Sommes-nous à l’abri des risques liés à la consommation d’OGM ?

LA CAMPAGNE DE SENSIBILISATION DE GREENPEACE CONTRE LES OGM CIBLE L’ALGÉRIE

Sommes-nous à l’abri des risques liés à la consommation d’OGM ?

Le Soir d’Algérie, 6 octobre 2008

Le progrès de la génétique est-il devenu si dangereux pour les espèces vivantes ? En tout cas, les écologistes tirent la sonnette d’alarme et réclament le respect des règles éthiques dans l’utilisation des gènes, notamment dans le développement de l’agriculture. Un domaine où les multinationales de l’agro-industrie ont poussé la recherche scientifique au point de développer des espèces que la nature n’aurait en aucun cas synthétisées. Des espèces qui n’ont pas un prédateur naturel et qui ont un comportement imprévisible.
Le directeur de la campagne de Green-peace contre les organismes génétiquement modifiés (OGM), M. Arnaud Apoteker, qui a donné avant-hier au CCF de Constantine une conférence consacrée aux impacts des OGM sur la société et l’environnement, avait, dans ce sens, énuméré les risques éventuels qu’entraîne la culture de ces organismes, laquelle menace fatalement la sécurité alimentaire du monde. D’entrée, ce biologiste et non moins spécialiste des OGM, avait clarifié la position de son ONG par rapport à cette question, au demeurant contestataire mais pour longtemps caricaturée, selon ses dires. «Nous ne nous sommes jamais opposés à la recherche scientifique et nous pensons que la génétique est un motif incontournable dans la progression des connaissances ayant trait aux êtres vivants et à l’amélioration de leurs vies. Nous ne sommes pas contre la fabrication de médicaments sur la base de bactéries génétiquement modifiées, à partir du moment où tout est contrôlé dans un milieu confiné. Aussi, la biologie moléculaire permet d’aller vers une agriculture meilleure et la technique de sélection assistée par marqueurs, qui constitue une révolution en la matière, facilite énormément l’amélioration variétale des plantes que cultivent les agriculteurs », précisera-t-il. Et d’enchaîner : «Nous sommes contre la transformation génétique qui empoisonne la nature et également contre la dissémination des OGM dans l’environnement. Cette dissémination conduit à une pollution génétique et irréversible de la nature, puisque ces organismes sont vivants et se reproduisent par définition à travers le pollen. Et comme les chercheurs ne peuvent, aujourd’hui, déterminer les conséquences de l’évolution de ces espèces, il sera impossible de les ramener au laboratoire au cas où elles se révèlent toxiques dans quelques années, contrairement à l’air industriel qui cesse d’augmenter, une fois l’usine fermée. Il est vrai qu’il n’y a pas encore de preuves qui condamnent ces organismes, mais ce n’est, quand même, pas la preuve de l’absence de risques. Nous ne disposons d’aucune assurance scientifique. L’histoire de la vache folle en est la bonne illustration.» En plus des risques sur la santé publique à cause d’une éventuelle pollution, l’expert français a mis en relief la menace sur la sécurité alimentaire qu’engendre la concentration des ressources génétiques dans les mains d’une poignée de fabricants, parce qu’il n’est pas anodin, à ses yeux, d’établir un brevet de propriété qui récompense la nouveauté dans ce domaine. Ainsi, ajoute-t-il, la transformation génétique mène inévitablement vers une agriculture homogène, ce qui est dangereux pour la biodiversité et l’équilibre des écosystèmes existants. Il convient de noter que les OGM sont cultivés sur cent millions d’hectares, soit 2 % des surfaces cultivées, répartis sur pas moins de 22 pays à travers le monde. Le continent américain, qui détient plus de 90 % de ces cultures, reste le plus enclin à fabriquer ce genre d’espèces. Aux Etats-Unis, au Brésil, en Argentine et au Paraguay se concentrent les plus grands nombres de fabricants et également de cultures. Dans le domaine de l’agriculture, les semences des aliments pour bétail sont les produits phare des laboratoires agro-industriels, à savoir le soja, le colza, et ce en plus du maïs et du coton. 142 accidents, dont le degré de gravité n’est toujours pas déterminé, ont été enregistrés en 2006. En l’occurrence, 107 contaminations génétiques, 27 disséminations illégales en plus des effets secondaires négatifs (les mauvaises herbes comme les insectes deviennent respectivement résistants aux herbicides et aux insecticides). 24 accidents ont été enregistrés cette année. Sauf qu’il faut préciser que, selon M. Apoteker, ces chiffres, communiqués par l’ISAAA (International service for the acquisition of agri-biotech applications), demeurent suspicieux dans la mesure où cet organe dépend du «lobby» qui contrôle l’industrie des OGM. Le conférencier, qui ne dispose pas d’informations suffisantes sur l’Algérie en la matière, a néanmoins mis en garde les consommateurs algériens pour qu’ils refusent les produits fabriqués à partir d’OGM et réclament auprès des institutions de l’Etat d’imposer aux fournisseurs du pays de mentionner sur l’étiquetage l’existence ou non d’ingrédients à base d’OGM. Sa communication s’inscrit, faut-il le souligner, dans le cadre de la campagne de Greenpeace contre ces produits. «Heureusement qu’on ne fabrique pas d’OGM en Algérie, mais la problématique de leur consommation ne tardera certainement pas à se poser dans ce pays», a-t-il déclaré pour conclure.
Lyas Hallas