que Vimpelcom a fait passer le message « qu’il attendrait jusqu’à la fin de l’année en cours » pour voir « si les autorités algériennes tenaient à préempter ». Lui, aussi, constate que pour le moment, l’Algérie n’a pas mis à exécution son droit de préemption. «Si l’Etat décide d’acheter OTA, il se retrouverait avec deux opérateurs mobiles, aux stratégies commerciales et aux grilles de salaires complètement différentes », affirme-t-il. Une autre solution consisterait, selon lui, par le rachat par l’Etat de « 51% des parts d’OTA, répartis à hauteur de 31% entre des groupes publics comme la BEA, Sonatrach, Cosider et autres, qui ont besoin de placements, alors que les 20% restants devraient êtres introduits en bourse » et qui trouveraient des acquéreurs auprès d’entreprises privées. Pour le moment, note-t-il, « Vimpelcom est le propriétaire effectif d’OTA (filiale d’OTH) » à travers le rachat de Weather Investment Spa, la maison mère de Orascom Telecom Holding SAE) ».