Des fellahs d’El Oued accusent

Blocage du programme spécial Sud

Des fellahs d’El Oued accusent

El Watan, 26 octobre 2009

Le torchon brûle entre les jeunes fellahs de la wilaya d’El Oued et le ministère de l’Agriculture. Dans un appel de détresse adressé au président de la République, rendu public hier, ces jeunes paysans, structurés au sein de 9 associations, accusent le département dirigé par Rachid Benaïssa de « hogra administrative ».

La raison ? Il est reproché, ni plus ni moins, au ministère de l’Agriculture de vouloir bloquer la mise en œuvre d’un projet inscrit dans le cadre du programme Sud consistant en la mise en valeur par concession de 3000 ha de terres. « Nous vous lançons un appel de détresse pour mettre fin à la hogra administrative exercée par le ministère de l’Agriculture », déclarent-ils.

Nous, les 1249 bénéficiaires des périmètres destinés à la mise en valeur agricole par concession dans la wilaya d’El Oued, vivons une situation dramatique depuis 2006 », ajouteront-ils dans la lettre adressée au président de la République. Les 9 associations signataires précisent, à ce propos, que les périmètres agricoles qu’ils devaient faire fructifier depuis déjà trois ans « sont non seulement encore au stade de projets virtuels, mais font actuellement l’objet d’une guerre de tranchées entre l’ancien et le nouveau staff ministériel, la GCA et la CNMA, pour un enjeu dont la finalité apparente est de nuire à l’avenir de centaines de familles et de remettre en cause le programme spécial Sud ». Les 1249 fellahs affectés par cette situation de blocage précisent ainsi que les 9 périmètres agricoles « sont suspendus après qu’ils aient atteints 60% de réalisation ». Cet état de fait, témoignent-ils, a causé la dégradation des installations et autres équipements qui se chiffre en milliards de centimes et expose à un risque certain de chômage les 1249 bénéficiaires du projet.

Des bénéficiaires dont certains, par découragement et lassitude, ont fini par s’installer à l’étranger, particulièrement en Libye, où ils se sont investis dans la culture de la pomme de terre. Les rédacteurs de l’appel (dont des copies ont été remises également aux médias) signalent, en outre, que l’attitude des pouvoirs publics a provoqué un sentiment de désespoir parmi les 3000 jeunes universitaires qui devaient bénéficier en aval du projet en question. D’ailleurs l’abattement, dit-on, a été tellement grand que l’un d’eux s’est suicidé par pendaison et qu’un autre s’est noyé en haute mer dans sa tentative de se rendre clandestinement en Italie. Ces fellahs – qui disent espérer un geste du premier magistrat du pays pour débloquer la situation – rappellent que « le ministre de l’Agriculture s’était pourtant, au cours d’un rencontre à Touggourt avec les fellahs dans le cadre de la dernière campagne électorale, engagé à prendre en charge les doléances des personnes concernées ». A ce propos, ils regrettent que celui-ci n’ait pas tenu parole dans la mesure où, affirment-ils, il a refusé de les recevoir. Pourtant, soulignent-ils , « nous sommes en majorité des jeunes universitaires ayant fondé nos espoirs sur ce programme, convaincus de la pertinence de notre choix et de sa réussite une fois que ces entraves seront éliminées et ces agissements bannis ».

Par Aniss Z.