Effacement de la dette des agriculteurs

Effacement de la dette des agriculteurs

L’efficacité de la mesure en question

Par : Djamel Zidane, Liberté, 12 mars 2009

Le président émettait un doute sur la véritable option économique du pays, en se demandant si “on est dans une économie libérale ou encore socialiste”, lors de son passage à Biskra, avant d’annoncer l’effacement des 41 milliards de dinars de la dette des agriculteurs. Il est légitime de se demander si cette action spectaculaire est tombée à point nommé, et si en un mot elle pourrait avoir des retombées positives sur l’agriculture. Tout d’abord un constat élémentaire laisse apparaître une situation peu reluisante de l’agriculture nationale presque totalement dépendante de l’extérieur, du point de vue intrants (semences, pesticides et même engrais et matériels agricoles) qui contraint, malgré les sommes faramineuses englouties par les PNDA-PNDA/R, le pays à importer une bonne partie de son alimentation, soit plus de 8 milliards de $ au total d’une facture qui va crescendo d’année en année. Pourtant 2008 a été une année de bonne pluviométrie, avec de bonnes récoltes boostées par l’argent public du PNDA/R et autres subventions.
Ensuite, il faut se rappeler que 2008 a vu, à l’instar de 2007, un accroissement des prix à l’international. L’inflation importée a marqué les prix sur le marché intérieur. Car même si les indices affichés officiellement tendent comme toujours à minorer le phénomène de l’inflation, il est indéniable que l’inflation externe a un effet d’entraînement sur l’inflation interne. Les prix à la consommation ayant nettement grimpé, entraînant les revenus des agriculteurs, il est donc légitime de douter de l’efficacité d’une telle largesse.
Nonobstant ce qui précède, des effets, directs ou indirects sur les deux banques censées financer l’agriculture, ne manqueront pas d’apparaître plus ou moins rapidement. Commençons par la Badr, cette banque fait face à des difficultés jusqu’ici, et elle est, apparemment, l’une des rares banques publiques qui se lance chaque année à la recherche de liquidités sur le marché interbancaire. Malgré les dotations successives de l’État en capital, ou en aides spécifiques comme le PNDA/R, elle continue à souffrir des créances non remboursées. L’effacement des 41 milliards de dinars, on peut s’en douter sera réalisé aux frais du Trésor.
La CNMA : Voici une banque de statut privé (elle est censée appartenir aux agriculteurs), de type mutualiste qui a engrangé une bonne part de l’argent du PNDA/R et qui se retrouve au bord de la faillite. Même si on applaudit à l’intervention des pouvoirs publics en vue de sauver cette banque, on est fondé à se demander pourquoi cet étalon du “deux poids deux mesures” qui a été appliqué aux autres banques privées nationales, toutes liquidées. Même si le sauvetage de la CNMA demeure une excellente chose en soi. Les anglais, les français, belges, allemands, hollandais, islandais (etc.), hier fanatiques du tout libéral en sont bien revenus. Les britanniques ont été les premiers à renier leur credo, en intervenant massivement pour sauver la Northern Rock, HBOS, il y a une année, environ, puis la Lloyd’s, dernièrement !? … En dehors de la Badr et de la CNMA, d’autres banques ont dû consentir des prêts à l’agriculture et devraient donc bénéficier des fonds publics pour renflouer leurs capitaux, ce qui pourrait éventuellement améliorer leurs ratios de solvabilité vis-à-vis des exigences prudentielles de la Banque Centrale.
“On parle trop souvent d’excès de liquidités disponibles chez les banques, mais dans les faits, il ne s’agit que d’un leurre.” Un expert soutient : “si la solvabilité de ces banques était aussi bonne qu’on le prétend, pourquoi sont-elles régulièrement, chaque année, dotées en capital par le Trésor ? Rien que pour l’année 2009, la loi des finances leur a accordé une aide de 50 milliards de dinars.” La troisième incidence concerne bien évidemment le Trésor public, qui, fort heureusement se trouve dans une situation aisée. Mais si la situation actuelle des prix des hydrocarbures, fort préoccupante, venait à persister, il ne manquerait pas d’en être gravement affectés.

Djamel Zidane