Hanoune et la cession des terres agricoles aux étrangers

HANOUNE ET LA CESSION DES TERRES AGRICOLES AUX ÉTRANGERS

«C’est très grave»

L’Expression, 17 janvier 2006

«Nous sommes retournés à l’époque des khemmas», lance-t-elle.

Il y a plus grave encore. Louisa Hanoune semble ne pas être au courant de la cession des terres relevant du domaine des biens vacants à des agriculteurs espagnols. Lors d’une conférence de presse qu’elle a animée hier au siège de son parti, elle a fait état de l’annonce, faite par le secrétaire général du ministère de l’Agriculture, de la cession des terres agricoles aux étrangers. Il aura fallu que l’Expression pose la question sur la présence des agriculteurs espagnols pour qu’elle réalise que l’annonce du ministère est venue trop tardivement. Elle a réagi vivement. «Cela est très grave, lance-t-elle, nous sommes retournés à l’époque des khemmas». Elle s’en tient aux engagements du président de la République. «Certes, il ne l’a pas fait par écrit, souligne-t-elle, mais il s’est engagé» à ne pas ouvrir le secteur du foncier aux étrangers. «A propos, enchaîne-t-elle, où en est l’enquête diligentée par le ministère de la Justice l’année dernière? Ils vont peut-être récupérer des terres pour les donner aux étrangers.» La gestion de l’eau par la compagnie Suez est identique. Elle révèle: «Les experts de Suez qui viennent former nos cadres touchent mensuellement un milliard de centimes chacun; ce qui équivaut à la masse salariale des travailleurs de l’ADE». Ils disent que «l’eau ne coûte pas cher» alors ils veulent «assoiffer les Algériens comme ils l’ont fait en Bolivie».
La secrétaire générale du PT relève que Temmar n’ a pas dit au Forum de l’Entv qu’il allait dissoudre 141 entreprises. Car rien ne nous garantit que «les ouvriers seront payés quand leurs entreprises auront été privatisées; alors, autant les payer maintenant puisque l’argent est disponible». Elle invite le ministre des Participations à lire Stiglis, ancien fonctionnaire de la Banque mondiale, qui reconnaît dans son livre l’échec des privatisations dans certains pays en voie de développement. Hanoune cherche à entraîner l’ensemble de la classe politique vers un débat sur les grands dossiers parce qu’il y a urgence en la demeure. Les ONG sont utilisées comme «armes de guerre» pour amadouer les populations, avertit-elle. Elle classe l’année 2006 sous le signe de «l’année de la défense de la souveraineté nationale». Elle veut resserrer les rangs du dernier carré des résistants à la mondialisation pour dresser «un rempart contre le pillage étranger».
Sur les questions d’actualité, elle apporte son soutien à la grève des enseignants en exprimant «la solidarité» de son parti. Elle considère qu’elle a été suivie massivement, y compris par les syndicalistes affiliés à l’Ugta «parce que leurs revendications sont légitimes».
Nonobstant, l’appartenance politique ou idéologique de certains syndicats, elle relève que «la grève a été suivie parce qu’il y a eu menaces».
Louisa Hanoune a soulevé, en outre, les «agissements mafieux» du maire intérimaire de Sedrata (Souk Ahras) qui a suspendu des militants du PT pour leur «appartenance politique», ainsi qu’un autre maire à Jébaïhia (Bouira) qui harcèle ses militants et «qui ne reconnaît aucune autorité dans le pays parce qu’ il a pris l’habitude de discuter l’arme à la main». Le PT cherche à réhabiliter le Parti du peuple algérien (PPA). Elle énonce: «Nous sommes fiers de l’Etoile nord-africaine et du PPA parce que, sans leurs initiatives courageuses, il ne pouvait y avoir d’indépendance». Mais Hanoune tient à insister sur le fait que le PPA n’a jamais été contre la guerre de Libération. Elle rappelle qu’il avait créé l’OS qui constitua le noyau du FLN de 1954.

Abdelkader HARICHANE