Foncier industriel: Le scepticisme des opérateurs économiques

Dispositif pour le foncier industriel

Le scepticisme des opérateurs économiques

El Watan, 22 mai 2008

La cession d’actifs relevant du domaine privé de l’Etat n’enchante pas beaucoup les opérateurs économiques algériens. Ils craignent que cette mesure ne profite à des détenteurs de capitaux qui achèteront ces biens à des fins spéculatives, et ce, au détriment des vrais investisseurs.

C’est globalement l’impression qui se dégageait hier de la conférence-débat qui s’est tenue à l’hôtel Hilton (Alger) et à laquelle ont pris part différents acteurs concernés par le foncier industriel, dont la directrice générale de l’Agence nationale d’intermédiation et de régulation du foncier (Aniref), Mme Mokraoui. Le président du Forum des chefs d’entreprise (FCE), Réda Hamiani, a ainsi exprimé la méfiance des investisseurs qui appréhendent « le mode des enchères publiques » qui privilégiera « les puissances d’argent ». « On a l’impression que l’objectif de l’Etat est de faire des recettes au lieu de développer l’économie nationale », a-t-il signifié. Un investisseur de Sétif a abondé dans le même sens en soulignant que ce dispositif est de nature à créer une situation monopolistique étant donné qu’il favorise « l’accumulation des propriétés aux mains des plus riches ». « Les petite et moyenne entreprises risquent de rester sur le carreau », a-t-il noté. Il en est de même pour la cession de gré à gré qui, souligne la même intervenante, « au lieu d’être une exception deviendra un mode de gestion ». « Tous les opérateurs économiques sont contre le mode des enchères publiques. Les prix seront élevés pour tout le monde. L’investisseur devra dépenser des sommes colossales pour le foncier avant même de commencer le projet », renchérit le PDG de l’entreprise agroalimentaire Cevital, Issad Rebrab. M. Hamiani fera savoir dans ce sillage que les capitaux consacrés à l’achat d’un terrain représentent 20 à 30% du montant global de l’investissement, alors qu’il n’est que de 10 à 15% dans d’autres pays. La directrice générale de l’Aniref a rétorqué que ce nouveau dispositif vise à apporter un début de solution à un problème qui bloque de nombreux projets d’investissement. Selon elle, le plus urgent était de créer une interface entre les investisseurs et les propriétaires d’actifs que ce soit l’Etat ou les privés. Concernant la formule des enchères, elle précise d’emblée que cette opération concerne le foncier industriel situé dans les grandes villes. Elle a indiqué que l’objectif est de pousser les investisseurs à aller vers d’autres régions du pays où il y a moins de tension sur le foncier. « Les enchères peuvent être publiques comme elles peuvent être restreintes », a-t-elle signalé. « Les walis peuvent favoriser une activité donnée ou qui crée plusieurs emplois », a-t-elle ajouté. L’Aniref a recensé près de 2500 actifs. Quelque 240 d’entre eux sont disponibles et feront l’objet d’une cession ou d’une concession à moyen ou à long termes. La première enchère sera lancée à la fin de ce mois-ci et concernera 10 actifs dans la wilaya de Blida. Un responsable du ministère de l’Industrie et de la Promotion des investissements a, dans une tentative de rassurer les investisseurs, relevé que seuls les porteurs de projets seront éligibles aux terrains qui relèvent du domaine privé de l’Etat tout en reconnaissant qu’il est difficile de distinguer entre « les vrais investisseurs et les faux ». « Un diagnostic établi il y a quelques années a démontré que seulement 15% des bénéficiaires de terrains au gré à gré ont réalisé leurs projets. Des pseudo investisseurs achètent des terrains et les revendent à de vrais investisseurs », a-t-il confié. Selon ses prévisions, les prix du foncier industriel seront accessibles dans quelques années grâce à la combinaison de plusieurs facteurs. La plupart des investisseurs ont salué la création de l’Aniref qui leur permet d’avoir un seul interlocuteur. Cette agence a toutefois essuyé quelques critiques. « Je déplore la conception de l’Aniref qui repose sur une gestion d’un stock et non d’un flux, et comme on sait un stock est toujours sujet à épuisement », a affirmé à ce propos Réda Hamiani. M. Rebrab a lui aussi exprimé des doutes quant à la réussite de cette agence qui ne s’est pas affranchie des contraintes d’une dépendance de plusieurs administrations dont celle des wilayas et des domaines.

Nora Boudedja