«Le secteur agricole est trop fragile»

Akli Moussouni. Ingénieur agronome et expert en développement

«Le secteur agricole est trop fragile»

El Watan, 4 janvier 2015

– Le retard en matière d’apports pluviométriques compromet-il la saison agricole ?

La sécheresse s’exprime ces dernières années de trois façons différentes, à savoir le manque de pluie ou la mauvaise répartition des averses dans le temps et dans l’espace, qui ne coïncide pas avec les stades de croissance végétative, ou carrément les deux phénomènes à la fois. Ce phénomène, qui perdure depuis 10 mois, s’accumule à des périodes de plus en plus fréquentes depuis une vingtaine d’années.

Cette situation vient à un moment où le contexte agricole pose problème, dès lors qu’aucune filière ne se porte bien. Pis, elle échappe au contrôle des pouvoirs publics à partir du moment où les mécanismes d’intervention de l’Etat ne peuvent plus sauver ces dernières. C’est le cas par exemple de la filière lait, qui est totalement dans l’impasse.

– Pourtant, le ministre de l’Agriculture a ordonné l’apport de l’irrigation compensatoire…

En dépit d’une sécheresse qui coïncide avec le début de la campagne labours-semailles, la solution préconisée par le ministère, qui consiste à recommander des apports en irrigation complémentaire, est aléatoire du fait que les barrages remplis au taux de 66% sont destinés en priorité à l’alimentation en eau potable des populations. En plus, ce sont les nappes qui subissent une réduction du volume du fait d’une irrigation traditionnelle non rationnelle engagée dans certaines zones des Hauts-Plateaux.

Cette situation devient de plus en plus délicate, dès lors que des agriculteurs ne possèdent pas d’équipement en vu d’intervenir dans un cadre d’urgence et de façon organisée. Cette situation nous interpelle encore une fois sur la fragilité d’une agriculture par l’absence de vision et la mauvaise exploitation des moyens mis en ouvre par l’Etat.

Cela va engendrer une augmentation effrénée de la facture des importations de produits alimentaires qui coïncide avec la dégringolade des recettes pétrolières. Ce qui n’augure pas de bonnes perspectives à court terme. La sécheresse ne fait qu’apporter une autre problématique à un secteur déjà dans l’impasse, par conséquent, même si les pluies sont importantes, le secteur agricole constitue une charge pour le Trésor public au lieu de produire des richesses.

Amar Fedjkhi


Inquiétude des fellahs à Bouira

Les agriculteurs craignent pour leur récolte qui pourrait être compromise, en raison du déficit enregistré en pluviométrie.

La pluie n’est pas tombée depuis plusieurs mois sur la plupart des régions du pays, inquiétant ainsi les agriculteurs. Dans la wilaya de Bouira, une région connue pour sa vocation agricole, les chances de sauver la saison sont minces, du fait que le stade végétatif des céréales en particulier devait être satisfait en eau il y a un mois de cela. En conséquence, les averses qui pourraient intervenir dans les prochains jours et semaines s’avéreraient sans effet, même si elles augmenteront les apports aux barrages hydrauliques, expliquent des spécialistes.

Dans la wilaya de Bouira, plus de 70 000 hectares destinés à la céréaliculture ont été emblavés cette saison.
Les agriculteurs craignent pour leur récolte, qui pourrait être compromise. Pour le directeur des services agricoles de la wilaya de Bouira (DSA), Ferhi Belkacem, «rien n’est encore perdu». Ce responsable assure que les moyens d’irrigation sont disponibles et que l’Etat continue de subventionner ces équipements comme les kits d’irrigation. «S’il pleut dans les jours à venir, la saison agricole sera sauvée», rassure-t-il.

Il y a quelques jours, c’est le ministre des Ressources en eau, Abdelouahab Nouri, qui a annoncé qu’il était prématuré de parler de sécheresse dans le pays, car, avance-t-il, «l’évaluation du niveau de remplissage des barrages se fait généralement à partir de janvier». Et de rassurer les agriculteurs en ces termes : «On ne peut pas parler de sécheresse maintenant. Certes, il y a eu un manque de précipitations durant les mois de novembre et de décembre, mais il y en a eu durant les mois de septembre et octobre derniers.»

Par ailleurs, le ministère de l’Agriculture a appelé les agricultures à compenser ce déficit par une irrigation complémentaire. Cette tâche sera sans nul doute compliquée et délicate à Bouira, dès lors que la quasi-totalité des agriculteurs, en particulier les céréaliculteurs ne disposent pas de moyens suffisants, ni d’organisation ni même des ressources en eau, sachant que le volume mobilisé par les trois barrages que compte la wilaya de Bouira est de 900 millions de mètres cubes, destinés en priorité à la consommation domestique.

Bien que les pouvoirs publics aient décidé de réserver les eaux du barrage Oued Lakhal, d’une capacité ne dépassant pas les 30 millions de mètres cubes, à l’irrigation des terres agricoles, le barrage est à moitié vide. Autre fait illustrant la difficulté qui continue à caractériser le secteur localement, le cas du périmètre irrigué du plateau d’El Esnam et de la vallée du Sahel, dont le projet tarde à voir le jour. Le projet, qui prévoit l’irrigation d’une surface agricole de 8500 hectares à partir des eaux des deux barrages de Tilesdit dans la wilaya de Bouira et Tichy Haf de Béjaïa, n’est pas encore fonctionnel. Des agricultures regrettent le retard accusé dans la mise en service de ce projet pouvant assurer une certaine autonomie.
Amar Fedjkhi