Deux scénarios pour l’aménagement du territoire

Deux scénarios pour l’aménagement du territoire

Dix régions dans un découpage à venir

Le Quotidien d’Oran, 14 décembre 2005

Comment l’Algérie sera-t-elle en 2020 ? Les Hauts Plateaux seront-ils plus attractifs qu’aujourd’hui ? Le nord du pays sera-t-il toujours surpeuplé ? Le grand Sud connaîtra-t-il son essor ? Autant de questions qui préoccupent aussi bien les décideurs que les simples citoyens.

Il apparaît indispensable de définir de manière ouverte les enjeux de demain pour l’Algérie», indique le ministère de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement (MATE) dans le document «L’Algérie de 2020». Pour y arriver, le MATE a défini neuf objectifs stratégiques: assurer un développement harmonieux et durable de l’ensemble du territoire, protéger les territoires et les personnes contre les risques liés aux aléas naturels et technologiques, corriger les inégalités des chances et les avantages comparatifs de chaque espace, maîtriser et organiser la croissance des villes et favoriser le développement qualitatif des agglomérations, rendre les Hauts Plateaux attractifs pour y attirer plus d’investisseurs et de populations.

Deux scénarios sont envisagés. L’un tendanciel et le second volontariste. «Le premier scénario repose sur la stabilisation des populations à court terme (2025) et le redéploiement des populations vers les Hauts Plateaux et le Sud, avec l’objectif de maintenir la frange tellienne au plus près des 21 millions d’habitants atteints actuellement. L’autre scénario repose sur le redéploiement, d’ici 2020, de trois millions de personnes vers les Hauts Plateaux pour notamment sauvegarder les grandes métropoles à vocation internationale», prévoit le document «Algérie 2020». Selon les deux scénarios, la population des Hauts Plateaux devra atteindre entre 11 millions et 13,5 millions d’habitants en 2020 et celle du Nord stabilisée autour de 20 et 25 millions d’habitants. Dans les deux scénarios, la population du Sud ne devrait pas dépasser 5,5 millions d’habitants en 2020, soit une augmentation maximum de 2,5 millions d’habitants par rapport à l’année 2000.

«Le scénario du redéploiement n’est pas une utopie. Sa stratégie repose essentiellement sur la réorientation différentielle des actions et programmes vers les zones de redéploiement qui sont les Hauts Plateaux et le Sud. Ses objectifs visent la sauvegarde de la zone littorale et des grandes métropoles à vocation internationale, la promotion du développement durable pour toutes les régions», précise encore le même document. La création d’une nouvelle capitale politique pour désengorger Alger n’est pas mentionnée dans le document «Algérie 2020». L’option des Hauts Plateaux et du Sud, ajoute le document, repose sur des investissements colossaux dans ces régions pour développer les infrastructures de base avec la construction d’autoroutes et de lignes ferroviaires à grande vitesse (LGV), la satisfaction des besoins en eau, la promotion de l’énergie avec la généralisation de l’alimentation en électricité et gaz des agglomérations et centres de vie, la maîtrise de l’organisation de l’urbanisme et de la gestion de l’eau. «En 2025, le Nord-Ouest va manquer d’eau. Le déficit atteindra 221 millions de m3. Avec la construction de onze barrages et les transferts correspondants, le déficit sera réduit de moitié», a souligné Cherif Rahmani.

Parmi les instruments d’aménagement du territoire, le schéma national d’aménagement du territoire (SNAT) à l’horizon 2025 qui divise le pays en dix régions: trois pour le Nord, trois pour les Hauts Plateaux et quatre pour le Sud. Le SNAT qui devrait être approuvé par l’APN avant fin 2006 repose notamment sur les régions programme. Des délégations régionales d’aménagement du territoire et instances de concertation sont prévues. Le ministère de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement prévoit la création d’une Caisse d’équipement et d’aménagement du territoire pour financer la politique nationale de l’aménagement du territoire. La création d’un Fonds d’action économique de développement des Hauts Plateaux est également envisagée dans le projet «Algérie 2025». «Alimenté à raison de 2% des ressources annuelles de la fiscalité pétrolière, le Fonds d’action économique et de développement des Hauts Plateaux financerait, en complément des dispositifs financiers existants, les projets et programmes relatifs aux infrastructures et équipements structurants».

En attendant 2025, la situation de l’environnement en Algérie n’est pas reluisante. Les surfaces agricoles ont perdu depuis 1962 plus de 250.000 hectares, les ressources en eau sont faibles et limitées, la couverture forestière est en régression avec seulement 2 millions d’hectares de forêts. L’Algérie produit annuellement plus de 300.000 tonnes de déchets spéciaux et 2 millions de tonnes de déchets industriels. Le nord du pays est le plus touché alors que la désertification menace les Hauts Plateaux et les zones steppiques. Dotées de meilleures conditions de vie, les régions du Nord abritent l’essentiel de la population algérienne. «65% sur 4% du territoire», indique un document officiel. Les Hauts Plateaux qui représentent 13% du territoire sont peuplés par 26,5% de la population sur plus de 32 millions d’habitants que compte le pays. Les vastes territoires du sud du pays ne sont peuplés que par 8,5% de la population.

«La concentration des populations et des activités dans les régions nord et particulièrement sur le littoral occasionne un déséquilibre pour les régions littorales dont les ressources naturelles sont menacées», note le même document. «Le Nord est saturé. L’Etat doit trouver des solutions et corriger l’aménagement du territoire», a souligné le ministre de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement, Cherif Rahmani. «Sur 70 pays, seuls six pays ont fait l’effort et sont au niveau des pays développés en matière de respect de l’environnement et de l’aménagement du territoire. L’Algérie est à la 55ème place, la Tunisie à la 25ème place. Nous sommes en retard», a déclaré le ministre lors de l’ouverture dimanche dernier à Oran de la première conférence régionale sur le schéma régional d’aménagement du territoire (SRAT). Le ministre a demandé aux responsables locaux, aux directeurs d’entreprises de préparer des plans d’intervention pour faire face à d’éventuelles catastrophes industrielles ou naturelles. L’Algérie est en effet exposée aux séismes meurtriers, aux inondations, aux explosions industrielles.

Hamid Guemache