Elle continue, la tonte des citoyens

Elle continue, la tonte des citoyens

par Kharroubi Habib, Le Quotidien d’Oran, 28 septembre 2009

Le mois de ramadhan n’est plus qu’un souvenir, de même que l’irrépressible boulimie d’achat qui s’empare de nos concitoyens en cette période. Leur porte-monnaie à plat au sortir de celle-ci, d’autant qu’aux dépenses alimentaires se sont ajoutées celles de la rentrée scolaire, les Algériens se sont naïvement accrochés à l’espoir d’un répit dans la saignée pécuniaire à laquelle ils ont été soumis. Une semaine après la fin du ramadhan, non seulement aux étals la mercuriale affiche la même insolence, mais elle présage aussi, par l’emballement haussier qui touche les prix de certaines denrées jusque-là proposées à des tarifs aux limites de l’acceptable, que la folie dont elle a été atteinte durant ce mois n’est pas passagère.

En persistant malgré le tassement nettement vérifiable de la demande sur la plupart des produits disponibles sur le marché, la tendance s’avère avoir des causes autres que celles qu’ont doctement soutenues les pouvoirs publics et les opérateurs des sphères de la production et de la distribution. Qui, pour l’essentiel, ont développé avec une douteuse unanimité qu’il fallait y voir la conséquence de l’incontournable loi de l’offre et de la demande. Se pose la question de savoir pourquoi cette fameuse loi ne se vérifie pas maintenant sous la forme d’une chute des prix, alors que la fièvre de consommation est franchement tombée. Une chute qui, à s’en tenir encore à l’argumentaire de ces milieux, devait se produire avant la fin même du mois de ramadhan pour cause de disponibilités largement excédentaires des principaux produits entrant dans la demande des ménages algériens. Une semaine après le ramadhan, le citoyen et la ménagère constatent qu’il leur faut débourser toujours plus cher pour leurs besoins familiaux.

Le marché national est, nous semble-t-il, devenu le théâtre d’une course à l’enrichissement qui fait fi des règles économiques. D’autant plus impitoyable pour les simples citoyens qu’ils n’ont que leur refus à la subir à lui opposer.

L’Etat en la circonstance se désintéresse totalement de ce qu’ils endurent du fait de cette situation. Il ne réagit même pas quand le système de régulation qu’il est censé avoir mis en place pour assurer la sécurité des approvisionnements de la population en certains produits de base pour sa consommation, et le maintien de leurs prix à un niveau abordable pour les petites bourses, est devenu en réalité une source de profits augmentés pour les protagonistes de cette course.

Les pouvoirs publics ont paru un moment avoir la volonté politique de contenir la pression inflationniste, à défaut de pouvoir améliorer le pouvoir d’achat des citoyens. Ils ont de toute évidence abdiqué dans leur premier engagement. Ils font mine de vouloir rattraper la conséquence de leur démission sur ce front en concédant l’augmentation du SNMG, dont la tripartite sera chargée de fixer le seuil. Ce qui reviendra en fait à rendre officiellement «normale» la spirale inflationniste qui fait valser les prix sur les marchés et étals.

Il faut dire que si on en est là, il y a de la responsabilité des citoyens qui font preuve d’une passivité sans borne en se contentant d’un «Allah Ghaleb» quand il leur faut prendre en charge leur défense. Ce n’est que lorsqu’ils auront pris conscience qu’il leur faut agir que leur citoyenneté leur sera reconnue et qu’ils pourront dissuader les prédateurs qui les considèrent comme des proies sans défense.